Nous venons d’apprendre en Israël que les 16 et 17 mai prochains, le Président de l’autorité palestinienne Abou Mazen se rendra au Vatican afin d’y signer l’accord de principe du 13 mai 2015 reconnaissant officiellement l’existence d’un « Etat de Palestine ». (Source: I Media)

Au-delà des considérations politiques et des intérêts du Vatican à vouloir conserver et protéger les biens situés sous contrôle palestinien, sur le plan théologique, nous ne pouvons en aucune manière garder le silence.

Comment le Pape, la plus grande autorité de l’Eglise catholique, connu pour ses positions sociales progressistes, peut-il légitimer le retrait d’Israël de Jérusalem-Est et de la Judée-Samarie, berceau historique du peuple hébreu où fut conclue l’Alliance entre l’Eternel et les Patriarches  d’Israël?

«Cette alliance, établie entre moi et entre toi et ta postérité après toi, dans toutes leurs générations, je l’érigerai en alliance perpétuelle, pour être pour toi Dieu et pour ta postérité après toi. Et je donnerai à toi et à ta postérité après toi la terre de tes pérégrinations, toute la terre de Canaan, comme possession éternelle; et je serai pour eux Dieu.» (Gen. 17, 7-8).

L’Alliance serait-elle caduque? Que pourrait justifier un tel retrait de Judée-Samarie? Officiellement un tel accord viserait à créer un «État de Palestine indépendant, souverain et démocratique à même de coexister pacifiquement et en sécurité avec Israël et ses voisins»[1] et donc à mettre un terme au conflit israélo-palestinien.

N’y-a-t-il point un déni de la source biblique affirmant de manière univoque que l’Alliance conclue entre l’Eternel et Israël est inaliénable, indéfectible et éternelle?

«Et pourtant, même alors, quand ils se trouveront relégués dans le pays de leurs ennemis, je ne les aurai ni dédaignés ni repoussés au point de les anéantir, de dissoudre mon alliance avec eux; car je suis l’Éternel, leur Dieu! Et Je me rappellerai, en leur faveur, le pacte des aïeux, de ceux que j’ai fait sortir du pays d’Egypte à la vue des peuples pour être leur Dieu, moi l’Éternel.»  (Lev. 26: 44-45).[2]

L’Eternel, par la bouche du  prophète Ezéchiel, semble dans un premier temps justifier la dispersion de son peuple en raison de l’infidélité de ce dernier et de son refus de  marcher sur la voie divine:

«Et Je les ai dispersés parmi les nations, disséminés dans les pays; selon leur conduite et selon leurs œuvres, Je les ai jugés» (Ez. 36: 19)

Mais l’Eternel, immédiatement, après avoir décrété son jugement premier, annonce:

«Alors, je me suis ému pour mon saint nom, qu’avait déconsidéré la maison d’Israël parmi les nations où ils étaient venus. Aussi, dis à la maison d’Israël: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien pour mon saint nom, que vous avez déconsidéré parmi les nations où vous êtes venus.’». (Ez. 36: 21-22)

L’Eternel va en exil avec son peuple Israël. L’exil d’Israël  constitue en tant que tel une profanation du Saint Nom.  L’Eternel, fidèle à Sa Parole éternelle le liant aux termes de l’Alliance patriarcale, ramène les exilés à Jérusalem à cause de Sa réputation aux yeux des Nations:

«Aussi, dis à la maison d’Israël: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien pour mon saint nom, que vous avez déconsidéré parmi les nations où vous êtes venus.» (Ez. 36: 22)

«…c’est parce que l’Éternel vous aime, parce qu’il est fidèle au serment qu’il a fait à vos aïeux; voilà pourquoi il vous a, d’un bras puissant, arrachés et sauvés de la maison de servitude, de la main de Pharaon, roi d’Egypte.» (Deut. 7: 8).

L’accomplissement de l’Alliance témoigne non seulement de l’amour infini que l’Eternel porte à Israël (Deut. 7: 8) mais aussi du lien pérenne unissant le Maître du monde à Son peuple. L’Eternel ramène les exilés en Erets Israël afin que Son Grand Nom ne soit jamais profané par les Nations qui, tentées de justifier l’exil comme une malédiction éternelle s’abattant sur Israël, remettraient fondamentalement en cause l’élection du peuple de Dieu. Après l’édification du veau d’or par les fils d’Israël, veau d’or qui constitue en soi un manquement très grave à l’Alliance conclue entre Dieu et Son peuple, Moïse argue devant l’Eternel que décimer les Hébreux à cause du veau d’or autoriserait les Nations à nier la grandeur de Dieu (Ex.  32: 11-14):

«Faut-il que les Égyptiens disent: ‘C’est pour leur malheur qu’il les a emmenés, pour les faire périr dans les montagnes et les anéantir de dessus la face de la terre!’» (Ex. 32, 12).

