Alors que je me « balade » sur Instagram, de story en story, je constate que mon fil d’actualité est pollué de nouvelles publications : les politiques ont envahi le réseau social.

Les nouveaux rois du like ne nous laissent plus de répits. Instagram vient offrir une plateforme d’un genre nouveau, à ces politiques qui rêvent de montrer leur visage « humain ». Certains sont sur la plateforme depuis plusieurs années, mais leur activité a bondi depuis quelques mois.

Une des raisons pour laquelle ils se déplacent vers Instagram est tout simplement parce qu’il y a beaucoup plus de « followers », c’est une plate-forme jeune et dynamique qui touche un public bien trop souvent désintéressé de la politique et du débat public. Au-delà donc de leur offrir plus de visibilité, Instagram pourrait il être le média social qui politiserait nos jeunes désintéressés de la « chose publique » ?

Les rois d’Instagram en Israël

Les cinq politiques israéliens les plus influents sur la plateforme sont : le Premier ministre Benyamin Netanyahu (avec plus de 376 000 followers), Yair Lapid (Yesh Atid, avec plus de 38 200 followers), suivi de Naftali Bennett, ministre de l’Education avec 25 400 followers. En quatrième position, la députée Merav Michaeli avec 20 500 followers, suivie de la ministre de la Justice Ayelet Shaked et ses 14 000 followers.

Le politique israélien le plus performant – et de loin – est donc le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Un compte actif, des stories, une équipe de conseillers digital et new-media à la pointe, des jeunes brillants, dynamiques, qui savent penser hors des sentiers battus. Bibi est clairement bien entouré. Ce n’est d’ailleurs pas le budget qui manque.

Un autre exemple qui mérite d’être souligné, c’est Merav Michaeli. Députée de la Knesset du Camp Sioniste, féministe convaincue, et militante pour l’égalité des droits, son compte instagram est vraiment « fait-maison ». Inscrite sur la plateforme depuis plusieurs années, c’est depuis que sa nouvelle porte-parole l’a rejoint que sa page a fait un boom. Une porte-parole jeune, intelligente qui a compris que l’avenir se trouvait dans la story.

Car oui, si durant les dernières élections tout se jouait sur Facebook, la nouvelle arène de débat pourrait bien être Instagram pour transmettre des messages tant politiques que personnels. Depuis des mois, mon feed est pollué par ses posts : Merav en selfie, Merav à la Knesset, Merav fait Hannouca, Merav pose des questions à son public, Merav avec ses copines, Merav en manif’… Bref, Merav a tout compris.

Une qui a un peu moins compris, c’est la ministre de la Culture, Miri Regev. Active sur Facebook, Twitter, pas un jour ne passe sans qu’on ne parle d’elle dans les médias mainstream. Pourtant, son compte Instagram est un échec total. A peine 5 600 followers, des publications ennuyeuses, formelles, il serait grand temps qu’elle renouvelle ses équipes de communication.

Pourquoi les politiques abandonnent-ils Facebook ?

D’après Guy Shalev, PDG de « Share Media », la confiance a chuté. L’affaire Cambridge Analytics dévoilée ce dernier mois a fait perdre en légitimité au réseau social géant.

Plus encore, j’ajouterais que Facebook est déjà un old-media. Il est le média de ma génération (et je ne suis franchement pas bien âgée), mais n’est déjà plus le média de ma petite sœur. Les jeunes vont vers l’instantané, l’authentique, le direct : Instagram, Snapchat. Facebook est plus formel, froid. Instagram est plus léger, authentique, vrai. Il permet à ces politiques de montrer un visage qu’ils ne peuvent montrer devant les caméras de télévision. Les comportements observés sur cette plateforme sont donc différents.

Eh, eh, mais qu’en est-il de Twitter ?

Personnellement j’en suis une grande adepte. Mais comme me l’a expliqué Guy Shalev, l’utilisation israélienne de Twitter n’est pas comparable à l’américaine. Twitter en Israël est utilisée principalement par les personnalités publiques des médias, du cinéma, de la télévision, de la radio, les chefs d’entreprise. Objectif, exprimer ses vues politiques et opinions sur tout et n’importe quoi. Si les politiques s’en servent également, ils n’en ont pas – encore – le même usage que Donald Trump.

Les politiques l’ont compris, ils ne peuvent pas dépendre d’une plateforme unique de débat et d’exposition, ils vont là où les nouveaux publics se trouvent, et certains comme Merav Michaeli, réalisent cette transition à merveille. L’avenir de la politique se trouve dans nos story, et aux Etats Unis, l’étoile montante Alexandria Ocasio-Cortez l’a très très bien assimilé.