La Coexistence sonne comme un cliché aujourd’hui. Impossible, pas imaginable, aucune chance, c’est ce que j’entends et ce que je ressens quand je parle à ma famille et mes amis à la maison.

J’écoute, terriblement attristée de la perte de la normalité, la perte de la routine quotidienne et pour les plus jeunes, la perte d’espoir et de réconfort en l’avenir. Mais je me rappelle toujours des jours différents.

J’habite à Paris  dans une réalité qui est différente après le 13 novembre.

Une réalité qui très rapidement « overnight » est devenue un peu plus près de la réalité israélienne. Nous devons rester prudents lorsqu’on fait cette comparaison.

Les 65 ans de l’Etat d’Israël ont toujours été tourmentés par des problèmes de sécurité. Israël, est un petit pays au Moyen-Orient, entouré par les états musulmans et une différence culturelle et un régime différent.

La république de la France porte en tête les valeurs de la démocratie depuis plus d’années et est plantée au milieu d’autres nations démocratiques. L’état de la liberté et en même temps une destination touristique populaire. La France n’est pas encore sous attaque constante et quotidienne. Mais les émotions sont difficiles à expliquer.

La crainte et l’incertitude que de nombreux Israéliens ont appris à accepter comme réalité quotidienne, je me sens ainsi dans les rues pavées de Paris aujourd’hui. Les couleurs du drapeau français symbolisent plus que jamais de nombreuses peurs humaines aux côtés de leurs espoirs. Pourtant, je ne suis pas très vielle, et même si je suis la première à admettre que je suis sénile. Je me rappelle des jours différents.

Je me souviens quand j’étais enfant que Yasser Arafat était cet homme terrible, un terroriste avec du sang sur ses mains et que tout le monde avait peur de lui. Je me souviens de l’OLP, ces terribles initiales de l’ennemi ultime.

Je me rappelle quand cet homme avec les cheveux sur le visage, est devenu un personnage plus familier dans notre salon en devenant un «Pupe» sur une émission satirique en Israël. Maintenant, nous pouvons serrer la main de cet oncle Yasser, nous pouvons l’accepter comme un partenaire possible.

Je me souviens avoir travaillé dans un centre communautaire en faisant des excursions avec toutes les communautés arabes et nos adolescents. Ils ont trouvé ce langage commun des jeunes en jouant à la piscine ensemble, en chantant toute la nuit des chansons d’Eyal Golan en faisant l’amour et pas la guerre. Je me rappelle des plaintes de tous les coordinateurs : pourquoi le voyage, doit-il être dans le Kineret à 40°C et pourquoi les chansons d’Eyal Golan?

Je me souviens aussi d’Oslo. Pas totalement sûre de ce que cela signifierait pour l’avenir, mais tout simplement heureuse de voir les politiciens se serrant la main en parlent de l’avenir. Yesh Atid ! pas seulement la politiques. Comme on a toujours pensé qu’à l’avenir il n’y aura plus la guerre, la colombe va arriver et le goût du Houmous sera meilleur. Je me rappelle des chansons de Naomi Shemer Lou Yehi et Al kol Ele qui j’ai chanté à toutes des occasions ou je participais, j’ai rêvé des paroles de Naomi Chemer qui parle de la paix et de l’espoir.

Je me rappelle la première Intifada pendant mon service militaire, notre bus près de Jérusalem frappé par des pierres, je me rappelle de l’attaque terroriste dans le centre de la rue Dizzengof alors que j’étais en chemin pour y faire du shopping (oui c’est moi) et je fus sauvée par hasard.

Je me souviens d’une fête de Pourim ou je m’étais habillée pour impressionner une jeune artiste, une soirée qui a fini de façon terrible, quand nous avons entendu la nouvelle de Mearat HaMachpela et Baruch Goldstien qui a tué tant de gens. L’artiste a refusé de parler avec moi ce soir-là, je n’étais pas assez de gauche à son goût.

Je me rappelle de Gilad Shalit et de tous les autres hommes enlevés, qui sont revenus avec moins de fortune dans une boîte couverte par notre beau drapeau. Je me rappelle leurs familles à la télévision avec les larmes d’un coeur brisé, en voyant le mot espoir s’évanouir devant leurs yeux comme une peinture à l’eau lors d’une tempête.

