La plus grande manifestation de mécontentement en Iran s’est poursuivie malgré la mort de 21 civils et l’emprisonnement de 400 personnes. Dans de nombreuses villes, les Iraniens sont descendus dans la rue pour une 4ème journée de manifestations anti-gouvernementales, ce qui semble être le plus grand défi politique pour les dirigeants de Téhéran depuis le mouvement vert de 2009, écrasé par les  forces de sécurité.

Les contestataires protestent contre la politique extérieure d’isolement du gouvernement et les difficultés économiques : chômage, vie chère et corruption.

Les protestations ont commencé le jeudi 20 décembre lorsque les opposants au président modéré de l’Iran, Hassoun Rouhani se sont rassemblés dans le nord-est du pays pour exprimer leurs griefs concernant l’économie.

Ils se sont ensuite répandus à l’échelle nationale et ont pris une dimension plus anti- régime, y compris par des chants anti – Khamenei. Dimanche, une intervention de Rouhani qui a reconnu le mécontentement, n’a pas réussi à étouffer la colère. Les perturbations du lundi soir ont été les plus violentes jusqu’ici .

Alors, quels sont les facteurs principaux derrière la colère du peuple iranien ?

Selon les experts internationaux, cette protestation est liée à un mécontentement économique et social et le désir de faire déterminer une nouvelle direction à leur pays. Les problèmes multipliés préoccupent l’ensemble de la population. En premier, celle de l’inflation accélérée au pays (12%).

Le gouvernement iranien a commis une erreur, annoncer une hausse de prix des alimentaires: des œufs et de l’essence. L’augmentation de 40 % du prix des œufs et de l’essence à cause de la dévaluation de la monnaie et pour faire la vérité sur les prix en vertu de l’orthodoxie capitaliste mondialisée.

Le gouvernement contient l’inflation mais coupe les subventions aux plus pauvres et crée également du mécontentement. L’annonce de la suppression le revenu de base à la couche pauvre du peuple dans le prochain budget à compter de mars 2018. Tout cela a fait exploser la colère de la population.

Prenons en considération que malgré la richesse d’hydrocarbures du pays il y a des familles qui n’ont pas le pouvoir d’achat pour acheter la viande et qui n’arrivent plus à se nourrir en Iran.

Le deuxième cause est celle du chômage montée dans la société iranienne. Notamment celui qui touche les jeunes. Car l’Iran a connu une croissance de la population très forte il y a trente ans et tous ces gens arrivent désormais sur le marché du travail.

Aujourd’hui, l’économie iranienne, dominée à 80% par le secteur public, est absolument incapable d’absorber 800 000 personnes par an, avec, parmi eux, des travailleurs diplômés. Élu pour un second mandat en mai, Rouhani a permis à l’Iran de sortir de son isolement avec la levée des sanctions internationales, liées aux activités nucléaires de Téhéran.

Les Iraniens espéraient alors une amélioration de la situation économique. Mais, pour les jeunes diplômés, le taux de chômage se situe aux alentours de 30-40%. La vie désastreuse des jeunes iraniens ne sont pas limitée avec le problème de chômage, la plupart d’entre eux se battent avec la maladie de dépendance de la toxicomanie et de trafic de drogue déjà répandu dans les quartiers abandonnés par le gouvernement iranien.

C’est une catastrophe économique, sociale et éventuellement politique. Même cette levée de sanctions, conséquence de la signature en 2015 d’un accord nucléaire historique avec les grandes puissances 5+1, tarde à porter ses fruits.

La population désespérait après la récente décision du président américain Donald Trump sur les nouvelles sanctions économiques qui freinent l’investissement direct étranger en Iran.

Contestation anti-gouvernementale ou anti- régime?

C’est le manque de confiance de la population envers le système de gouvernement dirigé par les autorités religieuses. Les slogans qu’on a entendus disaient “Vous avez utilisé, vous avez instrumentalisé, la religion à vos propres fins.” Les manifestants dénoncent la corruption des clercs et l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques.

D’après son Indice de la Perception de la Corruption (IPC) de Transparency International, l’Iran est classé 131e sur 176 pays. Ceux qui sont proches du pouvoir ou au sein du pouvoir profitent de la manne pétrolière, d’où ce phénomène de corruption.

Les revenus pétroliers ne sont plus redistribués au sein de la société, mais sont accaparés par une minorité proche au pouvoir d’Ayatollah.

Le régime dans sa propagande s’évertue à dissocier politique et religion, mais il est totalement hostile à toute séparation. Ce qui montre que les gens sont en train de dénoncer l’islam politique, l’institution religieuse qui impose tout un tas de limites à la population une répression forte aussi contre les femmes et leur liberté.

Le régime iranien n’accepte pas voir ses propres défauts, mais la population s’enflamme envers la continuité du pouvoir dirigé par les dogmes religieux. Le chef suprême l’ayatollah Khamenei a accusé les ennemis externes de la République islamique pour l’éclatement de la contestation populaire dans le pays.

Cela n’a pas surpris qu’il utilisait le langage classique antisémite  » le grand satan, les États – Unis et l’Arabie Saoudite en collaboration avec la conspiration sioniste » comme la source principale de la contestation à l’intérieur du pays. Beaucoup de manifestants ont de moins de 29 ans.

Surtout la jeunesse qui a grandi sous le régime islamique le rejette aujourd’hui. Mais la réaction de la classe moyenne, en tant que force motrice de la contestation populaire, oblige le régime iranien à prendre en considération les revendications du peuple pour la liberté et les changements.

Le président Rohani a servi le système par peur du système. Tous les intellectuels réformateurs dissidents sont en prison ou en résidence surveillée malgré les appels des organisations internationales des droits de l’homme comme Freedom House, Amnesty International.

Pour garder le régime, l’autorité iranienne prend tous les moyens répressifs à l’encontre de sa population. Le gouvernement a aussi augmenté les salaires des Gardiens de la révolution et accru les subventions des fondations religieuses, contrairement à ce qu’Hassan Rohani avait promis pendant sa campagne électorale. Car le vrai décisionnaire n’est pas le président mais le guide suprême, Ali Khameneï.

Comme ce fut le cas en 2009, des images et des messages de journalistes citoyens apparaissent sur les réseaux sociaux. Pour garder le régime en place, le gouvernement contrôle les médias et ne permet pas la liberté d’expression. Immédiatement, Instagram et l’application de messagerie Telegram ont été bloqués.

La répression policière contre les manifestants a été multipliée dans différentes régions sur ordre des autorités iraniennes. Plusieurs Iraniens ont été blessés dimanche soir, a indiqué une source à CNN. Les forces spéciales de sécurité n’hésitaient pas à tirer sur les civils rassemblés.

Les yeux du peuple sont le calculateur de justice vis-à-vis du régime de « mollahrchie » en Iran, appuyé sur l’idéologisation du chiisme. Les manifestants veulent une révolution iranienne, pas conquérir le pouvoir par une révolution islamique.

Des manifestants en criant « Mort au dictateur », appelant à la disparition du suprématie du pouvoir suprême du leader l’ayatollah Khamenei, ont fait l’objet de nombreuses manifestations. Les Iraniens, obligés de vivre avec les restrictions et la fermeture de la société face aux évolutions du monde global, expriment leurs revendications, en opposition à leur liberté étouffée.

Cet éveil national est lié à un mécontentement populaire et la détermination à donner une nouvelle direction à leur pays, à leur civilisation. Même si la montée de la contestation à la faveur des changements systématiques en Iran sera calmée par la force enfin elle pourra être évaluée comme l’échec du régime.