Respectivement Président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) et Président de l’Union nationale lycéenne (UNL)

Messieurs,

Après le 21 avril 2002, suite à l’appel de vos organisations, des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans la rue pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle, sous le fallacieux prétexte de lutter contre le racisme et l’antisémitisme.

Je dis fallacieux, car l’année 2002 avait vu une explosion sans précédent de l’antisémitisme en France, avec une recrudescence non seulement des injures et propos antisémites mais également des attaques physiques graves contre des personnes et des synagogues.

Étiez-vous alors descendus dans la rue pour protester, non ! Avez-vous appelé vos fidèles à se rassembler contre la bête immonde renaissante ? Encore, non !

Vous étiez descendus dans la rue à quinze jours d’un scrutin alors qu’il suffisait pour chacun de s’exprimer et de s’indigner en déposant son bulletin dans l’urne !

La raison de votre mobilisation n’avait donc aucun lien avec le noble motif affiché mais n’était que bassement politique !

Puis, nous avons eu les terribles drames d’Ilan Halimi et l’assassinat de jeunes écoliers à Toulouse, l’occasion vous était offerte de vous mobiliser contre ces crimes immondes. L’avez-vous fait ? Non !

Puis vint l’affaire Leonarda, qui certes était pénible et affligeante, mais en aucune manière ne remettait en cause les atteintes à la personne et les principes républicains et pourtant là encore, vous vous êtes mobilisés sous de fallacieux prétextes !

Quand, pour la première fois depuis la guerre, nous avons entendu des dizaines de milliers de personnes qui scandaient à l’unisson « Juif, la France n’est pas à toi », quand les cris haineux à l’encontre des autorités républicaines, des franc-maçons et des juifs rappelaient tristement les « ligues » d’avant-guerre, quand cette mobilisation avait un arrière-goût de « Nuit de Cristal » soft, quand lors d’une manifestation à Toulouse en mémoire des victimes de Mohamed Merah les représentant du C.R.I.F sont conspués par des militants d’extrême gauche, quand nous appelions les forces républicaines à venir manifester massivement leur dégoût face aux débordements de ce « jour de colère » du 25 janvier 2014 afin d’affirmer notre attachement aux Droits de l’Homme bafoués, où étiez-vous ?

Non seulement vous ne descendiez pas dans la rue, mais votre expression médiatique, d’habitude si prolixe, était devenue muette !

Et voilà que vous récidivez aujourd’hui, à un moment tout particulier !!!

En effet, voilà que vous appelez à manifester à nouveau pour ce jeudi 29 mai !

On aurait pu croire que ce fût contre l’odieux massacre de Bruxelles ou contre l’odieuse attaque antisémite de Créteil, mais, Non ! C’est encore pour des raisons bassement politiques grimées sous de nobles raisons
humanitaires !

Non, Messieurs, vos mouvements et vos motivations n’ont rien à voir avec l’humanitaire, ni avec les Droits de l’Homme ou la lutte contre le Racisme et l’Antisémitisme, mais sont uniquement motivés par des raisons bassement politiques ( je dis volontairement « bassement » car la politique peut être grande et vertueuse, mais telle n’est pas celle que vous prônez).

Affichez donc, courageusement, vos raisons et votre couleur politique !

Manifestez pour défendre votre idéologie ! C’est votre droit !

Mais de grâce ne vous drapez pas sous de nobles prétextes et surtout ne prenez pas prétexte d’une lutte contre l’antisémitisme ! Je vous l’interdis !

Car, jamais, je dis bien jamais, nous vous avons trouvé à nos côtés, au côté des humanistes attachés à la lutte contre l’antisémitisme, jamais vous ne vous êtes mobilisés pour soutenir la communauté juive meurtrie et violentée par la violence antisémite, jamais nous vous avons vu descendre dans les rues de nos villes et de nos villages, battre le pavé, pour défendre les victimes de l’antisémitisme, ni même pour défendre les Droits de l’Homme au lendemain de ce triste 25 Janvier, « Jour de colère » pour les uns, et « Jour de honte » pour les autres.

Aujourd’hui, dans votre appel à manifester, vous osez écrire:« Le vote de dimanche dernier n’est pas à l’image de la jeunesse. Dans leurs engagements, leurs mobilisations et leurs combats, les jeunes portent des valeurs d’égalité, de solidarité et d’ouverture sur le monde qui sont à l’opposé de celle de l’extrême droite et du Front national… ! »

Quel est le sens de ce message au vu de ce qui a été dit plus haut ?

Comment osez -vous écrire: « Montrons au FN, aux partis politiques, aux journalistes, au monde, que nous dénonçons le racisme, la xénophobie, la haine, le repli sur soi de ce parti, et que les Français ne partagent pas ces valeurs », quand on ne vous voit dans aucun rassemblement contre l’antisémitisme: ni à la mémoire d’Ilan Halimi, ni à la mémoire des victimes du crime odieux de Mérah, ni après « Jour de Colère », ni après les agressions violentes de Créteil, ni, récemment, au rassemblement à la mémoire des victimes de l’odieux attentat de Bruxelles !!!!

Depuis de très nombreuses années les victimes de l’antisémitisme ne tombent plus sous les balles de l’extrême-droite, mais bel et bien sous celles de ceux que vous soutenez de manière récurrente et que vous honorez dans les villes communistes comme Bezons; et, malheureusement, aujourd’hui, les quolibets antisémites fusent essentiellement de la part d’une extrême gauche dévoyée qui trouve des excuses aux assassins d’Ilan Halimi, soutient les Dieudonné et autres « comiques » qui ne sont que sources de nouvelles « tragédies » !

C’est non seulement avec une grande colère, mais également avec une grande tristesse que je constate le biais de votre révolte qui feint une indignation humaniste.

Non, messieurs, ces faux semblants ne trompent plus personne, et la langue de bois n’étant pas mon fort, comme vous avez pu le constater, je vous tiens comptable de ce sinistre avenir que vous prétendez combattre !

Le seul espoir que je peux encore émettre est qu’après avoir lu ces quelques lignes, votre conscience en sera ébranlée; en tout état de cause, je l’espère pour vous et pour la jeunesse qu’elle représente !

Pour les mêmes motifs, cette lettre s’adresse également à ceux qui se joignent à vous dans cet appel à manifester, c’est-à-dire: la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne), Osez le féminisme, la Maison des potes, Ensemble, les Jeunes socialistes, les Jeunes communistes, les Jeunes du Parti de gauche, les Jeunes de la gauche unitaire, les Jeunes écologistes et enfin les Jeunes radicaux de gauche !

Cordialement,

Richard C. ABITBOL

Président