Paris, le 30 avril 2014

Monsieur le Président-Directeur-Général Rémy Pflimlin,

Comme vous le savez, les propos tenus par monsieur Aymeric Caron lors de son échange avec Monsieur Alexandre Arcady dans l’émission
« On n’est pas couchés » diffusée le samedi 26 avril sur France 2 ont profondément choqué la communauté juive de France et bien au-delà.

Ces propos outrageux, et ce qu’ils sous-entendaient, étaient inacceptables sur un média du service public.

Dans la partie diffusée à l’antenne, les interrogations de Monsieur Caron quant au caractère antisémite du terrible crime commis contre Ilan Halimi étaient déjà particulièrement choquantes alors même que ce caractère antisémite a été pleinement reconnu par la justice.

Les motivations antisémites des barbares ayant torturé Ilan Halimi durant 24 jours avant de le tuer ne font aucun doute à quiconque connait l’affaire, sauf à vouloir réinterpréter les faits avec un filtre subjectif et tendancieux. Imaginez la souffrance de la famille d’Ilan à l’écoute de tels propos.

Mais les dérives profondément antisionistes exprimées par Monsieur Caron dans la partie de l’échange qui a finalement été coupée au montage, et les liens ignobles faits avec la tragédie de Toulouse du 19 mars 2012, lui apportant par là même une certaine justification, ont été d’une gravité extrême.

Loin d’être un dérapage malheureux, de tels propos étaient prémédités et préparés.

N’ayant aucun rapport avec la tragédie d’Ilan Halimi et avec la présentation faite du film par son réalisateur présent sur le plateau, ils n’avaient pour unique objectif que de déverser une haine gratuite et violente contre Israël.

Le choc est terrible. Le choc est douloureux. Le choc est intolérable.

Et plusieurs jours après l’émission, Monsieur Caron n’a exprimé aucun regret, ni aucune excuse. En particulier auprès de la famille d’Ilan Halimi et de la communauté juive qui reste sous le choc.

Comment de telles attaques antisionistes peuvent-elles être possibles et tolérées en 2014 sur une grande chaîne de télévision française par l’un de ses journalistes au moment même où est traité le drame terrible et inconsolable du meurtre abject d’Ilan Halimi dont la plaie ne sera jamais refermée ?

La polémique – coutumière chez Monsieur Caron – est une chose. L’attaque volontaire et violente contre Israël – avec les arrière-pensées, les sous-entendus, et les conséquences possibles que l’on sait – en est une autre.

Le métier de journaliste a des règles que Monsieur Caron a transgressées.

La République a des valeurs que Monsieur Caron a abimées.

Les victimes innocentes de la haine anti-juive ont droit au respect de leur mémoire que Monsieur Caron a souillée.

En agissant de la sorte, Monsieur Caron a préféré mettre en avant ses opinions personnelles, étrangères au sujet traité à l’antenne, plutôt que de rester dans le cadre qui lui était imparti en tant que journaliste intervenant sur une chaîne du service public.

En agissant de la sorte, Monsieur Caron a participé pleinement et volontairement aux discours antisionistes, avec les risques antisémites que l’on connait, qui se rependent en France depuis quelques années et faisant ainsi preuve d’une irresponsabilité dangereuse face aux conséquences majeures que ces dérives peuvent avoir dans certains esprits et dans certains quartiers contre la communauté juive en particulier et contre la République en général.

En agissant de la sorte, Monsieur Caron a heurté et blessé la communauté juive et plus largement les défenseurs des valeurs de la République.

Ces propos appellent désormais une réaction forte, décisive et sans ambiguïté de la direction et de la rédaction de France 2, à la hauteur de l’émotion suscitée.

Sinon, ce serait laisser la porte ouverte à d’autres apprentis sorciers qui, faute de sanctions aujourd’hui, se sentiraient libres et encouragés demain à déverser à leur tour leur venin haineux.

La mission civique et citoyenne d’une chaîne du service publique est aussi de lutter sans compromis contre cette haine.

C’est pourquoi Monsieur Caron ne peut plus continuer d’intervenir dans cette émission et sur cette chaine de télévision. C’est pourquoi Monsieur Caron doit être démis de ses fonctions sans plus attendre.

Il y va de l’honneur d’une profession, d’une chaîne de télévision, et plus largement du service public de notre pays.

Merci d’y veiller avec l’attention qu’il convient.

Comment imaginer qu’il puisse en être autrement ?

Avec mes respectueuses salutations,

Philippe Meyer

Administrateur du Consistoire Israélite de Paris