L’été de tous les dangers

On l’a déjà dit ici. C’était facile à prévoir. La température grimpe et échauffe les esprits les mieux disposés et ceux qui le sont moins.

Dans la nuit du 7 juin et le lendemain matin, une guerre d’une bonne douzaine d’heures a opposé Israël à l’Iran. Le régime des mollahs a tiré 30 missiles sur l’État juif qui a riposté avec son aviation. C’est au Liban qu’il faut chercher la raison de ce nouvel affrontement. Le Hezbollah, plus résistant qu’on le pensait, n’entend pas accepter son désarmement envisagé par l’accord du 16 avril dernier. A-t-on déjà vu une organisation terroriste se livrer pieds et poings liés à ses ennemis ? L’entité chiite libanaise a donc continué à s’adonner à son activité favorite : gâcher la vie des habitants du nord d’Israël – et trop souvent la leur ôter – en bombardant la Galilée. Et ceci par tous les moyens – roquettes, drones explosifs, obus d’artillerie – suscitant de fortes répliques de l’État juif. Une guerre sans fin. Israël désigne le Hezbollah comme le bras armé de l’Iran au Liban, réalité indéniable depuis des décennies.

Mais le régime de Téhéran pourrait bien échapper à ses responsabilités en réussissant une manœuvre politique diabolique : faire miroiter la possibilité d’un accord à un Donald Trump intéressé par un bon deal avec une puissance pétrolière. Le 8 juin, le président des États-Unis n’y est pas allé de main morte. Furieux d’une reprise des hostilités nuisant à cette perspective, il a interdit à l’État juif d’aller plus loin.

Cette divergence stratégique entre les deux partenaires n’est pas nouvelle.

Á Gaza, déjà, l’hôte de la Maison blanche avait fixé la limite de son soutien à l’État juif. Il avait imposé un arrêt des hostilités pour lancer un grand projet immobilier conforme aux intérêts de l’Oncle Sam et de la famille Trump unis et réunis dans l’amour de la Mère-Patrie. C’est ici que le bât blesse. Le gouvernement israélien doit assurer la sécurité des habitants de Galilée excédés et épuisés par les attaques incessantes du Hezbollah. Et ceci à quelques mois d’un scrutin décisif où Binyamin Netanyahou ne peut se permettre de perdre des voix disputées par ses concurrents dans les grandes localités de la région. Une équation électorale perturbant sérieusement la coalition gouvernementale à la peine dans les sondages.

L’insistance de Binyamin Netanyahou à « finir le travail » en Iran et au Liban – un volontarisme soutenu par une majorité d’Israéliens – s’en trouve renforcée. Alors que les intérêts défendus par le gouvernement de Jérusalem et ceux de son grand frère à Washington ne coïncident pas. « Une embrouille, c’est chaud » diraient les jeunes et ils auraient raison. Cet été caniculaire pourrait bien être celui de tous les dangers.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments