On pourrait croire que la collaboration économique entre deux pays s’opère via les ambassades et les Ministères. Lors de rendez-vous à huis-clos dans des palaces, ou à l’abri de bureaux surveillés par des gardes du corps et des portiques de sécurité.

C’était probablement le cas avant.

Une collaboration bien plus informelle et horizontale a émergé à l’ère des startups et de l’initiative privée. Aujourd’hui, les projets émergent entre connections, lors de conférences, ou au détour d’une rencontre. Des particuliers dotés d’idées novatrices ont parfois davantage d’impact que le top management : c’est le cas des ambassadeurs de la French Tech (lancée à l’initiative d’Emmanuel Macron en 2013).

Couverture du livre « Start-up Nation

Leur profil international est un moteur pour relier la France et l’extérieur : grâce à leur impulsion, des incubateurs voient le jour et des partenariats se créent. C’est ainsi que de grands groupes se retrouvent en bonne position pour aller chercher l’innovation à l’étranger et dénicher les pépites technologiques qui redéfinissent le marché de demain.

Les ambassadeurs French Tech Israel, moteurs de l’initiative privée

Ce mode d’interaction est particulièrement approprié à Israël, un pays où les relations humaines sont généralement assez naturelles, et où il n’est pas impossible de pitcher son projet par hasard au CEO d’une grande boîte habillé en baskets ou en tongs.

La French Tech et son antenne israélienne redéfinissent ainsi les relations bilatérales, soutenues par des Boards Members et des Ambassadeurs – tous bénévoles.

Conseiller Commerce Extérieur depuis 2015 et ambassadeur French Tech Israel, Stéphane Chouchan conseille des startups lancées par des Français. Arrivé en Israël il y a plus de 20 ans, il est pourtant issu d’une prestigieuse école d’ingénieur française et des classes prépas. Projet de fin d’études au CNRS, service militaire en France et un premier poste d’ingénieur en traitement du signal : il avait tout pour s’assurer une carrière stable en France.

Pourtant, alors qu’Israël fait face à une pénurie d’ingénieurs au milieu des années 90, Stéphane Chouchan répond un peu par hasard à une offre dans une société de microélectronique en Israël. D’un entretien à l’autre, son regard se porte alors sérieusement outre-Méditerranée et il enchaine plusieurs postes en Israel dans cette industrie. Stéphane Chouchan arrive en 2004 chez STMicroelectronics, d’abord au marketing puis comme Country Manager pour Israël ; il suit aussi les sujets liés à l’innovation dans la région Europe du Sud ,Est, Nord et Israël. L’une de ses missions : mettre à profit son expérience du marché israélien pour promouvoir les coopérations techniques et commerciales entre Israël et l’Europe.

Un accélérateur et des projets French Tech pour rapprocher les deux pays

Aujourd’hui, le profil et le savoir-faire de Stéphane au sein d’un grand groupe européen lui permettent de naviguer entre les deux pays : “Nous avions déjà acquis en 2012 l’entreprise israélienne bTendo, qui est devenue un de nos centres de R&D. J’ai lancé l’accélérateur ST-Up en janvier 2018 en Israël pour aider des startups israeliennes à réaliser leurs projets hardware innovants plus vite, et à croître plus rapidement, dans un esprit partenarial à long terme.  L’innovation technique est une priorité pour notre groupe et je suis convaincu qu’Israël a un rôle à jouer, explique Stéphane Chouchan.   

D’une durée de 18 mois, le programme de l’accélérateur proposé par STMicroelectronics propose à 3 à 5 startups déjà matures dans le domaine des semiconducteurs de devenir des partenaires privilégiés du groupe européen, en leur donnant accès à ses équipes de R&D, de design et de production, et de marketing et de ventes. Le but du jeu est de les aider à développer leur projet et à croître plus vite qu’elles ne l’auraient fait seules. Situé dans les locaux Wework du sud de Tel-Aviv, l’accélérateur dispose d’équipements importants (imprimantes 3-D, etc.).

Locaux Wework

Innovation rime avec Start-up Nation

Les grands groupes en ont désormais conscience : l’or nouveau réside dans la matière grise et l’innovation. “STMicroelectronics est le seul leader européen dans le secteur des semiconducteurs à disposer en Israël d’un bureau de ventes, d’un centre de R&D et maintenant d’un accélérateur ”, selon Stéphane Chouchan. Notre Président Emmanuel Macron est arrivé avec un message positif très fort, “France is back”. Mais aujourd’hui, il s’agit d’aller plus loin en implémentant des relations à long terme”. C’est tout le sens du lancement de cet accélérateur, qui s’inscrit dans la même mouvance que les initiatives comme la French Tech.

L’innovation israélienne s’allie au savoir-faire d’un grand groupe européen

Chaque partie y gagne : beaucoup de jeunes sociétés israéliennes ont besoin de s technique de grands groupes – et particulièrement dans le domaine du hardware – pour développer leur produits plus vite et s’implanter plus facilement sur les marchés internationaux, tandis que les groupes stables sont à l’affût de nouvelles technologies et business models offerts par de jeunes structures innovantes.

Parmi les success stories de ce type, on peut mentionner le partenariat stratégique entre STMicroelectronics et Mobileye (récemment racheté par Intel pour la somme record de 15.3 milliards de dollars). Dans ce partenariat sur-mesure qui dure depuis plus de 15 ans, c’est le grand groupe qui a adapté sa plateforme hardware à l’algorithme de Mobileye et a rendu son idée compatible avec les contraintes techniques de l’industrie automobile. Une fusion d’expertises qui laisse augurer de belles collaborations. Les candidatures sont ouvertes.