Israël, élections avril 2019

Sécurité et défense

Il n’existe pas de campagne électorale en Israël sans que le sujet de la sécurité du pays soit abordé. Chaque parti s’estime capable, au cas où il parviendrait au pouvoir, de réagir et de contenir les menaces extérieures. En fait il existe un fort consensus sur ces questions avec quelques variantes selon les partis, à l’exception cependant des listes arabes.

Le Likoud estime qu’il n’a pas besoin de préciser son programme puisqu’il est déjà en application depuis plusieurs années. Il n’envisage de n’apporter aucun changement.

Le parti Bleu-Blanc prend pour axiome qu’Israël est la première puissance du Moyen-Orient mais qu’il doit faire face aux menaces extérieures avec une poigne de fer. Mais il a le devoir de saisir toutes les opportunités de négociations avec les pays arabes modérés et le monde occidental. Israël doit préserver et sceller son caractère juif et démocratique et pour cela il doit se séparer des Palestiniens de Cisjordanie. Cette séparation ne prendra pas la forme d’un retrait unilatéral, mais d’une solution négociée. Tout accord sera alors soumis à un referendum ou à l’approbation de la Knesset par une majorité qualifié élargie.

Le parti prendra l’initiative d’une conférence incluant les pays arabes. Les intérêts sécuritaires d’Israël ne feront l’objet d’aucun compromis. Tsahal continuera de bénéficier d’une liberté d’action totale dans les territoires palestiniens et gardera le contrôle militaire de la vallée du rift du Jourdain. Les grands blocs d’implantation seront rattachés à Israël. La souveraineté israélienne s’y appliquera et leur développement ne fera l’objet d’aucune entrave. Jérusalem demeurera la capitale une et indivisible d’Israël pour l’éternité. Dans la lutte contre le Hamas et le djihad islamique, Israël prendra l’initiative plutôt que de se laisser entraîner dans des affrontements choisis par ces groupes terroristes.

Israël mènera en parallèle une action militaire sans compromis et une initiative politico-économique visant à créer une rupture entre la population locale et le Hamas. Le plateau du Golan fait partie intégrante d’Israël et ne fera l’objet d’aucune négociation. À la frontière Nord, le parti Bleu-Blanc luttera contre l’enracinement de l’Iran en Syrie et réhabilitera  le ministère des Affaires étrangères dont les prérogatives ont été éparpillées et diluées. Il rejette tout retour aux frontières d’avant 1967 et veut maintenir la vallée du Jourdain en tant que frontière de sécurité. Il met en doute la capacité de Mahmoud Abbas à négocier sérieusement et ne pense pas qu’il existe aujourd’hui un partenaire pour la paix.

Les Travaillistes (Avoda) maintiennent leur position et en particulier leur dogme pour deux États pour deux peuples dans un cadre international en collaboration avec les Arabes. Ils veulent renforcer la sécurité avant tout et maintenir la capacité de dissuasion de l’État d’Israël, être sans compromis face aux menaces sécuritaires, développer une activité diplomatique intensive et œuvrer pour la sécurité pour le sud d’Israël et autour de Gaza. Ils prônent un arrangement politique permanent avec les Palestiniens, basé sur la création d’un État démilitarisé, préservant les grands blocs d’implantation. Ils œuvreront pour une alliance avec les pays arabes modérés et une coopération sécuritaire et économique avec les pays voisins.

Meretz travaille pour une solution à deux États et il veut trouver un équilibre entre la dissuasion de Tsahal et la promotion des alliances de politiques régionales.

La Nouvelle Droite veut appliquer la souveraineté totale d’Israël sur la zone C, voire une annexion pure et simple. Elle refuse la création d’un État palestinien et prône la relance de la construction à Jérusalem et en Cisjordanie. Elle s’oppose à la libération de terroristes et propose une législation pour protéger les soldats «même lorsqu’ils se trompent». Elle réclame des poursuites contre les organisations qui diffament les combattants de Tsahal et refuse les activités d’observateurs internationaux.

