Les pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens ont pratiquement atteint le point de non-retour à telle enseigne que John Kerry semble avoir jeté l’éponge à l’occasion de son dernier voyage puisqu’il n’a même pas daigné rencontrer Mahmoud Abbas.

Aucun progrès n’est attendu en raison des positions inconciliables des deux parties, qui ne sont prêtes à aucune concession. Alors on entre dans l’ère du chantage, chacun y allant de ses menaces.

Les Américains ont déjà annoncé que toute action internationale des Palestiniens entraînerait l’arrêt immédiat de l’aide financière à l’Autorité.

Recours à l’ONU

Les Palestiniens s’étaient engagés à s’abstenir, tant que les négociations se poursuivaient, d’adhérer à des organismes des Nations Unies qui pourraient gêner Israël devant les tribunaux internationaux.

L’annonce par le gouvernement israélien d’un renouvellement d’appel d’offres israélien pour 708 logements dans le quartier de Guilo, au sud-ouest de Jérusalem, a provoqué la décision surprise de Mahmoud Abbas de signer en direct à la télévision, dans une mise en scène spectaculaire, une demande d’adhésion à une douzaine de conventions internationales, purement symboliques, pour donner plus de poids aux Palestiniens face à Israël.

Cette manœuvre a été mal acceptée par les Américains car le délai du 29 avril n’était pas encore atteint. Ils ont alors aussitôt cessé tout contact.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, a justifié la mauvaise humeur de John Kerry : « Nous sommes déçus par les actions unilatérales inutiles que les deux parties ont prises ces derniers jours ». Certes les négociateurs continuent à se réunir mais dans une ambiance délétère, tout en reportant sur l’autre les causes de l’impasse.

Les Palestiniens ont remis à un représentant de l’ONU leur demande d’être associés à quinze conventions internationales comprenant entre autres les Conventions de Genève, et les textes fondamentaux sur la conduite de la guerre et de l’occupation. Ils envisagent même de faire appel à la Cour pénale internationale.

Mahmoud Abbas a estimé que le refus des Israéliens d’élargir les derniers 30 prisonniers le libérait de tout engagement de ne pas s’adresser aux Nations unies et aux organismes internationaux.

Il met ainsi un terme aux efforts de John Kerry de prolonger les négociations jusqu’en 2015. Le secrétaire d’État américain n’a pas pu résoudre la question des implantations en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et n’a pas obtenu l’exigence des Israéliens de reconnaître Israël comme État juif.

Décision imprudente

Mahmoud Abbas semble avoir été imprudent en provoquant les Américains, par télévision interposée, car sa décision risque d’indisposer les membres du Congrès dont la majorité pro-israélienne pourrait décider de couper les subsides.

Les Américains ont tenté de ranimer les pourparlers en proposant l’élargissement de l’espion Jonathan Pollard, emprisonné aux États-Unis depuis plus de 28 ans, tandis que Benjamin Netanyahou a accepté de libérer plusieurs centaines de prisonniers palestiniens supplémentaires.

Pourtant les Israéliens étaient favorables à quelques gestes significatifs puisque le faucon du Likoud, Danny Danon, qui avait menacé de démissionner de son poste de vice-ministre de la Défense, avait accepté la libération immédiate de 26 prisonniers : « Ce que nous voyons aujourd’hui c’est que Mahmoud Abbas cherche le chantage plutôt que le compromis ». Il craint en effet que le gouvernement israélien accède à la demande palestinienne de libérer le célèbre chef du Fatah, Marwan Barghouti, dont le président de l’Autorité aurait besoin pour asseoir sa légitimité.

Certes il s’agit de la dernière ligne droite avant le 29 avril et chacune des parties affûte ses ultimes arguments. Israël est intéressé à maintenir le statu quo autant qu’il le pourrait sous l’habillage de négociations de paix.

Le journaliste diplomatique Udi Ségal, de la première chaîne de télévision, avait trouvé cette formule originale car pour lui les pourparlers sont « une arme israélienne stratégique contre la pression internationale, en particulier de l’Europe.»

Une grande majorité des Palestiniens serait favorable à une extension de la date butoir du 29 avril si de nombreux prisonniers étaient libérés car ils refusent la confrontation avec les Américains.

En revanche les Israéliens sont pessimistes sur l’issue des négociations sous prétexte que des sujets fondamentaux polluent l’atmosphère : les nouvelles frontières, le retour des réfugiés, le statut de Jérusalem sur lesquels ils ne sont pas prêts à accepter des concessions.

Pression de la droite nationaliste

Benjamin Netanyahou est soumis à la pression de sa coalition nationaliste qui s’oppose à toute avancée du processus. La charge étonnante de son ancien conseiller à la sécurité en dit long sur l’étendue de l’impasse.

À la radio militaire Yaacov Amidror a fustigé le comportement du premier ministre. Il a résumé en quelques phrases la position de la droite nationaliste opposée à toute concession : « L’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin n’a jamais songé à offrir des compensations en échange de terres annexées au-delà des lignes de 67.

Aujourd’hui, les « compensations » de Netanyahu sont devenues plus claires. Il est prêt à évacuer certaines communautés de Judée et de Samarie, donnant la propriété du cœur d’Israël à l’Autorité palestinienne dans le cadre de pourparlers de paix. Heureusement que cette offre a été rejetée par l’Autorité palestinienne elle-même.

Maintenant, les palestiniens ajoutent chaque jour des conditions supplémentaires. Le plus scandaleux est qu’Abbas n’a seulement accepté de prolonger les négociations que si et seulement si Israël permettait un droit au retour pour les Arabes palestiniens, que si et seulement si les dirigeants terroristes palestiniens tel que Barghouti étaient libérés et que si et seulement si Israël se retirait de la Judée et de la Samarie.

Abbas a déclaré à plusieurs reprises que si toutes ses conditions n’étaient pas remplies, alors il n’y aurait pas de paix possible avec Israël. À chaque fois, Netanyahu fait un pas vers eux et eux en ont font trois en arrière.»

De son côté le ministre du tourisme Uzi Landau a menacé les palestiniens de « payer cher » leur décision de relancer leurs démarches d’adhésion aux agences de l’ONU et traités internationaux. Il a brandi des menaces de sanctions économiques et même d’annexion de certains territoires de Cisjordanie.

Le vice-président de la Knesset, Moshe Feiglin, membre de la droite du Likoud, a demandé à Israël à « d’annuler les accords d’Oslo et d’exercer une pleine souveraineté israélienne sur l’ensemble du territoire.»

Devant ces oppositions et ces échanges permanents de chantage, on comprend la lassitude de John Kerry qui a préféré raccourcir son séjour en Israël et annuler sa visite à Ramallah pour laisser les esprits se calmer. Mais sauf miracle, on ne voit pas comment les positions israéliennes et palestiniennes pourraient se rapprocher.

Devant le risque d’effondrement du processus, une réunion secrète s’est tenue vendredi soir entre Livni et Erekat pour tenter de sauver ce qui pouvait être encore sauvé. La réunion a duré neuf heures et les deux parties se sont insultées.

Quel que soit le résultat des pourparlers, rien ne changera cependant dans les relations entre Israël et les États-Unis car les deux pays ont intérêt à maintenir des liens solides.

La seule certitude est que tout éventuel projet d’accord avec les Palestiniens conduira à de nouvelles élections en Israël devant l’opposition de l’aile droite du Likoud et des partis de Naftali Bennett et d’Avigdor Liberman. En prévision donc, de grandes joutes oratoires.

Belle perspective !