Les démocraties européennes telles que nous les connaissons sont grandement redevables à la protection américaine.

Au plan international, l’Amérique a réagi comme un seul homme lorsqu’elle a été attaquée : lorsque les sous-marins allemands commencèrent à couler les paquebots américains en 1917, lorsque Pearl Harbor fut attaquée par l’aviation japonaise en 1941 ou lorsque New York fut ciblée le 11 septembre 2011. Cela mis à part, la politique américaine a oscillé entre isolationnisme et interventionnisme.

Début XXe siècle, le président Wilson s’est opposé à toute intervention extérieure. Il a néanmoins dû engager son pays dans la Première Guerre mondiale. Il a fait ensuite la promotion d’une démocratie ouverte et pacifique et a soutenu la création de la Société des Nations. Or, cette organisation a été impuissante en regard de la guerre italo-éthiopienne. Les États-Unis qui ont pratiqué une politique de protectionnisme économique de non interventionniste dans les années 20 et 30 se sont retrouvés imbriqués dans une nouvelle guerre mondiale.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l’Union soviétique ont émergé comme les grandes puissances de l’après-guerre. Dans le contexte de la course à l’établissement de zones d’influence qui a caractérisé la guerre froide durant une cinquantaine d’années, des alliances plus pragmatiques que morales se sont forgées dans chacun des deux camps pour répondre à des intérêts géopolitiques et économiques.

Cette période a été marquée par plusieurs conflits : la guerre de Corée en 1950, la crise de Cuba en 1961 et la guerre du Vietnam dès 1955 tout comme les interventions soviétiques en Hongrie en 1956, en Afghanistan en 1979 et à Prague en 1968.

À la fin des années 80, l’Union soviétique réalise qu’elle ne peut plus faire concurrence à l’Occident. Le bloc soviétique se désintègre et les États-Unis apparaissent désormais comme une superpuissance inégalée. La mouvance néoconservatrice décide d’utiliser cette puissance à l’avantage de l’Amérique pour mettre de l’ordre dans le monde, lors de la guerre du Golfe de 1991, de l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003.

Or, ces guerres qui ont coûté près de 5 billions de dollars ne se sont pas soldées par les résultats espérés : le Moyen-Orient est resté déchiré et instable de façon quasi irrémédiable. Les États-Unis hésitent à policer le monde comme par le passé.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a pris pour acquis l’appui américain pour contrecarrer l’Union soviétique puis la Russie. En effet, les États-Unis disposent de près de 800 bases militaires dans 70 pays. L’Europe qui est loin d’être politiquement – et encore moins militairement – unifiée est présentement dans l’expectative.

Les interventions musclées de la Russie qui a fait fi des pertes de civils lors de ses raids aériens en Syrie font craindre le pire. La politique non-interventionniste d’Obama a ouvert l’appétit de la Russie qui a annexé la Crimée, déstabilisé l’Est de l’Ukraine, suscité des craintes sérieuses devant le positionnement de troupes russes à la frontière balte et les vols militaires russes qui effleurent régulièrement les frontières européennes.

Quelle direction privilégiera le prochain président Trump ? Qu’exigera-t-il des partenaires européens pour qu’il continue d’assurer leur protection ? Si l’isolationnisme américain se poursuit, il faudra peut-être que l’Europe se plie face à la menace de la dictature russe. Le visage du monde occidental et de la démocratie occidentale tels que nous le connaissons en serait complètement changé.

Envers et contre tout et malgré toutes ses imperfections, une Amérique cohérente qui conserve son avantage technologique, économique et militaire et qui ne se désintéresse pas complètement du sort des nations est la garantie de la survie des démocraties européennes.