Marie Arena, vous êtes députée européenne (PS).

Aux dernières élections générales en Belgique, j’ai donné ma voix à trois personnes issues de trois formations politiques différentes : un panaché qui a exprimé mon souhait de voir défendre, 1) le droit des femmes (Viviane Teitelbaum, MR), 2) l’éducation et les valeurs démocratiques dans le cadre d’un État fédéral où les territoires sont disputés (Olivier Maingain, FDF) et 3) pour conserver en Europe un back-up social : et c’est vous que j’ai choisi.

La Libre Belgique titrait récemment (le 14/11) à votre sujet
: « Marie Arena s’inscrit en diplomatie », pour aborder la manière dont vous avez plaidé, sur le plateau de la RTBF, pour la reconnaissance de l’État palestinien par notre pays.

Vous affronter sur ce sujet n’est probablement pas une manière appropriée de vous faire changer votre position. Vous questionner sur votre procédé et vos objectifs me semble plus adéquat. J’espère sincèrement que vous nous éclairerez.

Reconnaître un État palestinien, en-dehors d’un processus de négociations et sans aucun engagement de l’État en question, ni aucune concession de sa part vis-à-vis de son voisin, Israël, vous semble-t-il une démarche sans danger ?

Et si vous en reconnaissez le danger – qui est celui de valider le refus de reconnaître et d’accepter un État Juif sur quelqu’espace que ce soit dans cette région, refus maintes fois exprimé par les représentants politiques des habitants de ce territoire que l’on appelle, depuis 1967, par la grâce de l’introduction d’un marketing efficace, « le peuple palestinien » – quel bénéfice pouvons-nous tirer de cette prise de risque, particulièrement dans les jours où les plus hauts représentants du Fatah de Mahmoud Abbas applaudissent aux meurtres d’Israéliens ?

Ne trouvez-vous pas que le procédé équivaut à condamner, par exemple, la France, pour les conditions de détention dans ses prisons, et puisqu’il ne serait dans le pouvoir d’aucun État de libérer les personnes qui y sont incarcérées, de décider d’effacer leurs casiers judiciaires et des les autoriser à massacrer leurs gardiens ?

(L’image des prisons doit me venir de ce slogan qui résonne comme une rengaine : Gaza serait une prison à ciel ouvert, et je ne vous ai pas entendue condamner l’Egypte, qui en détient un verrou).

La question que se posent beaucoup de gens – même s’ils sont de plus en plus rares à s’en poser – est de savoir si une telle entreprise européenne n’est pas motivée par une profonde détestation d’Israël.

L’ignorance provoque ce genre de réactions, et il semble, lorsqu’on connaît un peu l’Histoire, que ceux qui décident de notre avenir sont, sur ce conflit et sur cette géographie, d’une ignorance effrayante.

Comment pouvez-vous nous assurer que le désir de reconnaître un État palestinien en vous abstenant d’en exiger ne serait-ce que les plus élémentaires garanties, par exemple en matière d’enseignement de la tolérance, ou du respect des droits des femmes, n’est pas une diplomatie de l’affect, et en quoi cette décision n’enfreint-elle pas les valeurs fondamentales de l’Europe – qui, pour le coup, ferait quand même bien de s’occuper d’elle-même alors qu’elle se replonge en plein Moyen-Âge d’un point de vue économique, entre autres.

Si, cependant, vous deviez poursuivre, vous et vos collègues européens, dans cette voie, êtes-vous prête à procéder en rappelant avant toute autre chose, quelques jalons historiques sans la connaissance desquels toute décision, dans quelque sens que ce soit, ne serait pas raisonnable ? Ainsi, ne devriez-vous pas d’abord rappeler quel était le statut de Jérusalem en 1967 à la veille de la Guerre des Six jours ? Le sa-
vez-vous ?

Votre « reconnaissance » évoquera-elle la Convention de San Remo ?

Avant de reconnaître un État palestinien, êtes-vous prête à dire que vous le faites en sachant qu’il n’y a jamais eu d’État de Palestine en Judée Samarie ?

Savez-vous que cet « État palestinien » se situe dans une région annexée par la Jordanie en 1948 et reconquise par Israël après avoir été attaquée par les autres États arabes qui l’entourent ?

La question n’est d’ailleurs pas une question de territoire. Et c’est ici le problème essentiel de votre « résolution » qui ne résoud rien.

Ce conflit n’est pas une question de territoire, sans quoi il serait effectivement légitime que l’Europe s’érige ; certes, les territoires sont disputés, mais encore une fois, là n’est pas le problème. Il faut répéter ceci sans se lasser.

Ce conflit n’est pas un conflit territorial. Il s’agit de nommer. Il s’agit de reconnaître et d’accepter l’autre.

En ce sens, l’Europe commet une forme de crime en reconnaissant et en nommant ceux-là même qui refusent de reconnaître et de nommer.

Il n’est plus raisonnable de refuser de voir que la politique étrangère des pays européens, et que les médias européens dans leur grade majorité, sont atteints d’une grave maladie que l’on appelle l’antisémitisme, et que cette maladie est cette fois bien plus grave qu’elle ne l’a jamais été, en ce qu’elle se manifeste chez des personnes et dans des cercles qui sont persuadés d’en être immunisés.

Il n’est plus raisonnable de refuser de voir que la politique étrangère des pays européens, et que les médias européens dans leur grade majorité, sont  atteints d’une grave maladie que l’on appelle l’antisémitisme, et que cette maladie est cette fois bien plus grave qu’elle ne l’a jamais été, en ce qu’elle se manifeste chez des personnes et dans des cercles qui sont persuadés d’en être immunisés ; il est aujourd’hui un devoir de reconnaître l’antisémitisme dans un mouvement qui vise à reconnaître à un État, comme fondement, de refuser aux Juifs d’y vivre, et de refuser fondamentalement aux Juifs d’avoir un État à eux comme voisin.