Il paraît qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, et rien de tel que des élections législatives pour tester la véracité de cette théorie.

J’avoue, je suis trois fois coupable et ce avant que vous m’ayez lu.

De un, mon but est subjectif. J’ai suffisamment lu des soit-disant « articles » ultra-orientés provenants de médias et représentants dont je ne citerai pas les noms pour me dire que si certains ne se gênent pas pour jouer au concours de la plus grande mauvaise foi, pourquoi ne pas partager en toute sincérité mon opinion

De deux, cette opinion n’est surement pas conforme à celle de la majorité des francophones vivants en Israël.

De trois, j’ai la houtzpa (le culot) de donner cette opinion d’outre Atlantique puisque je vis au Canada! Je ne suis pas moins citoyen d’Israël et sioniste, et au delà de mon confort Nord-Américain, je réitère mon amour de cette terre que je connais bien et qui suscite aussi en moi une passion me poussant à écrire ces lignes.

LA POLITIQUE ISRAÉLIENNE (sautez ce paragraphe si vous vivez en Israël)

La politique Israélienne est certainement l’une des plus simples et plus complexes à la fois.

Simple parce que dotée d’un système proportionnel. Et complexe parce que cela nécessite des coalitions aux finalités parfois imprévisibles.

Aujourd’hui le 17 mars, sauf en cas de surprise, 2 partis auront une vingtaine de députés, suivis de 3 partis d’une douzaine chacun et six partis avec moins de dix députés.

C’est que la société israélienne est très disparate : entre juifs orientaux, séfarades et ashkénazes, religieux, laïcs, religieux nationalistes, et les minorités ethniques, il y en a pour tous.

TROIS SCÉNARIOS

À l’issu des élections d’aujourd’hui, trois scénarios sont possibles.

1) Une coalition dirigée par Netanyahu de droite avec ses alliés ultranationalistes et religieux. Le parti Koulanou, plus au centre, pourrait s’y joindre également.

2) Une coalition dirigée par Herzog avec ses alliés de gauche, de centre, et peut être même de droite (Koulanou pourrait s’adapter dans les deux cas et Lieberman, leader de Beitenou, est le seul dirigeant d’extrême droite à soutenir la création d’un État Palestinien.

3) Un gouvernement d’unité nationale comprenant le Likoud de Netanyahu et l’Union Sioniste d’Herzog & Livni, rejoints par quelques partis de centre droite et/ou religieux.

La liste Arabe Unie a peu de chance d’être dans un gouvernement étant donné ses valeurs antisionistes, ça me fait penser au Bloc Québécois au parlement fédéral Canadien : ce parti ne sera jamais au pouvoir mais est là que pour représenter les intérêts d’une minorité. C’est le jeux de la démocratie, il faut l’accepter.

Le président d’Israël a certainement le rôle le plus important de son mandat protocolaire lors de ces élections puisque c’est lui qui décide de qui sera le plus apte à former une coalition pour gouverner. Or Rivlin, actuel président, a laissé sous-entendre qu’il pourrait opter pour forcer un gouvernement d’union nationale.

LES PRIORITÉS DES BLOCS DE DROITE & DE GAUCHE

Le Likoud, principale formation politique de droite, a fait une très faible campagne sur les problèmes sociaux tels que le coût de la vie et des logement en choisissant de les ignorer au profit d’un focus sur le risque d’un Iran nucléaire. Le discours de Netanyahu au congrès américain ne m’a pas choqué, au contraire, pour une fois que ce ne sont pas les israéliens qui sont venu se faire dire « quoi faire » par un leader étranger, et pourquoi pas? Je dois aussi féliciter le Likoud pour son humour incomparable dans les spots publicitaires.

Lors de la campagne électorale de 2009, Netanyahu avait créé la surprise en annonçant, à l’encontre des principes de son parti, qu’il soutenait la création d’un État Palestinien.

6 ans, deux conflits avec Gaza et un Printemps Arabe plus tard, il a annoncé le 16 mars que jamais un État Palestinien ne verrai le jour sous son mandat. Recrutement de votes d’extrême droite?

Pas étonnant avec ce revirement que le Likoud ne propose pas de programme officiel. Ce qui est certain, c’est qu’une perspective d’accord avec les palestiniens est aujourd’hui plus éloignée qu’il y a six ans.

Pour le bloc de centre-gauche, la priorité, c’est la diminution du coût de la vie, le rétablissement du processus de paix et une amélioration des relations entre Israël et ses partenaires.

 Le sionisme c’est la vision de construire un état juif et démocratique et non pas juif ou démocratique.

LES DEUX DANGERS D’ISRAËL

1er danger à court terme : sécurité

La montée de la popularité du Hamas en Cisjordanie et de l’intensité des extrémismes dans la région (Daesh etc) sont des préoccupations légitimes. Une radicalisation de la Cisjordanie aurait des conséquences désastreuses pour l’avenir et Israël n’est pas à l’abris d’une 3ème intifada. Pour ce qui est d’un Iran nucléaire, c’est plutôt la course à l’armement dans un Moyen-Orient instable qui s’en suivrait qui inquiète Israël (tout comme les états du Golf Persique) que la réelle volonté du régime Iranien de s’en servir contre l’état Hébreu.