Je me souviens de la place Rabin, en attente à Kibouts Nachschon avec mes amis, ceux qui sont allés au plus grand rassemblement de la paix, ceux qui sont revenus avec la colère, la peur et la tristesse quand Igal Amir a dit ses mots à travers son fusil. Je me rappelle les bougies clignotantes du asphalte noir et les nombreux adolescents qui ont chanté « Just give it a chance » ou « Imagine. »

Je me souviens de tous les amis que j’ai perdu dans la bande de Gaza et je me souviens de quitter Gaza. Je me souviens de tous les amis que je perdu au Liban et je me souviens de quitter le Liban.

Je me souviens de CNN et de la BBC et d’autres chaînes d’information montrant certains reportages, et je me souviens avoir vu la diffusion de la télévision israélienne me montrant des images différentes. Mais les deux ont toujours montré la colère et la lutte, et la jeune vie perdue et le sang. Beaucoup de sang.

Je me souviens d’une soirée romantique à Paris quand nous sommes allés voir « Walts avec Bachir » et je voulais échapper à une terre différente, un univers différent sans colère sans la haine.

Je ne me souviens pas de tous les noms de toutes les victimes des deux côtés, mais les titres désespérées dans les nouvelles et les commentaires horribles qui ont suivi.

Le conflit sans fin, non seulement entre gauche et droite, mais beaucoup d’autres, presque à gauche ou presque à droite ou la moitié droite et la moitié gauche ou totalement centre ou ceux qui ne se rappellent pas ce qu’ils sont.

Un argument qui peut offrir un peu d’espoir, comme arguments écrits et parlés sont la meilleure thérapie dans le monde. La réparation du monde « Tikoun Olam. Mais la haine dans certains de ces message a rien à faire avec la réparation. Je ne me souviens pas combien de mes amis ne voulaient pas me parler comme j’étais trop à gauche ou trop à droite, mais jamais dans le lieu exact du coeur comme ils étaient.

Je me rappelle que le responsable des jeunes de Kfar Kasem, une ville arabe près de Kfar Saba, m’a dit que pour faire son travail en tant qu’éducateur, il avait besoin d’être né dans une certaine famille, en jouant la politique et que j’étais chanceuse d’avoir la liberté de choisir ma carrière, pour faire de l’éducation pour le bien de l’éducation.

Je me rappelle que nous avions l’habitude de manger dans le restaurant appartenant à son oncle à l’entrée du village et aller acheter de la viande à Tira (un autre village de l’autre côté) d’un homme qui a pendu le drapeau d’argentine à sa porte pour attirer les vrais amateurs de viande.

Je me souviens de l’espoir qui a été planté dans mon cœur après avoir réalisé un jour que je ne suis pas la seule à avoir mes pensées et ma réflexion. Je rencontre partout, des gens juifs qui sont d’accord avec moi ou pas, des gens musulmans qui sont d’accord avec moi ou pas, des gens chrétiens … et que, en fait, je peux avoir une discussion saine et réelle avec mes ennemis. 

Mes craintes sont mes pires ennemis. Les êtres humains ont toujours le potentiel d’être des partenaires, même ceux que je ne trouve pas agréables avec des cheveux ou sans cheveux sur leur visage en tenant un pistolet ou un couteau ou une pierre. En portant une kippa ou un Galbiya ou des uniformes. Il y a encore une chance, même si c’est une chance fragile et transparente, minuscule et presque invisible, ils peuvent être un des partenaires. Peut-être pas pour la paix, mais les partenaires de l’espoir.

Je suis une dame de 46 ans, considérée parfois comme légèrement optimiste. Toujours comme une éducatrice dévouée, qui n’est pas assez vieille pour rappeler encore que lorsque nous traitons avec nos peurs, les pires, nous pouvons trouver des ressources incroyables pour nous tenir en haleine. Les craintes de perdre ceux que vous aimez, de ne pas être en mesure de les aider. Les craintes d’être vieux ne sont pas pertinentes. Les craintes d’être malade. Une grande crainte de se perdre, une autre peur de perdre l’espoir.

Je vis avec ces craintes, pas toujours parfaitement, mais je continue à les connaitre. Je ne veux pas les laisser s’emparer de ma réalité, de notre réalité. Je ne veux pas qu’elles décident pour nous les couleurs de notre avenir.