On attendait le Messie, c’est « l’affaire du siècle » qui est arrivée, avec la publication de son volet économique intitulé « de la prospérité à la paix » (Prosperity to peace). Il s’agit de convaincre tout à la fois les Israéliens et les Palestiniens, leurs voisins immédiats (Egypte, Jordanie, Liban) ou plus lointains (Maroc, pays du Golfe …) de la pertinence du choix opéré par l’administration Trump : financer avec 50 milliards de dollars (dont la moitié pour les seuls Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie) la création d’un million d’emplois grâce à de grands projets pour la région. Les auteurs du plan, Jared Kushner et Jason Greenblatt, font preuve d’une audace folle en promettant de « réduire les difficultés de mouvement pour les Palestiniens et enlever les obstacles … en reliant directement les centres de population et en assouplissant les restrictions de mouvement ».

La liberté de circulation serait encouragée par la construction d’un « axe de circulation reliant directement la Cisjordanie et Gaza grâce à une route principale, et éventuellement, une ligne de train moderne ». Emus par la condition des agriculteurs palestiniens, ils entendent faciliter leur accès aux sources d’eau et aux terres cultivables.

N’écoutant que leur grand cœur, ils proposent la construction d’une « nouvelle université modèle pour les sciences humaines et la science en Cisjordanie et à Gaza », et diverses mesures de soutien aux artistes et au tourisme en vantant les riches traditions culinaires (mais oui, mais oui !) qui donnent une saveur particulière aux villes et villages palestiniens. Les auteurs de ce plan évitent d’employer des expressions trop connotées comme « Territoires palestiniens », et ne mentionnent pas les zones A, B et C résultant des accords d’Oslo. Point trop n’en faut. D’autant que la seconde partie de cette « affaire du siècle » – la partie politique – où les envoyés de la Maison blanche proposeront des solutions relatives aux frontières et à la sécurité, sera dévoilée après la formation d’un nouveau gouvernement israélien. De toute façon, cette pax americana est mort née. Les Palestiniens sachant que leur revendication existentielle – un Etat souverain – sera refusée, ne participeront ni de près ni de loin aux discussions qui débuteront dès la semaine prochaine dans le cadre d’un « atelier économique » à Barhein.

Le gouvernement israélien n’entend pas voir son territoire coupé en deux par l’axe Cisjordanie-Gaza, et veut surtout annexer les 135 implantations légales et la centaine d’implantations illégales de « Judée-Samarie » où vivent 450 000 Juifs. Le refus palestinien fournira un bon prétexte pour accomplir ce projet messianique. Et pour faire oublier une formidable escroquerie.