Comme tout pays se sentant menacé, Israël doit se doter d’armes sophistiquées. Aussi, l’industrie locale fournit du matériel militaire à l’armée terrestre, les Etats-Unis vendent à l’aviation les appareils les plus perfectionnés, alors que la protection des côtes et des eaux d’Israël – y compris les vaisseaux de forage de gaz naturel – est assurée par l’Allemagne. Il s’agit de la construction de vedettes et de sous-marins.

Pourquoi des sous-marins et pourquoi l’Allemagne ? s’interroge l’opinion publique. D’autant plus que Tsahal possède déjà six sous-marins d’origine allemande, et viens d’en commander trois autres. On n’a que des suppositions, voire des spéculations, sur l’usage éventuel de ce moyen, peut-être pour atteindre des objectifs lointains ? Toujours est-il qu’un petit pays doté de bientôt neuf sous-marins, se rapprochant ainsi des puissances maritimes, semble pour le moins étonnant.

Or, ce sujet préoccupe l’opinion publique, se demandant si cette dépense de plusieurs milliards d’euros ne vient pas au détriment des budgets consacrés au bien-être des citoyens, voire de la protection de la population civile en cas de guerre prolongée. D’autant plus que le ministre de la Défense récemment limogé, le Général Bougi Yaalon vient d’affirmer qu’il était opposé à l’achat des nouveaux sous-marins, étant selon lui superflus.

Et pourquoi l’Allemagne ? Les milieux officiels affirment que Berlin avait accordé, et accorde toujours, de très bonnes conditions de financement. Argument qui n’est pas forcement partagé par tout le monde.

Quoi qu’il en soit, toutes ces interrogations viennent de prendre une nouvelle dimension face à des soupçons de corruption avec pots de vin. D’autant plus que des noms cités touchent l’entourage du Premier ministre Nethanyahu sans le mêler personnellement.

On parle par exemple de son voisin à Césarée, lequel justement est le médiateur avec le chantier naval de Kiel qui construit les sous-marins et les vedettes. Autre nom cité, celui de David Shimron, avocat, confident et ami personnel de la famille Nethanyahu.

Tout ceci n’est qu’au stade d’enquête policière tant en Israël qu’en Allemagne, concernant le soupçon de pots de vin éventuels. D’autant plus qu’il s’avère qu’un scénario semblable, découvert en Grèce récemment, s’est terminé par l’emprisonnement du ministre de la Défense grec, impliqué dans une commande de plusieurs sous-marins, moyennant un gros paquet de la part du même chantier naval.

Il s’agit de la société « TissenKrupp » alias HDW, ayant construit, sous différentes marques, des sous-marins et navires de guerre ayant servis l’Allemagne pendant les deux guerres mondiales. Cette société avait déjà construit les six sous-marins et les vedettes en possession de Tsahal, lesquels ne sont aucunement impliqués dans cette nouvelle affaire.

Or, si ces sous-courants ne suffisent pas à éveiller des doutes, on vient d’apprendre que parmi les actionnaires de cette société on peut trouver des hommes d’affaires arabes, originaires du Liban, Abu Dhabi, voire le grand ennemi Iran.

Au ministère israélien de la Défense on feignait au début de l’ignorer, pour admettre enfin d’avoir été tenu au courant. Et la technologie secrète alors ? On rassure dans les mêmes milieux qu’à Kiel on ne construit guère les composantes sophistiquées et secrètes, lesquelles seront ajoutées en Israël.

Quelques détails intéressants concernant le patron de la société de construction navale d’Abu Dhabi, principale partenaire arabe de « Siticrope ». Il s’agit de Iskander (Alexandre) Spa, 64 ans, francophile ayant fait des études à l’INSEA de Fontainebleau. Il est libanais chrétien ayant jadis pris part avec les milices maronites à la guerre civile du Liban.

Domicilié actuellement à Abu Dhabi il a des résidences et beaucoup d’attaches en France, actionnaire du chantier naval CMN et de la compagnie d’investissement « Triacorp ». En 2010 il était médiateur entre l’Arabie Saoudite et Dassault pour la vente d’avions « Raffale ».

Se considérant « citoyen du monde » il était mêlé dans deux affaires quelque peu louches touchant la France : vers la fin des années 1980, Paris aurait payé une rançon pour faire libérer des diplomates et journalistes français, enlevés au Liban.

Puis en 1991 il s’était mouillé dans l’affaire « Angola Gate » dans laquelle certains Français avaient essayé de faire passer 790 millions de dollars au président angolais José Edouardo Dos Santos combattant les rebelles.

Les aventures d’Iskander Spa ne s’arrêtent pas là. Selon le témoignage de Roger Houk, ancien journaliste et diplomate, dans son autobiographie, il avait pris contact avec Spa, surnommé « Sandy », l’ayant libéré de captivité chez le « Hezbollah ».

À la demande du « Mossad » israélien, Houk (décédé depuis) avait rencontré Spa, en présence d’agents israéliens, dans l’une de ses résidences luxueuses à Paris. L’objectif en était d’essayer d’avoir des renseignements sur le sort de Ron Arad, pilote israélien fait prisonnier par le Hezbollah.(D’ailleurs, son sort n’est pas encore connu officiellement.)

Et entre parenthèses, sans aucun rapport, Roger Houk affirme dans son livre être le père naturel de Marion-Maréchal Le Pen. Quelles histoires.