Fidèle à lui-même, le Judaïsme Unifié de la Torah prône un équilibre entre l’État et la préservation de l’âme. Il cherche des initiatives politiques en faveur de la paix en écartant les éléments de gauche. La paix avec les États arabes est une condition préalable.

Koulanou veut préserver une Jérusalem-unie en tant que capitale d’Israël et maintenir les grands blocs d’implantations. Il veut empêcher l’Iran de devenir un État doté de capacités nucléaires, entretenir des relations stratégiques avec les États-Unis et renforcer la dissuasion de Tsahal.

Israël Beitenou est devenu pragmatique en renonçant au dogme du Grand Israël puisqu’il est prêt à échanger les blocs d’implantations contre une bande de terre à la frontière de la ligne verte incluant plusieurs villages d’Arabes israéliens comme Oum El-Fahm. Ces villages seraient rattachés aux zones A et B de la Cisjordanie pour constituer un État palestinien. Il veut renforcer les liens avec l’Union européenne.

Le parti arabe Hadash souhaite se retirer totalement des territoires de Cisjordanie pour y établir un État palestinien conformément au plan saoudien. Il veut annuler l’accord stratégique avec les États-Unis et il soutient la démilitarisation du Moyen-Orient.

Éducation

C’est une rengaine en Israël que de parler de classes surchargées et de violence chez les étudiants. Tous les partis veulent étendre l’enseignement depuis la petite enfance. Il existe un consensus général pour améliorer les conditions de l’enseignement.

La liste Bleu-Blanc s’engage à renforcer le système éducatif sans vraiment donner les clefs de la réforme. Il s’agit d’une réforme de l’éducation pour inclure la petite enfance, d’une école avec une plus grande liberté, du renforcement des études de base, de l’intégration de toutes les populations et d’un soutien aux cadres de l’éducation.

Les Travaillistes veulent imposer la prise en charge publique dès l’âge de 2 ans sous la responsabilité de l’Éducation nationale pour limiter les dépenses des parents. Ils limitent à 25 le nombre d’élèves dans une classe. Ils veulent que les budgets scolaires soient modulés en fonction du pouvoir économique dans certaines villes et s’opposent aux démolitions d’écoles.

Meretz qui a connu l’un des meilleurs ministres de l’Education en la personne de Yossi Sarid, veut mettre en œuvre une réforme complète du budget de l’éducation afin d’augmenter les salaires des enseignements pour les rendre plus attractifs. Il soutient l’éducation gratuite depuis la maternelle jusqu’à l’université en réduisant ainsi le nombre d’étudiants dans les classes. Il veut surtout réformer les programmes pour renforcer les tendances démocratiques.

La Nouvelle Droite veut augmenter les salaires des enseignants et étendre progressivement l’éducation gratuite depuis la petite enfance. Il veut développer le programme des mathématiques à cinq unités, la connaissance du patrimoine et de la culture juifs et souhaite imposer aux minorités la connaissance de la culture juive.

Judaïsme Unifié de la Torah, dont c’est la vocation, veut augmenter les budgets des Yeshivas et des écoles de Talmud Torah. Il veut étendre les activités de son réseau des femmes de Beit Yaakov. Il veut réduire le nombre d’examens pour l’obtention des diplômes.

Israël Beitenou veut axer l’enseignement sur l’éducation judéo-sioniste, renforcer le statut des enseignants, lutter contre la violence à l’école et développer les outils mis à la disposition des directeurs d’établissements d’enseignement.

Hadash soutient l’égalité dans l’éducation et l’éducation gratuite de la garderie à l’université. Il veut réduire le nombre d’élèves à 25 par classe, augmenter les salaires des enseignants, construire des milliers de salles de classe dans le secteur arabe et bloquer les «processus de commercialisation» dans le système éducatif.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps