En 212, après trois siècles de guerres et de révoltes, les Juifs deviennent citoyens de l’Empire Romain : l’Edit de Caracalla proclame tout homme libre de l’Empire Citoyen romain par hérédité et filiation, et l’armée Romaine, dont le service permettait alors d’acquérir la citoyenneté, perd de son attrait.

Pourtant de nombreux Juifs, essentiellement en Judée, s’engagent dans l’armée de Rome et les heurts entre Judée d’une part et tribus ou principautés Arabes d’autre part s’intensifient au point que la Xème Légion Fretensis s’installe à Aqaba, sur la Mer Rouge. A l’époque, aucune présence juive n’est relevée en Pays Celtiques, situés à l’opposé de l’Empire Romain, mais la situation évolue.

 Première migration Juive

 La dispersion des Juifs hors de Palestine s’accélère et entraîne des familles judéennes, souvent d’agriculteurs, dans tout l’Empire, jusqu’aux contrées celtiques où certaines vont s’implanter dès le IVe siècle dans deux provinces plus ou moins romanisées : la Bretagne (l’actuelle Angleterre peuplée de Bretons romanisés) et l’Armorique (l’actuelle Bretagne peuplée alors de Celtes peu romanisés ou christianisés).

 

Ces familles Juives dont le Pater familias est principalement fonctionnaire impérial, militaire ou commerçant, évoluent des deux côtés de la Manche dans un environnement urbain et celte romanisé.

A la Chute de l’Empire Romain

Entre le IVe et le VIIIe siècle, les Bretons font face aux invasions Angles, Pictes, Jutes et Saxonnes : ils reculent vers l’Ouest (Pays de Galles et Cornouailles) ou vers l’Armorique continentale en y créant de doubles Royaumes Bretons, à la fois insulaires et continentaux (Domnonée et Cornouailles).

Des implantations Juives sont alors attestées à Flint, Conwy ou Gloucester chez les Bretons de Galles, à Bristol ou Exeter chez les Bretons de Cornouailles, en Léon, à Vannes et Nantes chez les Bretons continentaux. A cette époque, les Bretons combattent sur deux fronts, un front insulaire contre les Saxons, un front continental contre les Francs : ils resteront indépendants face à Charlemagne mais perdent pied face aux Saxons. Issus de la première migration Juive en Celtie, les Juifs bretons, très intégrés, assistent à cette résistance, mythifiée en la personne du Roi Arthur, le roi légendaire des Bretons.

Une vaste migration des Juifs hors de l’île devenue Anglo-saxonne a lieu à partir du VIIIe siècle : les Juifs habitant en Pays de Galles et Cornouaille rejoignent l’Armorique qui devient en 845 le Royaume de Bretagne sous Nominoë. Le départ d’une part des Bretons s’accompagne du départ des Juifs, qui en désertent l’Ile. Ces familles Juives semblent alors s’intégrer parfaitement dans le Royaume Breton, laissant peu de traces différenciées entre les IVe et XIIIe siècle, leurs patronymes étant probablement et selon plusieurs sources celtisés.

Seconde migration Juive

A la fin du XIe siècle, de nombreux Ashkénazim migrent d’Europe centrale vers l’île de Bretagne, une fois les Royaumes Vikings éliminés et une fois les élites Anglo-saxonnes remplacés par les seigneurs Normands et Bretons vainqueurs à Hastings en 1066. Ils migrent également dans les Duchés de Normandie et de Bretagne. Cette deuxième migration voit arriver des communautés hautement spécialisées dans des artisanats techniques, le négoce, la médecine ou le prêt.

Le climat général d’une époque marquée par la Reconquista et les Croisades devient cependant hostile aux Juifs, pendant que Bretons et Gallois perdent peu à peu leur indépendance.

La Bretagne n’est plus un Royaume mais un Duché autonome, une puissance maritime certes mais ballottée par ses puissants voisins Anglais et Français.

Premier épisode antisémite : les communautés nouvellement arrivées subissent un pogrom en 1236 alors que le Duc breton Pierre Mauclerc vient de faire allégeance à Saint Louis. Puis son fils, Jean Le Roux promulgue à Ploërmel le 10 avril 1240 un Edit particulièrement sévère qui vise les nouveaux arrivés : expulsion immédiate, interdiction de résidence, ex-communion de ceux qui les accueillent. En 1290, le Roi anglais Edouard Ier chasse 16 000 Juifs des Iles Britanniques dont du Pays de Galles.

Il faudra attendre trois siècles et Cromwell pour que Sepharadim puis Ashkénazim y soient autorisés à s’installer (1656), bien que quelques Marranes fuyant l’Espagne aient été accueillis à Londres par la première Reine Elisabeth. En Bretagne, le XVIe siècle verra le retour de familles Juives en Léon, Cornouaille, Vannetais et l’élaboration de plusieurs communautés stables à Quimper comme à Nantes.

 

Bibliographie sélective :

Dr Y. Castel, Dr O. Castel, Y._P. castel, Dr L. Toudic Le problème des Juifs en Bretagne, Histoire Sociale, Soc. Arch. De Bretagne, 1981, in Société Archéologique de Bretagne, Tome CIX ,1981, p. 229-236

Le Mené, Histoire du diocèse de Vannes, Vannes, 1888, tome 1, p.44

Claude Toczé, avec Annie Lambert, Les Juifs en Bretagne (Ve-XXe siècles), 2006, Rennes, p.17

Itineraria romana, V, I, O. Cuntz éd., Teubner, 1929

Goffart, The Narrators of Barbarian History : Jordanes, Gregory of Tours, Bede, and Paul the Deacon, Princeton, 1988

Domnonée et Cornouailles :

Magali Coumert, Le peuplement de l’Armorique : Cornouaille et Domnonee de part et d’autre de la Manche aux premiers siècles du Moyen Age. CRBC-UBO-UEB. Histoires des Bretagnes: les mythes de fondations, Jun 2008, Brest, France. 1, p. 15-42, 2010

Quaghebeur, La Cornouaille du IXe au XIIe siècle. Mémoires. Pouvoir. Noblesse. 2ème édition, Rennes, 2002

Fleuriot, Les sources, p. 221-286 in Les origines de la Bretagne, 1980, Paris

Emigrations bretonnes Ve, VIe, VIIe, VIIIe :

Pour l’ancienne Isca Dumnonorium, l’ancien Caerloyw, ou dans le Gwynedd, abondante littérature étudiant le départ des populations vers l’Armorique ou vers la Galice en langue anglaise.

XIIIème siècle :

J. Tolan, Quand le duc expulsa les juifs de Bretagne, Place publique, novembre-décembre 2011, p. 133-137

A. de la Borderie, Histoire de la Bretagne, tome 3, Rennes, 1899, p. 338-339

J.-L. Montigny, Essai sur les institutions de Bretagne à l’époque de Pierre Mauclerc et sur la politique de ce Prince, Paris, 1961