Les seuls vainqueurs
Ni vainqueurs, ni vaincus entend-on ici où là. Il est vrai que le bloc Netanyahou n’a pas vraiment gagné même s’il arrive en tête avec 53 mandats, le Likoud restant le premier parti d’Israël avec 27 députés. Mais l’opposition n’a pas vraiment perdu non plus. Le bloc Eizenkot totalise 48 mandats, et le parti de son dirigeant, de création récente, comptera 21 députés.
Plus encore, si l’on compte les formations arabes, le total de l’opposition atteint 67 mandats. Les partis arabes sont les seuls véritables vainqueurs de ce scrutin. D’abord parce qu’ils ont su mobiliser leur électorat. La participation des électeurs arabes atteint 80,5 % (contre 53 % en 2022), alors que la moyenne nationale est de 77,7 %. Les partis arabes compteront 19 députés (sur 120), un record historique.
Les raisons d’un tel succès tiennent à une volonté politique clairement exprimée : « En finir avec le gouvernement Netanyahou-Smotricht-Ben Gvir ». Les motifs de mécontentement ne manquaient pas, mais d’abord et avant tout celui de la peur de la criminalité dans les localités arabes qui atteint des niveaux insupportables, en raison du laxisme volontaire du ministre de la sécurité publique Itamar Ben Gvir. Ce dernier ne s’attendait pas à ce résultat : il a été le meilleur agent électoral des partis arabes.
Betzalel Smotricht n’est pas moins détesté, lui qui entend « judaïser » la Galilée après avoir encouragé cette « révolution » (l’expression est de lui) en Cisjordanie.
Quant à Binyamin Netanyahou, prisonnier volontaire de son extrême droite, il incarne aux yeux des Arabes israéliens tout ce qu’ils détestent et d’abord le refus de voir en eux des citoyens comme les autres. Cette approche avait conduit le Likoud à envoyer des scrutateurs dans les bureaux de vote des localités arabes. Faute de pouvoir prouver des fraudes, le parti de Binyamin Netanyahou dénonce une ingérence étrangère, celle du Qatar, qui aurait financé le déplacement d’électeurs arabes.
Dans l’attente des résultats de l’enquête, le directeur-adjoint de la commission électorale a déjà fait savoir que ceux-ci n’infirmeront pas les résultats. Cette campagne de délégitimation vise à empêcher le « bloc du changement » d’atteindre ses prochains objectifs grâce au soutien ou à l’abstention des partis arabes : sans attendre la formation du prochain gouvernement, faire élire un nouveau président de la Knesset pour mettre à l’ordre du jour le vote de lois établissant une commission nationale d’enquête sur le 7-Octobre, instituant la conscription pour tous ou encore abrogeant les textes de la réforme judiciaire. Un vrai test pour Gadi Eisenkot. Pour les partis arabes aussi.
