Cette lettre ouverte fait suite aux propos du Rabbin Amar sur les réformés et les homosexuels

 

Monsieur le Grand Rabbin

Monsieur le Président

 

Le Consistoire organise comme chaque année les « journées du Consistoire ». A cette occasion cette Institution a invité l’ancien Grand Rabbin d’Israël,  M. Shlomo Amar à donner dans une synagogue consistoriale une conférence dont le thème sera « l’unité et le mois d’Eloul ».

Le Rabbin Amar a tenu des propos sur les juifs réformés et sur les homosexuels plus que scandaleux. Ces propos sont criminels.

Ainsi, le 5 septembre dernier, le Rabbin Amar a déclaré que les juifs réformés étaient pires que les négationnistes pour avoir défié la loi juive orthodoxe sur la séparation des genres : « Ils essaient de jeter de la poudre aux yeux de la population et disent que les Juifs orthodoxes extrémistes ont inventé la séparation des genres. C’est comme les négationnistes, c’est la même chose : ils parlent des négationnistes en Iran, mais ils sont plus négationnistes que les négationnistes. »

Ce même Rabbin avait déclenché une controverse en fin d’année dernière  en déclarant que « l’homosexualité était une abomination » et surtout en disant que la Torah demandait la peine de mort pour les personnes ayant des relations homosexuelles.

Je ne doute pas que, comme moi, vous considérez inacceptables les paroles de ce rabbin.

Je ne doute pas, M. le Grand Rabbin de France car je me souviens de votre conférence au Centre communautaire de Paris, à  l’appel du Beit Haverim, le groupe juif gay et lesbien. Conférence intitulée : « Pour un judaïsme engagé contre toutes les discriminations. »

Je ne doute pas M. le Grand rabbin de France car juste après votre élection, vous aviez donné une très belle interview dans le journal L’Obs (publiée le 23 juin 2014).

A la question « Vous vous êtes vous-même qualifié d’homme d’ouverture. Comment comptez-vous composer avec les différentes tendances du judaïsme français, divisé entre désir de modernité et tentation de repli sur soi ? », vous avez répondu : « Il faut bien entendu garder nos valeurs, mais je veux dans le même temps m’adresser à tous et ouvrir largement le champ du regard. Le rapport exigeant à la loi juive n’interdit pas de parler, d’échanger et de construire avec les nouveaux mouvements du judaïsme. Ce qu’ont fait les libéraux pour la mémoire juive est un travail formidable. Ils ont su accueillir des gens que les instances consistoriales n’ont pas toujours reçus convenablement. Ceux que vous qualifiez de plus orthodoxes, à l’inverse, sont pour moi des gens engagés qui ont une force à  apporter à la communauté. Lorsque nous allons réciter la liste des noms du Mémorial, on ne regarde pas d’où viennent les rabbins, c’est un moment de profonde unité. Et l’unité, c’est la diversité. Le Consistoire, lui, incarne une ligne médiane, ouverte et fidèle à la halakha. »

Je ne doute pas, M. le Président, car lorsque je vois l’éditorial que vous avez écrit il y a quelques jours dans le calendrier du Consistoire, je lis que « Créé pour incarner et représenter la communauté juive française, le Consistoire fédère des centaines de communautés à travers la France.»

Plus loin vous affirmez que « Dans nos centaines de synagogues, chacun est accueilli avec joie et chaleur quels que soient ses convictions et son degré de pratique religieuse. »

Monsieur le Grand Rabbin, Monsieur le Président, je ne doute pas de la sincérité de vos propos, et c’est pour cette raison que je vous demande d’annuler ou de ne pas assister à la conférence du Rabbin Amar, dont les propos sur les homosexuels ne sont pas différents de ceux écrits  par les mollahs les plus extrémistes de l’Etat islamique.

Ne pas annuler cette conférence ou y participer reviendrait à  cautionner les propos de ce rabbin.

Recevez mon cordial Chalom.

Eric Gozlan