À l’exception de quelques contestations symboliques de la part de la Jordanie, il est vrai, directement impliquée dans la gestion du Mont du Temple, les pays arabes ont peu réagi aux événements d’Al Aqsa.

Ils donnent l’impression de s’être désengagés de la cause palestinienne car ils n’arrivent pas à persuader les deux clans, Fatah et Hamas, de cesser leurs luttes intestines. Ils ont déjà suffisamment de problèmes chez eux pour se permettre de les aider à trouver un accord consensuel.

Pourtant, cette crise d’Al-Aqsa a été relativement la moins aiguë dans les relations tumultueuses israélo-jordaniennes mais elle a été à l’origine de faits inédits et exceptionnels qui ont marqué l’événement. Pour la première fois depuis 1969, les autorités israéliennes ont interdit les prières du vendredi à la mosquée.

Elles n’avaient jamais pris de mesures aussi draconiennes contre des fidèles qui acceptaient pourtant toutes les restrictions imposées. De leur côté, les Arabes ont pris la décision unique de boycotter la mosquée. Enfin, il faut noter que l’entrée en scène des Arabes israéliens, et non seulement palestiniens, est une première.

Mais contrairement aux autres crises qui avaient soulevé les masses dans les pays arabes, les Palestiniens constatent aujourd’hui qu’ils sont seuls à la pointe du combat de Jérusalem. Ils sont abandonnés par la rue arabe et par les gouvernements, lassés d’avoir à interférer dans le conflit interminable, sans entrevoir de résultats tangibles.

Un jeune Jordanien de 17 ans, Zakaria al-Jawadah, a été tué par un garde israélien de l’Ambassade à Aman. Son père a exigé du roi Abdallah, sans être entendu d’ailleurs, que « le garde soit puni » et que les vidéos de l’incident soient diffusées pour connaître le vrai déroulement des faits.

Mais les vidéos sont la propriété de l’ambassade qui s’appuie sur son immunité pour refuser. D’ailleurs, Israël n’a jamais autorisé une tierce partie à enquêter à sa place, surtout lorsqu’il y a un risque de mettre en cause un de ses ressortissants.

Bashir al-Khasawna, ministre d’État jordanien en charge des Affaires juridiques, a justifié la situation : « Le tireur israélien bénéficiait d’une immunité diplomatique et nous ne sommes pas autorisés à enquêter, en vertu d’un accord international. Mais nous avons insisté pour écouter son témoignage ».

Le garde de l’ambassade n’a pas attendu pour être rapatrié en Israël après l’intervention personnelle du chef du Shabak (Sécurité intérieure) qui a fait le déplacement en Jordanie.

Cet incident n’est pas le premier à Aman mais il ne peut pas être comparé à l’opération du Mossad de 1997, contre le chef du Hamas Khaled Mechaal, qui avait eu des conséquences autrement plus pénalisantes.

Le roi Hussein avait alors exigé de Netanyahou, déjà au pouvoir, d’une part l’antidote du poison qui avait été injecté dans l’oreille de Mechaal, sous peine de dénoncer le traité de paix entre les deux pays et d’autre part, la libération du chef spirituel du Hamas, Ahmed Yassine, ainsi que d’autres prisonniers en Israël.

Bill Clinton était intervenu lui-même en médiateur. Israël avait payé un prix très élevé pour cette opération ratée.

À la réflexion, il s’avère que la question des portiques et des caméras de sécurité était un alibi car ces solutions sécuritaires existent dans le monde entier, et même à l’entrée de la Mecque.

Mais les Arabes en avaient fait une question de principe parce que, selon eux, ces mesures portaient atteinte à leur souveraineté sur les lieux saints. Les Palestiniens prétendent que leur souveraineté a déjà été grignotée puisque 2.000 habitants juifs se sont installés à Jérusalem-Est et que 14.500 permis de résidence ont été révoqués depuis 1967.

La situation de Mahmoud Abbas est complexe car contrairement aux deux autres Intifada, déclenchées et organisées par les forces du Fatah alors que le Hamas n’existait pas encore, il ne peut favoriser une troisième Intifada qui risque de balayer son régime corrompu.

Il a besoin de contrôler la situation pour éviter d’être débordé par les militants du Hamas qui profitent de susciter des troubles pour prendre le pouvoir en Cisjordanie. Donc Abbas est contraint de temporiser.

Les Palestiniens ont constaté qu’ils ne peuvent rien attendre des autres pays arabes. Les Saoudiens ont décidé depuis longtemps de jouer la carte israélienne pour se prémunir du danger iranien. Seul Erdogan a fait quelques déclarations timides pour exiger l’accès libre à Al-Aqsa sans proférer de menace comme à son habitude.