2ème danger : risque de disparition du sionisme à long terme

66 ans d’indépendance nationale, c’est peu sur les deux derniers millénaires. Le Sionisme moderne, relativement récent puisque datant du 19ème siècle, n’est pas moins légitime parce qu’il a été influencé par les mouvements nationalistes européens. Le Sionisme c’est pour moi le droit légitime du peuple Juif à son autodétermination.

Cependant l’échec d’un accord de paix risque de mettre fin au Sionisme. Je m’explique.

Premièrement, on ne peut pas catégoriser de « non-légitime » le droit à l’autodétermination du peuple Palestinien sous prétexte que celui-ci n’a pas une histoire aussi profonde que celle des Juifs ou d’autres peuples.  Le fait que les Palestiniens vivent de l’oppression de la part de leurs dirigeants, qu’ils aient été instrumentalités par les politiques anti-israéliennes de la Ligue Arabe et qu’ils aient été oppressés par le manque de liberté résultant des politiques israéliennes sont des ingrédients à la formation d’une identité nationale. Les propagandes visant à faire croire qu’ils « n’existent pas », qu’ils se sont inventés ou qu’ils sont Jordanien ne peuvent rien faire de plus que de séduire l’extrême droite.

Deuxièmement, le Sionisme c’est la vision de construire un état Juif et démocratique et non pas juif ou démocratique. L’absence de solution à deux états risque de créer un statut-quo qui aboutira à un état « de facto » binational. Ce scénario serait catastrophique : il risquerai de se terminer pas une guerre sanglante et par la perte soit du caractère Juif de l’État d’Israël, soit de ses valeurs démocratiques.

L’absence de perspective d’autodétermination Palestinienne ne fera que reporter l’inévitable, or on ne peut pas tenir un peuple entier éternellement dans une forme de soumission (à moins d’avoir des plans ouvertement racistes de le déporter) sans lui accorder des droits démocratiques, ce qui signifierai la fin de la majorité juive électorale et donc la fin du Sionisme. À moins bien entendu qu’Israël renonce à rester une démocratie et décide de se joindre aux traditions si chères aux états de la région, dans quel cas l’implémentation de deux classes de citoyens mettrai fin aux valeurs démocratiques israéliennes.

MOI JE VOTERAI POUR…

Pour ces raison, et malgré le fait que les leaders de l’Autorité Palestinienne soient loin d’être exemplaires, il est nécessaire, pour la sauvegarde du Sionisme, d’appuyer un gouvernement qui prendra ses responsabilités. Est-ce ça le Sionisme de continuer à faire accorder des privilèges à quelques familles possédant la moitié des richesses du pays ou bien d’obtenir l’appuis de formations politiques d’un extrême comme de l’autre? Et l’avenir même de l’existence d’un Israël Juif et démocratique, ça ne compte pas?

Ça n’est pas sans risque, et si cela n’abouti sur rien de bon, le pays pourra changer de gouvernement d’ici quatre ans. Pour être franc, je me souviens d’une discussion avec un diplomate égyptien à Tel-Aviv qui me disait que selon lui, c’est la droite et non la gauche qui fera avancer la paix.

Ce fut vrai en 1979 lorsque Menahem Begin signa la paix avec l’Égypte, et effectivement, la gauche accepterai plus facilement des compromis accordés par la droite que l’opposé. Cependant le Likoud d’aujourd’hui, qui veut diriger un gouvernement de droite, n’est même pas intéressé par une solution à deux états et dès lors, il est dangereux pour la continuité du Sionisme et de ses valeurs.

Après plus de six ans de politique qui a créée plus d’inégalités dans la distribution des richesses et mis fin au processus de paix, il est temps d’essayer autre chose.

Parce qu’il a essayé de rendre le système financier plus transparent.

Parce qu’il s’oppose au financement d’écoles talmudiques (yeshivot) aux frais de la classe moyenne.

Parce qu’il reconnait ses erreurs notamment la mauvaise gestion du cas des religieux à l’armée (mettre en prison ceux qui refusent de s’acquitter de leur service militaire n’est pas la solution).

Parce que son approche d’une résolution du conflit israélo-palestinien sous forme de « divorce » et non de paix est réaliste et pragmatique.

Parce qu’il dit clairement qu’il n’a pas l’intention de tout donner aux palestiniens (échange de territoires, et Jérusalem ne sera pas divisée).

Parce qu’il ne se soumettra pas aux demandes de partis extrémistes et racistes.

Pour toutes ces raisons, j’appuis la politique de Yaïd Lapid dans un gouvernement dirigé par Herzog. Je voterai donc Yesh Atid.