Sixième volet dans le cadre d’une série d’articles présentant le livre de Ben-Dror Yemini, L’industrie du mensonge à paraître en automne en français aux éditions Berg International.

Précision avant d’aborder ce volet.
Les accusations envers Israël traitées dans ce volet, dénoncent un comportement à l’encontre des Arabes habitant Israël, nommés Arabes Israéliens, et qui vivent en minorité (~20 %). Les Arabes Palestiniens quant à eux, sont régis sous l’autorité palestinienne et les données présentées ici ne les concernent pas. Ce point porte à confusion dans beaucoup de débats. Les chiffres sur les Arabes sous contrôle de l’autorité palestinienne sont traités dans un autre volet.

Il n’y a aucun doute que les mots Israël et Apartheid vivent en bonne entente dans les bouches occidentales, alors que de façon flagrante, Israël se comporte avec ses minorités de façon plus qu’exemplaire. Même si Israël doit encore améliorer ses lois, même si Israël peut encore faire plus pour vivre en harmonie avec ses minorités.

Il faut faire une différence entre des lois d’apartheid qui, comme leur nom indique, ont pour but de séparer deux populations sur des bases ethniques et des lois régissant un pays où plusieurs ethnies doivent vivre en cohabitation avec une majorité et des minorités. Dans ce dernier cas, il faut apprendre à gérer les différences afin de pouvoir maintenir une harmonie, une cohérente et surtout et avant tout, une vie commune dans le respect de chacun.

Ces deux visions sont souvent en dissonance et il faut beaucoup d’efforts et de sensibilité afin de pouvoir maintenir un équilibre qui peut être aisément troublé, surtout dans un pays ou deux ethnies se disputent le droit d’y habiter. Ces deux visions sont représentatives d’un débat essentiel de nos entre ceux qui veulent un monde sans frontières, et ceux qui réclament une représentation des ethnies plus substantielle que celle du folklore culturel dont nous sommes témoins lors de manifestation sportive comme la coupe du monde par exemple.

Et comme d’habitude, les extrêmes s’y retrouvent alors que les uns réclament un village global d’où ils excluent ceux qui n’adhèrent pas à leur idée, et les autres, une multitude de villages globaux d’où ils excluent ceux qui n’adhèrent pas à leurs idées. D’un côté, ils luttent afin d’abolir les différences entre peuples, pays, hommes et femmes, et de l’autre ils veulent tout mettre derrière des frontières sans accepter les moindres différences.

Entre ces extrêmes, très présents dans les titres des journaux mais heureusement beaucoup plus sporadiques dans les populations, un débat légitime existe sur la mesure à prendre entre ces deux pensées et Israël se trouve être au centre de ce débat. Est-ce que les états Nations sont légitimes ou est ce qu’ils doivent être abolis ? Comme souvent, le compromis doit être mis à contribution.

Israël revendique le droit de se définir en tant qu’État Nation et c’est l’une des raisons de l’acharnement que l’Occident « bien-pensant » envers l’État Hébreu. Il est difficile pour cet Occident d’associer les notions d’état Nation et de démocratie. Pourtant, c’est dans ce cadre qu’Israël essaye de faire un compromis avec les difficultés que cette volonté met devant les décisionnaires du pays.

Souvent ils réussissent, parfois ils échouent mais en général, nous pouvons dire que les succès de l’État Hébreu à ménager, à respecter et à promouvoir le bien-être des minorités, sont plus élevés que les résultats des pays occidentaux avec leurs propres minorités. Les chiffres sont là, et nous pouvons, là aussi, les vérifier aisément sur la toile. Israël est loin des allégations d’apartheid de l’extrême gauche sans être une adepte des frontières ouvertes comme le vocifère son extrême droite.

La condition des Arabes israéliens en Israël a évolué positivement avec le temps, beaucoup plus que n’importe quelle autre communauté arabe ou musulmane dans le monde. C’est un fait qui s’appuie sur des données et des chiffres recueillis au cours des années sur une comparaison des Arabes israéliens aux Arabes des pays voisins, dont le statut socio-économique était, au départ, similaire, mais aussi sur le statut des Arabes israéliens en tant que communauté minoritaire en comparaison à d’autres communautés minoritaires musulmanes en Europe.