Le Président égyptien n’a pas réagi officiellement tant il subit le terrorisme au nord du Sinaï. Les autres pays arabes se comportent en observateurs, presque désintéressés d’une question qui les dépassent.

Mais un fait nouveau est intervenu qui doit inquiéter le gouvernement israélien. Le problème d’Al-Aqsa a fédéré les jeunes du Hamas et du Fatah dans une même cause. Ils ont oublié leurs rivalités pour combattre la police israélienne.

Là où les dirigeants ont échoué pour créer les conditions de la réconciliation, les jeunes ont réussi à trouver un terrain d’entente qui risque d’envenimer la situation avec Israël.

Les jeunes militants des deux organisations ont constitué un mouvement large pour englober toutes les factions palestiniennes afin qu’elles soient plus efficaces et plus performantes.

Les dirigeants palestiniens, qui manquent de charisme, sont débordés par les jeunes, même s’ils tentent de prendre le train en marche à l’instar de Moustapha Barghouti : « Nous sommes au seuil d’un grand changement.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas aléatoire ou passager. Ce pourrait être le début d’une troisième intifada différente des autres. Ce que cela comporte d’unique, c’est qu’il ne s’agit pas d’actes individuels, mais d’un mouvement populaire capable d’attirer un grand nombre de personnes. Cet élan populaire pourrait recharger les batteries du peuple palestinien.

Cela pourrait prendre du temps, mais nous sommes sur la bonne voie. Ce mouvement surpassera l’Autorité palestinienne. Ils ne savent même pas qu’elle existe. Cela entraînera un changement de leadership ».

L’Autorité palestinienne est hors-jeu ; elle ne contrôle plus ses jeunes qui veulent en découdre pour changer de gouvernance par la violence. Ils ont compris que le pouvoir palestinien est faible et ils sont à la recherche d’un homme fort qui pourrait changer leur destin.

Dans l’attente, il faut s’attendre à des développements dramatiques contre les forces de sécurité israéliennes. La violence se répand crescendo alors que toutes les demandes arabes ont été satisfaites et que le gouvernement de Netanyahou a reculé.

Israël doit analyser la situation actuelle parce que la nouvelle génération palestinienne tente de prendre les commandes d’un régime sans leadership réel. Mahmoud Abbas, à la tête d’un régime sclérosé et corrompu, n’a plus ni autorité politique et ni autorité morale.

Les dirigeants palestiniens ont tout raté alors que leur cause était devenue internationale, voire mondiale. D’ailleurs, ils n’ont pas su empêcher que les dirigeants arabes abandonnent leur cause.

Ils ne sont occupés que de leurs intérêts personnels pour s’enrichir sur le dos de leur peuple, sans que celui-ci ne voit le début d’une solution. Au lieu d’améliorer le sort économique de leur peuple, ils ont gaspillé l’argent et perverti les idées mêmes qui avaient fait les Printemps arabes.

L’éveil des jeunes populations palestiniennes était prévisible car elles ne peuvent subir longtemps, sans réagir, les conséquences de l’incurie de leur gouvernement. Mais le risque évident est qu’elles reportent sur Israël leurs déceptions en se lançant dans des aventures terroristes sans lendemain.

Le problème des portiques est devenu un alibi car on ne comprend pas que les affrontements se poursuivent de manière de plus en plus violente. Les jeunes, sans chef désigné, veulent en fait en découdre à la fois avec Israël et surtout avec l’Autorité palestinienne qui a perdu toute crédibilité.

D’ailleurs, des informations persistantes précisent que Mohamed Dahlan et le Hamas, les ennemis d’hier, sont en pleine discussion pour trouver le moyen d’intervenir.

Le Hamas ne cesse d’envenimer la situation à distance en organisant une parade à Gaza pour encourager les jeunes de Cisjordanie et pour jeter de l’huile sur le feu afin de détourner le regard des Gazaouis sur leur situation réelle.

Israël ne peut accepter que les heurts sur le Mont du Temple se poursuivent ; les menaces sont claires. Mais il ne connait pas les chefs qui agissent dans l’ombre. Alors il faut souvent improviser en se posant la question légitime de comprendre comment nous en sommes arrivés là.

La situation, qui a déjà explosé, peut s’étendre au-delà du prévisible. Mais ce n’est pas en appliquant la peine de mort à un assassin qui le mérite que l’on rétabliera le calme dans une rue que les Palestiniens ont abandonné à leurs jeunes.

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