S’il y a un phénomène qui ne cesse d’intriguer et même d’inquiéter, c’est l’apparition en France de soi-disant militants de la cause noire, en fait de simples postulants à la gendarmerie de cette cause, devenue par la même occasion, la fiction d’une juste cause.

Ce phénomène est à la fois nouveau en France, et nouveau aussi au regard de l’histoire de la cause noire d’une manière générale.

C’est en effet la première fois que l’on voit des intellectuels ou des militants associatifs noirs qui se donnent pour spécialité, non pas d’interpeller, mais de désigner à la vindicte populaire ceux qui seraient peu, ou pas assez enclins à enfourcher leur cheval de bataille.

Gare à eux s’ils sont absorbés par l’énigme de la permanence de la « judéophobie » encore en ce début du 21ème siècle! Et plus ils s’en préoccupent, plus ils sont rappelés à l’ordre par ces auto-proclamés gendarmes de la cause noire !

Cette posture de gendarme est absolument nouvelle. Elle ne s’inscrit dans aucune des traditions intellectuelles et politiques qui ont nourri la conscience des militants noirs ; qu’ils soient européens, américains, caribéens ou mêmes simplement africains.

En effet, elle ne peut se réclamer ni des penseurs de la négritude, ni du mouvement américain des Droits civiques, ni du panafricanisme, ni même de leurs antécédents.

Ces étranges sentinelles se donnent une commode lanterne: « deux poids, deux mesures ». Mais où a-t-on vu une avancée quelconque d’une cause défendue par des noirs, et obtenue à la lumière d’un équipage aussi fruste ?

Il n’y a qu’en France, et c’est tout récent que l’on nous offre semblable spectacle. La chose serait risible si elle n’empoisonnait pas l’air inutilement, tout en empêchant toute avancée vers les vraies questions d’intérêt public.

La simplicité de la formule donnant l’illusion de son efficacité, ceux qui s’en sont appropriés ne se doutent même pas quelle limite leur horizon politique, intellectuelle et culturelle à l’Hexagone, malgré leur apparent internationalisme. À quoi sert un tel moyen d’éclairage qui vous rend de surcroît aveugle dès que vous sortez de votre périmètre de    prédilection ?

Il n’y a pas qu’en France qu’une minorité noire cherche à se faire entendre ; ni non plus uniquement dans ce pays qu’une telle voix peine à être audible.

Le douloureux chapitre de la déportation des Africains en terres d’Islam est coffré. Cette déportation ne se limite pas seulement à la privation de liberté et au travail forcé mais aussi à des castrations. 

Toutes les générations qui ne se sont pas simplement contentées de préserver les acquis du combat de leurs aînées, ont dû innover sur tous les plans pour se faire entendre, plutôt qu’à vouloir que d’autres parlent en leur nom.

Plutôt qu’à déguiser sa démission en acte d’accusation, ne vaudrait-il pas mieux s’atteler effectivement au défi que l’on entend relever ?

La cause noire, en elle même multiple, est une cause parmi d’autres relevant des Droits de l’Homme. À chacun d’embrasser celle qui lui sied et d’œuvrer pour le bien de ce qui participe nolens volens de notre commune destiné.