Les tunes ont célébré la fête des filles roch hodech elbnat, lors de l’allumage de la sixième bougie de Hannoucca. Pour ne pas être en reste, ce jeudi 5 février (le 5 et même le cinquième jour de la semaine, ils ont tellement peur du mauvais œil), ils célèbreront la fête des garçons seoudat ytro.

Cette fête qui tombe chaque année le jeudi de la paracha ytro – c’est-à-dire en général entre le 15 et 22 chvat – ne relève pas de la halakha. Les origines sont nombreuses. La plus répandue, la plus connue, et sur laquelle nous n’avons aucune preuve historique, prétend que vers la moitié du 19e siècle, une grave épidémie atteignit tous les jeunes enfants, faisant de ravages dans la communauté.

Par miracle, cette épidémie, s’arrêta justement le jeudi de la paracha ytro. Les tunes décidèrent de célébrer l’évènement, en instituant une seouda, en l’honneur des petits.

Dans le Tunis de mon enfance – et plus tard à Paris, Sarcelles et Netanya – la fête était grande, les mamans organisaient pour leurs fistons un mini festin. La seouda consiste en une sorte de dinette fait de plats (briks et minina) et de petits gâteaux (yoyos,manicotis et makroud), le tout servi dans une assiette de poupée miniatures, avec des petites bougies.

A Tunis, Orée de la hara, rue sidi mardoum et rue sidi bou hadid, les commerçants préparaient leurs étalages pour la fête. Plus tard s’ajoutèrent ceux du passage, avec des objets minuscules qui imitaient les ustensiles de la vie pratique.

Un autre nom donné à cette fête est celui de la fête des pigeons, que l’on achetait pour les faire trôner sur la table. Les commerçants exagérèrent en doublant ou même triplant leur prix. Les rabbins, courageusement, appelèrent à l’interdiction de célébrer la fête avec des pigeons mais la coutume est tellement forte et ancrée que ce furent les pigeons qu’on acheta.

Il existe cependant deux autres explications bien plus probables mais hélas bien moins connues.

Les enfants qui allaient au talmud Torah (à Tunis on l’appelait le kouttab) apprenaient les parachiot et celles de cette semaine là comprenait les asseret adibrot, c’est-à-dire les 10 commandements. Le festin célèbrerait donc cet évènement.

Une autre explication voudrait que l’on célèbre le repas d’Ytro (exode 18,12) le beau-père de Moise offrit des sacrifices à dieu et Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent partager le repas du beau-père de Moise en présence de dieu. Le célèbre commentateur de la bible Rachi ajoute que lorsque des sages se réunissent autour d’une table, la présence divine est parmi eux.

En fait quelle que soit l’explication, les juifs tunes aujourd’hui implantés à Sarcelles, Marseille, Montréal et maintenant à Ashdod, Netanya, Beersheva et Jérusalem, célèbrent avec une ferveur toute particulière cette tradition bicentenaire.

Elle est pour de nombreux tunes le dernier bastion de leurs attaches religieuses ou peut-être même de leur nostalgie.