Moïse se pose en défenseur du Nom de l’Eternel, garant du don intégral d’Erets Israël aux Hébreux! Cette notion de sanctification du Nom divin constitue la base de la prophétie d’Ezéchiel:

« Je sanctifierai mon grand nom qui a été outragé parmi les nations, que vous-mêmes avez outragé parmi elles, et les nations sauront que je suis l’Eternel, dit le Seigneur Dieu, quand je me sanctifierai par vous à leurs yeux. Et je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays et vous ramènerai sur votre sol.» (Ez. 36: 23-24)

«Et je donnerai à toi et à ta postérité la terre de tes pérégrinations, toute la terre de Canaan, comme possession éternelle; et je serai pour eux Dieu.» (Gen. 17: 8)

Il semble, malgré les indéniables et incontestables progrès enregistrés depuis le Concile Vatican II dans les relations respectives entre Juifs et Catholiques que le Pape François, par sa décision de reconnaître officiellement l’existence d’un «état de Palestine», rouvre une plaie qui ne s’est jamais véritablement refermée, plaie de la thèse du «Verus Israël» que l’Eglise catholique symbolisera pendant longtemps par l’image de la «Synagogue aux yeux bandés et au sceptre brisé».

L’Eglise catholique, encourageant l’étude et l’approfondissement du TaNaKh (La Bible hébraïque) comme en témoigne véritablement le document historique Pontifica Biblique [3],  outrepassera, par la reconnaissance officielle d’un «état de Palestine»,  le sens des sources scripturaires du TaNaKh. En effet, comment est-il possible de concilier la promesse divine du retour et sa réalisation messianique en Erets Israël avec l’idée d’une création d’un «état palestinien», entité politique qui n’a jamais existé? »

Cette dernière démarche politique et temporelle provenant du Vatican menace de briser les efforts sérieux de réconciliation et de rapprochement entre les deux communautés catholique et juive entamée depuis Vatican II (Nostra Ætate. 1965).

Le retour de nos frères juifs à Jérusalem, la Capitale éternelle d’Israël dont nous commémorerons dimanche le 17 Mai 2015 la réunification en 1967, constitue la plus belle preuve d’amour de l’Eternel à l’égard de son peuple. A cet amour sans limite,  s’ajoute l’aspiration de l’Eternel à voir son Nom sanctifié parmi les Nations qui comprendront enfin qu’Israël détient les droits historique, moral et religieux de s’épanouir sur tout Erets Israël! L’Eglise catholique semble n’avoir retenu que le passage du Prophète d’Ezéchiel (36: 19):

«Et je les ai dispersés parmi les nations, disséminés dans les pays; selon leur conduite et selon leurs œuvres, je les ai jugés.» (Ez. 36, 19).

…au détriment du verset 24:

«Et je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays et vous ramènerai sur votre sol.» (Ez. 36, 24).

… expression de la volonté divine inscrite dans le livre du Deutéronome:

«Il t’aimera, te bénira, te multipliera, il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin et ton huile, les produits de ton gros et de ton menu bétail, dans le pays qu’il a juré à tes pères de te donner.» (Deut. 7: 13)

J’invite tous les chrétiens, dans le plus grand respect de nos différences mutuelles, à venir se ressourcer à la Parole de l’Eternel afin de mieux connaître les racines de leur foi et construire, sur la base de l’Alliance abrahamique, un monde meilleur. La terre qu’ont foulée les Patriarches et le peuple hébreu, cœur de la nation hébraïque et son foyer historique et spirituel, ainsi que Jérusalem «une et indivisible», attendent votre réponse…

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[1] Entretien avec le quotidien du Vatican « l’Osservatore Romano »: Mgr Antoine Camilleri, chef de la délégation du Saint-Siège

[2]  Parashat Be’houkotay: Lévitique: 26: 3- 27: 33

[3] Document Pontifica Biblique (« Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne »).