Aborder ou retracer l’histoire du judaïsme africain revient à situer ce continent dans la durée et à identifier les éléments de sa permanence, qui justifie son identité juive d’hier et d’aujourd’hui et donne un sens à son devenir. Pendant longtemps, il a été admis que la transcription de l’histoire africaine était difficile et relativement limitée à cause de l’absence de sources écrites.

L’histoire se transmettant de manière orale. Cependant, certains auteurs dont nous nous inspirons, soutiennent que cet état de choses relève du fait que les historiens se sont longtemps désintéressés de l’Afrique. Et cela notamment à cause de la conception réductrice de la notion de « sources historiques » reconnue unilatéralement aux documents écrits, comme si les traces de l’évolution humaine devaient être exclusivement manuscrites.

En réalité, c’est sur une multiplicité de supports, réels et virtuels, que l’homme laisse les empreintes d’une vie. Il les inscrit notamment sur le paysage qu’il transforme, sur les objets qu’il fabrique, les institutions qu’il met en place, les œuvres artistiques qu’il produit, etc.

L’ensemble de ces éléments, empreintes du passé, représente autant de sources ou de documents historiques. Ces sources sont verbales et non verbales. Dans le domaine du verbal, la manifestation sera orale, chantée, tambourinée ou écrite.

Dans le domaine du non-verbal, les sources les plus significatives relèvent de l’archéologie, de l’anthropologie, de la sociologie et de la géographie. Les traces archéologiques racontent la manière de vivre des juifs africains et sont les premiers indices qui nous permettent de retracer leur passé.

Parmi les sources verbales, l’on dispose d’un foisonnement d’éléments oraux (récits, contes et légendes, épopées…) ou de récits protohistoriques transmis de bouche à oreille depuis des générations. C’est la tradition orale. Certes, oralement, le récit se transforme sans doute au gré du temps ainsi que de la subjectivité et du talent du narrateur, mais quoiqu’il en soit l’histoire n’est jamais complètement objective.

Les premiers témoignages oraux récoltés sont les récits de voyageurs anciens comme celui de Eldad Le Danite. On observe que c’est lors des premiers que l’histoire du judaisme africain commence à être véritablement consignée.

En plus des textes anciens sur la zone côtière, on dispose aussi d’écrits de voyageurs et explorateurs comme Ibn Khaldoum, Al-Idrissi, Ibn Saïd, El Zuhri,Rabbi Mardochée abi Serour, Faitlowitz, et d’autres. Mais là encore, une part non négligeable de préjugés caractérisent les récits de ces voyageurs et autres aventuriers.

Jusqu’il y a peu d’ailleurs, l’histoire du judaïsme africain était écrite uniquement par les Européens. C’est bien plus tard que les premiers historiens et intellectuels africains vont commencer eux aussi à écrire l’histoire du judaisme africain ( Elikia Mbokolo, Kifflé Selassié, Ilona Remi, Rabson Wuriga)…

A la lecture de ceux-ci, on se rend compte que le judaisme africain c’est d’abord l’histoire de lignages et de royaumes. Ceux-ci étaient dotés d’institutions et de structures politiques et administratives parfois complexes et qui s’appuyaient sur un ensemble de traditions diverses en fonction des régions.