Que faire ? Comment réagir fermement sans pour autant aggraver une situation au bord de l’embrasement ? De quelle manière punir le Hamas et ses soutiens le plus efficacement possible ? Voilà les questions qui doivent probablement tourmenter les nombreuses réunions du cabinet de sécurité de l’Etat d’Israel.

Rapport de force au cabinet de sécurité

Depuis la mort des trois adolescents il y a près d’une semaine, le temps semble s’être arrêté. Les ministres se réunissent, délibèrent, argumentent mais ne tranchent pas.

Faut-il attaquer Gaza avec force ou s’agit-il de jouer l’apaisement ?  Israël doit-il se lancer dans une opération périlleuse pour affaiblir le Hamas ou peut-il répondre à l’escalade du groupe terroriste de manière plus judicieuse ?

Benyamin Netanyahou est sous pression : « manque de courage », « déficit de leadership », « des paroles mais pas des actes » … Le Premier ministre reste critiqué pour son inaction et son incapacité à se montrer « fort et ferme ».

Pourtant, un rappel s’impose puisqu’en Israël le Premier ministre n’a pas vocation à trancher, à prendre des initiatives pour départager les opinions divergentes des ministres. Il peut influencer les membres du cabinet de sécurité mais, en aucun cas, il n’a la possibilité d’imposer son avis.

Or, aucune majorité ne parvient véritablement à émerger.

On l’a bien compris, la principale opposition se situe pour faire simple entre les partisans de Naftali Bennett, ministre de l’Economie et ceux de Yair Lapid, responsable des finances.

Essayons de sortir de ce schéma habituel d’un antagonisme entre ceux qui pensent qu’il faut à tout prix intervenir fermement face au Hamas et les autres, qui considèrent qu’Israël a tout intérêt à faire profil bas.

Attaquer ou encaisser ?

Tout d’abord disons le clairement, une opération militaire, aussi vaste soit-elle, n’anéantira pas le Hamas.

Comme l’a souligné l’expert en géostratégie Pierre Servent, Israël peut affaiblir cette organisation terroriste mais elle ne peut l’éradiquer totalement. Par ailleurs, une offensive militaire provoquerais un accroissement énorme des tirs de roquettes et les vies d’israéliens, hayalim et civils seraient encore plus menacées.

Au mieux, on pourrait aboutir à un arrêt des tirs de Kassam pendant quelques mois. Mais à la prochaine occasion, nul doute que ces agressions contre les habitants du sud d’Israël reprendraient.

Dès lors, on entrevoit immédiatement les désavantages d’une action envergure contre Gaza.

Et ne parlons pas des condamnations internationales (même si, rétorquera-on, quoi que l’Etat hébreu fasse, il sera critiqué).

Néanmoins, ne pas agir, demeurer silencieux face aux violences répétées du Hamas et de certains palestiniens, c’est plier devant les terroristes. C’est paraître faible devant ceux qui ne jurent que par la destruction de l’Etat juif.

Or, l’histoire a montré, en particulier dans le Moyen-Orient, qu’on est respecté seulement si on apparaît résolu et autoritaire. Rappelons nous par exemple de Begin qui avait bombardé le réacteur nucléaire d’Osirak en 1981, mettant fin aux visées impérialistes de Saddam Hussein.

Mais souvenons nous aussi des échecs de la plupart des Premiers ministres israéliens dans leurs actions de représailles contre les palestiniens. Plomb Durci notamment, en 2009, n’avait eu qu’un succès temporaire puisque les tirs palestiniens contre Sdérot avaient repris quelques temps après.

Ces événements impliquent qu’on conçoivent différemment la situation, dans une région qui connaît aujourd’hui un véritable bouleversement. D’Egypte en Irak, en passant par la Syrie et le Liban, les cartes sont en train d’être rebattues.

Israël doit s’adapter et agir en conséquence.

L’annexion : une option judicieuse ?

Souvenons nous que l’enlèvement des trois israéliens s’est déroulé en Judée-Samarie, plus précisément en zone C. Cette zone correspond à environ 70% de la Cisjordanie.

Depuis les accords d’Oslo II en 1995, elle est sous autorité israélienne sur les plans civil et militaire. Pourtant, elle n’est pas partie intégrante de l’Etat d’Israël, du moins officiellement.

L’Etat hébreu n’est donc pas vraiment libre d’y sécuriser les différents axes de communications déjà construits. Même si on compte plus de 400 000 israéliens contre 60 000 palestiniens dans la zone C, cette partie n’appartient pas légalement au territoire d’Israël. Le mur de sécurité ne protège d’ailleurs pas de nombreuses « colonies » pourtant situées à l’intérieur de la zone C.

Il suffit de se balader sur les quelques routes de Cisjordanie théoriquement sous contrôle israélien, pour constater le peu de surveillance des autorités. C’est l’une des raisons qui explique que l’enlèvement des trois jeunes a été si aisé à mettre en pratique. Les forces de police sont inexistantes.

Seul Tsahal contrôle à certains endroits l’identité des conducteurs. Mais de toute évidence, ce contrôle ne suffit pas.

Si c’était la police et non plus l’armée qui était chargée d’assurer l’ordre, tout cela serait plus facile à réaliser. C’est pourquoi, l’annexion par Israël de cette partie de la Judée-Samarie pourrait être la solution tend attendue.

Grâce à un tel acte, l’Etat juif témoignerait de sa fermeté et pourrait mieux assurer la sécurité de ses citoyens résidant dans les « colonies ».

Le tout, sans lâcher la moindre bombe. Bien sûr, les palestiniens n’apprécieront pas cette initiative. Ils risquent même d’augmenter leurs tirs de roquettes et leurs actions armées. Alors, Israël pourra répliquer en ayant pris un avantage certain sur les terroristes.

Les collines de Judée-Samarie, seront pour beaucoup, sous contrôle juif et le peu d’arabes vivant dans la zone ne posera pas de problème de sécurité intérieur. Les palestiniens doivent comprendre que plus ils se lanceront dans des activités terroristes, moins ils auront d’Etat.

Qu’ils se révoltent, s’ils ne sont pas contents. Les torts n’incombent qu’à leur haine de l’autre et leur refus de faire des concessions depuis le début du conflit. Mais le gouvernement de Netanyahou ne doit pas, ne peut pas laisser ses citoyens, où qu’ils soient, sans protection.

Ainsi, l’annexion de la zone C voir de certaines autres zones de Cisjordanie comme le souhaite Naftali Bennett irait dans ce sens.

Certes, cela fait craindre de nouvelles menaces, notamment une intensification des tirs roquettes à Gaza.

Mais c’est peut-être le prix à payer pour que les israéliens se sentent plus en sécurité durablement.