Cette semaine à Paris, 6 personnes se réunissent pour apprendre l’hébreu. Chacun a une raison pour commencer une aventure avec ces mots modernes et anciens.

D’origine italienne, une dame avec un fond tunisien, un élève de Paris, un autre est originaire d’une île des Caraïbes et tous sont débutants au premier étage d’une tour de Babel et souhaitent apprendre une langue particulière, la langue de nos pères et mères bibliques de Kenan, et de nos frères et sœurs modernes d’Israël.

J’ai commencé mon histoire d’amour avec la langue hébraïque à la naissance, en arrivant naturellement aux sons et au souffle de l’hébreu. Carmela et Amnon mes parents parlaient l’hébreu et juste l’hébreu. Ils ont des parents qui parlaient l’arabe, l’espagnol, le français et l’anglais mais ils sont de la génération à qui on a dit « le peuple hébraïques parlent l’hébreu ». Leur diaspora a été effacée de leur langue une fois arrivé sur le terrain de la langue relancée, à l’entrée de la porte à Tel-Aviv.

J’ai eu le privilège de lire beaucoup des livres depuis un très jeune âge. Mes cadeaux incluaient toujours plus de livres que de jouets. Ils étaient mes jouets d’esprit et mes amis. Ils me consolés et ils ont enrichi mon âme et ma langue. J’ai découvert l’anglais très jeune aussi. Mes parents ont investi dans mon éducation mais jamais je ne leur demandais pourquoi ils ne parlent que l’hébreu. J’étais heureuse de découvrir un autre monde de sons et de gestes et l’anglais était tellement cool!

Mes premiers voyages vers l’Europe m’ont exposé à la beauté des langues latines et j’ai même pris quelques leçons en espagnol et en italien. Mon cœur toujours plein de fierté de ma belle langue, la langue de ma mère, mais est-ce que l’hébreu est sa seule langue? Quelle langue parlait sa mère?

Mes deux grands-mères parlaient bien l’hébreu, mais ce ne fut pas la langue de leur enfance ou de leur jeunesse. Elles sont tombées amoureuses avec des hommes qui parlaient une autre langue aussi, la langue dans laquelle ils ont dit « Je t’aime. » La langue dans laquelle ils ont pleuré en donnant naissance à leur premier né. J’ai découvert que ma « Savta » (grand-mère en hébreu) Sarah savait parler français. 80 ans après qu’elle lui a parlé pour la première fois à son chéri qui vivait en France.

Enfant, je l’ai entendu parler en ladino avec sa mère Rachel dans la cuisine, en argumentant sur qui cuisine le mieux. Mais elles ne parlaient jamais une autre langue que l’hébreu avec nous. Je me souviens seulement de la chanson pour enfants en ladino que je sais encore chanter jusqu’à aujourd’hui. La langue peut pénétrer si profondément, même quand on a une mauvaise mémoire!

Je découvre que la langue est une culture entière, une combinaison d’expériences, d’émotions, d’histoires, d’identités, et en rencontrant des personnes qui commencent à apprendre l’hébreu, je suis particulièrement sensible à leur choix, leurs raisons d’apprendre la langue et découvrir son identité, leur identité.

Certains souhaitent être en mesure de communiquer en Israël dans leur prochain voyage. L’une souhaite mieux comprendre son ami, l’autre veut découvrir la poésie et une autre veut simplement l’entendre, elle adore le son de l’hébreu moderne.

Je plonge avec mes élèves dans l’océan de la langue hébraïque. Nous mettons au défi sa grammaire, ses phrases courtes mais précises. Nous goûtons ces mots rénovés en glissant sur leurs racines en découvrant leur origine biblique. Nous entendons les nouvelles voix de la littérature et de la poésie hébraïque. Nous prononçons sa beauté et nous devons apprendre à nager dans une nouvelle langue.

Nous buvons du thé et nous mangeons du chocolat et des dattes pour garder notre énergie élevée, comme l’apprentissage d’une nouvelle langue consomme beaucoup de force à la fois de l’esprit et de l’âme.

L’enseignement d’une langue est un processus non-stop. Je suis bénie d’avoir des élèves qui souhaitent partager leur histoire et leur amour de l’hébreu. En prononçant cet amour pour la première fois je réalise mes premiers pas, il n’y a pas si longtemps, dans la langue française.

Une langue que je craignais de découvrir, pas sûre que je peux faire face à la grammaire, le vocabulaire différent, l’accent et la communication avec des Français à un niveau qui me permette de me sentir bien avec moi-même. L’éducatrice toujours.

Mes élèves ne planifient pas de vivre en Israël, ils sont plus détendus, mais le premier rendez-vous aves l’hébreu, comme tous les premiers rendez-vous, comprend beaucoup de questions, beaucoup de craintes, beaucoup de découvertes et beaucoup de moments embarrassants.

Je suis heureuse de toutes les erreurs que mes élèves font quand ils font l’effort de parler.

En tant que professeur je m’efforce de fournir un espace très confortable pour ceux qui apprennent. De nombreuses méthodes, plein d’idées et des différents types de textes et d’activités. Je mets au défi mes élèves à réfléchir, même pour quelques minutes dans cette nouvelle langue qu’ils viennent juste de rencontrer. Mais pour être en mesure de bien la parler, ils ont besoin de ne pas avoir peur d’elle.

Mon conseil de base à mes élèves français est un conseil 100 % israélien : « Osez! Faites des phrases courtes de 3 ou 4 mots, gardez vos phrases simples et courtes, comme une chanson et chantez-là! »

Tous mes conseils pour ceux qui apprennent une nouvelle langue sont basés sur mon expérience professionnelle mais aussi sur mon expérience récente d’être à la même place quand j’ai appris le français. C’est une expérience qui me permet d’être consciente de l’énorme défi de chaque personne qui apprend une nouvelle langue, que ce soit un loisir ou en tant qu’immigrant.

La plus importante est de comprendre la raison pour laquelle nous avons commencé ce voyage dans le monde des nouveaux mots et qui a beaucoup de manières d’être enseigné.

Il est important de se rappeler que 5-10 minutes par jour d’exercice en écoutant une chanson, la lecture d’un court poème, l’écriture des 2 premières lignes de votre histoire de vie, la recherche de 3 nouveaux mots/verbes, tous cela vous permettra de progresser.

Cela ne remplace pas une expérience de vie en Israël, mais vous pouvez vous entourer facilement avec la langue et il faut se rappeler que comme toutes les premières rencontres avec un nouvel amour, vous avez besoin d’en savoir plus sur elle!

Un autre conseil : utilisez Google Traduction avec beaucoup d’attention, une fois que vous avez un peu de grammaire de base. Il peut être amusant, mais il peut aussi être très inutile de remplacer cet outil automatique avec vos pensées originales qui vous guideront différemment dans un dictionnaire ordinaire.

Trouvez un bon ami à rencontrer une fois par semaine pour pratiquer avant la leçon. Si vous êtes chanceux, faites un oulpan de 3-4 semaines en Israël.

Et oui….Il y a beaucoup de bons enseignants. Trouvez celui qui vous fait sourire, vous donnera la confiance pour parler et qui est amoureux de la langue de sa mère.

Nous montons la tour de Babel ensemble cette semaine. Nous ne voulons pas toucher le ciel, pour oser atteindre Dieu, mais on veut profiter d’une piste magnifique sur les collines d’une langue.
Lors des pauses culturelles, tenant une tasse de thé, nous avons entendu beaucoup de beaux anciens et nouveaux artistes israéliens. L’un d’eux, appelé Noa en France et Achinoam Nini en Israël, partage sa tour de Babel. Magnifique.