L’été meurtrier

On se souvient de ce film, cruel et tendre, où l’éblouissante Isabelle Adjani se  vengeait d’une sordide histoire de famille datant d’une époque où des voyous faisaient la loi. Aujourd’hui encore, des voyous font la loi. En Iran, par exemple, où un  Guide spirituel, une dizaine de mollahs, des centaines de milliers de Gardiens de la révolution et deux millions de Bassidjis chargés des basses œuvres du régime, ont pris en otages quatre-vingt-dix millions d’Iraniens. N’hésitant pas à les assassiner par dizaines de milliers lorsqu’ils ont l’audace de descendre dans la rue pour réclamer le droit de mener une vie normale.

Á bas bruit, des voyous font aussi la loi dans les pays du Golfe, ces États dits modérés parce qu’on les compare aux dictatures du monde arabo-musulman.

Á Washington et à Jérusalem, la situation est différente. Les voyous n’y font pas la loi. Mais on sait qu’en politique, ceux qui réussissent ne sont jamais blancs comme neige. D’autant qu’ils sont sous pression. Le projet d’accord entre les États-Unis et l’Iran illustre jusqu’à la caricature cette démocratie de l’influence.

Après s’être bien gavées, les compagnies pétrolières laissent la place aux sociétés d’assurance et de déminage chargées de sécuriser la réouverture du détroit d’Ormuz contre monnaie sonnante et trébuchante. Les candidats républicains aux élections de mi-mandat avaient aussi tout intérêt à l’arrêt d’un conflit coutant cher aux contribuables et aux consommateurs américains appelés à voter le 3 novembre dans les cinquante Etats de la fédération.

En Israël, citoyens, militaires et politiques estimaient fondamentalement juste cette guerre contre l’Iran et le Hezbollah libanais qui menacent du feu nucléaire « l’entité sioniste ». Mais comment gagner lorsque les objectifs varient au gré des calculs faits ici ou là ?

Sur la question de la chute du régime des mollahs par exemple, estimée « imminente » au début et décrite comme « objectif à terme » à la fin des combats. Un flou propice à des quiproquos, des non-dits et quelques manipulations. Pour en sortir, Donald Trump a décidé de signer un accord qui néglige complètement les intérêts d’Israël. Á l’heure où ces lignes sont écrites, on croit savoir que les 440 ou 460 (les estimations varient) kilogrammes d’uranium enrichi seront placés sous un régime de statu quo. De même, la mise hors d’état de nuire de toutes – toutes – les fabriques de missiles ne serait plus à l’ordre du jour.

Mais le feuilleton n’est sans doute pas terminé. En dépit d’un scénario basé sur une histoire sordide, l’été meurtrier d’Isabelle Adjani comportait quelques séquences légères, cocasses et drôles. Avec Donald Trump en metteur en scène, le dernier film de Binyamin Netanyahou, grand acteur de la vie politique, risque de comporter aussi des moments légers, peut-être cocasses, mais surement pas drôles.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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