Je n’ai aucune prétention ni celle de donner des leçons, ni celle de détenir la vérité et encore moins celle d’être un exemple de vertu, je me contente de chercher à exprimer des idées qui me semblent justes. Sans doute certains ne les partageront pas, voire les détesteront.

Qu’est ce qui fait de l’état d’Israël une exception dans le monde ? Sa capacité à réussir à la fois un développement économique et une intégration sociale ?

C’était vrai avant.

La richesse de sa production artistique ?

Certes c’est indéniable.

Sa capacité à résister, sa résilience face à la volonté manifestée par le plus grand nombre de sa destruction ?

C’est sans doute vrai, mais une capacité de paix serait sans doute mieux (même si parler de paix aujourd’hui parait être une gageure).

Sa capacité à innover qui se traduit par un nombre record de start-ups qui réussissent ?

C’est un bon indicateur de la qualité de l’enseignement dans le pays. Je prétends que tous ces créateurs de start-ups réussiraient tout aussi bien n’importe où ailleurs. Ils sont simplement intelligents et opportunistes.

Le système économique soutient et encourage l’innovation mais n’est-ce pas surtout Tsahal l’acteur majeur de cette réussite ? Doit-on attribuer ce succès au seul libéralisme et en déduire son caractère vital ? Israël n’a pas attendu Netanyahu pour inventer et gagner des prix Nobel.

Non. Israël est devenu le pays de l’ultra libéralisme économique, du capitalisme triomphant, le pays du mercantilisme accompli, le pays de l’Argent Roi.

Il est loin le temps ou Golda Meir refusait les millions du mafieux Meyer Lansky déclarant son arrivée en Israël incompatible avec les valeurs du pays.

L’immobilier flambe et Tel Aviv est devenue une ville aussi voire plus chère que Paris, Rome ou Madrid.

Une copie moyen-orientale de la Californie voilà ou nous sommes arrivés.

Est-ce une ambition ?

Nous observions ce shabbat les comportements de consommation des citoyens israéliens au Namal de Tel Aviv.

Force est de constater que cela rend perplexe !!!

Magnifique vitalité, joie de vivre, épanouissement des enfants.

Au service de quoi ?

Chacun exhibe son smartphone 77S après être sorti de son véhicule suburbain dernière génération.

Cette soif de consommer ne s’explique pas seulement par des raisons liées à la sécurité d’Israël. Sans doute s’agit-il d’un réflexe de survie mais pas seulement.

Tout en exhibant ces symboles de la réussite individuelle, on parlemente des heures entières pour avoir la meilleure place au restaurant.

Tout le monde veut une place au soleil. « Je paye donc j’ai le droit à ce privilège ».

C’est légitime n’importe où sur la planète mais ….  Quand on est israélien ?

Frénésie consumériste et empire du paraitre, comme n’importe où me direz-vous !

Oui, c’est cela qui me chagrine. Où est l’ambition ? Où est l’exemple ?

Le peuple juif peut-il se contenter de ce comportement médiocre, comme partout ailleurs ?

Je sais ce que l’on va me rétorquer. Propos de gauchiste invétéré. Utopie infantile. L’utopie, le rêve sont des affaires individuelles, l’état israélien n’a rien à voir avec cela. Laissez-nous être un peuple comme les autres. Laissez-nous vivre simplement. On en a marre de devoir être exemplaires.

Pas de commentaire, circulez il n’y a rien à voir.

Quelle différence avec le Veau d’Or ?

Est-ce pour cela que nos glorieux ancêtres, David Ben Gurion en tête, se sont battus ?

Est-ce à cela que se résume le sionisme ?

Ne vous trompez pas, je me réjouis de la prospérité dans notre pays.

Mais premièrement l’écart est de plus en plus important entre les différentes classes sociales et devient insupportable, et deuxièmement il s’est substituée à une richesse discrète (et sans doute patriote) une bourgeoisie Bling-Bling agaçante de morgue, de vanité et d’inculture.

Pire, cela est devenu la norme, la vertu ultime et nombreux sont ceux qui s’endettent exagérément pour céder à ce conformisme du paraitre.

Quel sens donne-t-on à l’alyah désormais ?

“Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.” avait dit fort justement J.F Kennedy.

Qu’apportons-nous à Israël, nous les olim sexagénaires ?

Nous ne serons pas intégrés à Tsahal, nous ne créerons pas de start-ups.

Je pense que nous sommes nombreux à souffrir de l’absence d’un projet auquel nous pourrions consacrer ce qu’il nous reste de forces et ce que nous avons acquis d’expérience.

Nous ne sommes pas venus ici pour consommer même en tant que retraités.

Ce que je crois être le manque d’ambition des citoyens et singulièrement des politiques me pèse énormément.

Les condamnations pour corruption ou pour sévices sexuels sont désormais monnaie courante comme le relatent les romans policiers de Liad Shoham, Batya Gour ou Yshai Sarid là où la vertu devrait être la norme.

Les grands écrivains et intellectuels sont tous nostalgiques des temps où ils pouvaient revendiquer un rôle dans la vie politique ……  Amos Oz, Meir Shalev, Yossi Beilin, Yossi Sarid, Abraham B Yehoshua, David Grossman, ne désespérez pas.

Les politiques rivalisent de cynisme et sont prêts à tout pour parvenir au pouvoir.

On arrive ainsi à une majorité formée par l’union hétéroclite de religieux, de partisans du Grand Israël, de la droite extrême, d’immigrés russes et des sépharades religieux et traditionalistes qui en bons anarchistes haïssent avant tout la contrainte de l’Etat.

Pour eux l’alyah signifie la liberté. La liberté de faire ce que je veux et surtout d’être fier d’être juif. L’alyah dans ce cas est une fin en soi.

Il est une autre conception : celle d’une alyah qui est un début, une promesse, un dépassement. De même que la République Française a un caractère religieux (dans son athéisme) pour moi le passeport israélien a une valeur transcendante. C’est ça, je crois, entre autre le sionisme.  Mais peut-être suis-je un peu trop mystique ?

Je ne sais pas par quelle escroquerie intellectuelle on nous a fait accroire que nous avons éliminé toute idéologie.

Où est la vérité ? : nous (néanmoins le pouvoir américain y est pour beaucoup, non ?) avons éliminé le communisme (qui l’avait largement mérité) et consacré le capitalisme comme horizon indépassable.

Alors de grâce retrouvez un peu de cette ambition qui animait ces glorieux ainés dont vous vous réclamez. N’est-ce pas la Torah elle-même qui nous alerte sur le risque de nous conduire en maitres ?

Il est facile de « vendre » le laisser faire, le libéralisme économique.

Il est en revanche particulièrement difficile de réinventer un socialisme adapté à la nature de notre pays. Ne cherchons pas le conformisme y compris en matière politique.

Ne croyez pas que le rejet de Bibi suffira à conquérir durablement le pouvoir. Ne croyez pas que le désir de Paix suffira à conquérir durablement le pouvoir.

Malheureusement on s’habitue à tout !!!

Je suis sûr que ce qu’attendent, avant tout, les israéliens ce n’est pas une énième rustine à la Yair Lapid, mais un véritable projet ambitieux et en rupture avec cette gestion comptable du pays.

Nous sommes nombreux j’en suis sûr à penser comme ça.

Le pays est riche en ressources et en hommes !!

Le pays sait ce qu’est le sacrifice. Le pays sait ce qu’est le rêve et comment il devient une réalité. Et cela dépasse tous les clivages sociaux, religieux, culturels……