Sur le papier, il est certain que la signature de l’accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas constitue une avancée dans leurs relations mais encore faut-il être sûr que les deux parties iront jusqu’au bout de leurs engagements.

Les non-dits risquent au final de faire capoter la bonne volonté réciproque. Le scepticisme persiste car il s’agit du troisième accord intervenant en six ans entre les deux clans irréductibles.

Jusqu’à présent, les signataires n’ont jamais honoré leurs paraphes sans compter qu’aujourd’hui, ce qui n’est pas écrit pèse lourd dans la balance.

L’accord porte sur des éléments consensuels qui ne prêtent pas à contestation. Les hommes de l’Autorité palestinienne pendront le contrôle de la bande de Gaza au plus tard le 1er décembre ce qui implique qu’à compter de cette date, ils auront la responsabilité de l’éducation, des services sociaux, du tourisme, de l’électricité, de la construction des logements et des routes et du traitement des eaux usées. Sur ce plan, leurs divergences s’estompent face à l’intérêt de la population civile prime.

Le seul point d’achoppement pourrait concerner le contrôle non armé des points de passage de Erez et de Kerem Shalom confié à l’Autorité palestinienne.

En fait, il s’agit d’une formalité puisque l’Autorité est déjà responsable de ces points de passage, souvent doublés par des avant-postes tenus par des fonctionnaires du Hamas. La nouveauté reste la prise de contrôle par le Fatah du passage de Rafah avec l’Égypte.

C’est une décision importante car il s’agit de la seule ouverture vers l’extérieur pour les habitants de Gaza. Sur ce point, le Hamas semble encore réticent et c’est pourquoi les négociateurs ont accepté de ne pas mentionner par écrit la date du transfert de responsabilité qui a cependant été envisagée pour le 21 novembre.

Mahmoud Abbas avait bien précisé qu’il ne voulait en aucun cas une «libanisation» de Gaza avec des milices armées omniprésentes et omnipuissantes.

Alors pour éviter un blocage au Caire, rien n’a été signé sur la destination des armes de Gaza, sur l’avenir des brigades Ezzedine al-Kassem, sur les fusées stockées dans les bunkers souterrains et enfin sur les tunnels qui continuent à être creusés. Or, c’est sur ces questions fondamentales que l’accord peut exploser.

Le problème des forces de sécurité du Hamas n’a pas été abordé. L’Autorité palestinienne souhaiterait les faire fusionner avec les forces nationales.

Mais on voit mal comment ces troupes aguerries, qui ont fait de leur combat contre Israël leur raison d’être, pourraient accepter de disparaître ou de se fondre au sein d’une entité qui n’a pas leur réputation dans la guerre.

Par ailleurs, sur le plan parlementaire, aucune date n’a été arrêtée pour la tenue d’élections législatives et présidentielles. Mahmoud Abbas n’a, depuis plusieurs années, aucune légitimité à son poste qu’il n’est pas prêt de quitter.

En fait, le parrain de la réunion, le président égyptien Al-Sissi, expert en négociations, voulait adopter la politique des petits pas en laissant les questions critiques pour des négociations ultérieures.

Il voulait marquer une première étape symbolique avec la signature d’un accord, certes bancal, mais qui ouvre des perspectives pour l’avenir. Il voulait bannir le tout ou rien en misant sur une nouvelle cohabitation des deux clans qui favoriserait à long terme la résolution des questions difficiles.

Alors dans l’immédiat, l’accord peut paraître satisfaisant mais encore faut-il que l’administration du Hamas accepte d’être mise à l’écart et de confier ses postes principaux à ses rivaux de toujours.

Israël a son mot à dire dans cette affaire. Il semble pour l’instant vouloir temporiser pour jauger comment les choses évoluent à Gaza sans indisposer l’allié égyptien.

Mais les dirigeants israéliens sont intransigeants sur plusieurs points : «Toute réconciliation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas doit inclure le respect des accords internationaux et le respect des conditions du Quatuor, principalement la reconnaissance d’Israël et le désarmement du Hamas.

Continuer à creuser des tunnels, fabriquer des fusées et lancer des attaques terroristes contre Israël sont contraires aux conditions du Quatuor et aux efforts américains pour renouveler le processus politique.

Israël exige l’accomplissement de ces conditions, ainsi que la libération immédiate des soldats de Tsahal Oron Shaoul et Hadar Goldin, ainsi que des civils Ibrahim Mengistu et Hicham al-Sayed, qui sont détenus par le Hamas.

Tant que le Hamas ne désarme pas et continue d’appeler à la destruction d’Israël, Israël le considère comme responsable de tous les actes de terrorisme émanant de Gaza. Israël examinera les développements sur le terrain et agira en conséquence».

Les responsables israéliens insistent sur le fait que l’Autorité Palestinienne ne doit autoriser aucune activité terroriste du Hamas à partir de ses territoires en Cisjordanie et à Gaza.

La question ouverte reste de savoir si ce troisième accord entre les deux clans aura le même avenir que les précédents qui ont été jetés dans la poubelle de l’Histoire.

Mais en cas de nouvel échec, Al-Sissi a promis de mettre en œuvre son plan B en favorisant la prise de pouvoir de Mohamed Dahlan, l’ennemi juré de Mahmoud Abbas.

Mais sous la pression égyptienne, Fatah et Hamas semblent vouloir trouver un symbole fort pour prouver que les bonnes volontés existent. Un voyage de Mahmoud Abbas à Gaza dans le cadre de sa première visite sur place en plus de dix ans est prévu.

Il devra résoudre le dilemme d’un Hamas qui a choisi la résistance armée et d’un Fatah ouvert à la paix des braves. Pour laisser l’accord décanter, l’Égypte appelle à une nouvelle rencontre de tous les partis le mois prochain au Caire pour résoudre les points litigieux restants.

Tout est donc repoussé à la prochaine réunion bloquant ainsi toute nouvelle avancée concrète. Israël examinera les développements et agira en conséquence.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/10/les-non-dits-fondamentaux-de-laccord.html