En avril 2008, une délégation d’Arabes israéliens du Centre Mossawa s’est rendue à Bruxelles pour se plaindre de l’état des Arabes israéliens devant l’Union européenne. En examinant les chiffres présentés, il s’est avéré que ces inégalités étaient beaucoup plus importantes en Belgique. Seulement 10 % des citoyens Belges vivaient à cette date sous le seuil de pauvreté alors que c’était le cas de 58,9 % des minorités turques et 55,6 % des minorités musulmanes marocaines à la même époque. 1 % des vétérans vivaient sous ce qu’on a appelé le seuil de pauvreté profond, alors que 39 % des minorités Turques et 25 % des minorités Marocaines étaient sous ce seuil de pauvreté .

Tous les chiffres présentés par la délégation Arabe Israélienne étaient meilleurs que ceux de la Belgique. En Grande-Bretagne, la situation est pire encore. Trois enfants pakistanais ou bangladais sur quatre, nés en Grande-Bretagne, sont sous le seuil de pauvreté. On pourrait présenter des données similaires provenant d’autres pays européens.

Dans plusieurs états européens certains musulmans y habitent depuis deux ou trois générations. Ils auraient dû être en mesure de s’intégrer et de profiter des fruits des états développés dans lesquels ils vivent mais cela n’a pas été le cas. Un rapport spécial de l’UE récemment publié : « Les musulmans dans l’Union européenne : discrimination et islamophobie », nous donnent une image assez complète de la situation de ces immigrants.

Ce rapport souligne les différences profondes existantes entre les communautés dans tous les domaines étudiés et révèle aussi de graves discriminations et préjugés. Nous relèverons quelques chiffres seulement dans ce volet : 68 % des ménages pakistanais et bengalis en Grande-Bretagne (qui sont la majorité des musulmans dans ce pays) vivent sous le seuil de pauvreté, alors que ce taux est de 23 % dans la population générale.

En Israël, selon un rapport de l’ONG « Sikkuy » (qui n’est pas suspecte de bienveillance envers Israël), 45,9 % des familles arabes vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14,7 % dans la population générale.

Pire encore, 73 % des enfants pakistanais et bengalis vivent sous le seuil de pauvreté en Grande-Bretagne contre 31 % de la population générale. Les données en Israël sont de 55 % d’enfants musulmans contre 20,3 % de la population générale. Il faut souligner qu’en Israël, la barre du seuil de pauvreté est fixée à 50 % (de la médiane) des revenus en Israël, contre 60 % en Grande-Bretagne ce qui fait que l’écart réel entre Israël et la Grande-Bretagne est susceptible d’être plus petit que celui que nous avons montré.

Les données sur le revenu aussi montrent des différences importantes en Grande Bretagne. Selon une étude réalisée par le Congrès des syndicats britanniques (TUC) sur le revenu des hommes, les Pakistanais et les Bengalis gagnent £ 182 par semaine, les Noirs, £ 235, et la population générale, £ 332. Selon une autre étude sur l’économie britannique, 50 % des musulmans et 75 % des musulmanes ne font pas partie de la population active.

En Israël, en revanche, l’écart des revenus est beaucoup plus faible. En 2003, le revenu moyen d’un ménage juif était de 11 548 NIS, contre 7,158 NIS dans un foyer arabe. Compte tenu du fait que la plupart des femmes musulmanes ne travaillent pas en dehors de la maison et que l’âge des employés musulmans est plus faible, l’écart ajusté entre Juifs et Arabes est beaucoup plus petit que celui de la Grande-Bretagne par exemple.

Le taux de chômage parmi les Juifs israéliens se tient aux alentours de 4 % en 2017, alors qu’il est à 6.7 % chez les Arabes israéliens. Le rapport de l’UE montre des données similaires dans les pays européens : en Allemagne, la population en général souffre de 10 % de chômage, alors que ce taux est à 20 % chez les musulmans Allemands. En Hollande, le taux de chômage de la population générale est à 6,5 % alors que celui des musulmans Néerlandais est à 16 %. En Belgique, les 7 % de chômage parmi la population générale contrastent fortement avec les 38 % qui sévissent parmi les musulmans belges.

En France, les données officielles de l’Insee donnent un taux de chômage de 9 % pour la population en général alors que les Maghrébins et les Turcs souffrent de 24 %. Des statistiques plus à jour en provenance d’Europe montrent qu’avec le temps, les écarts de chômage vont en augmentant.

À présent, certains avanceront que les populations musulmanes en Israël et en Europe ne sont pas comparables puisque les premiers sont nés en Israël alors que les derniers sont originaires de l’immigration. Cet argument est valable mais il faut relever aussi qu’il n’y a pas de conflit ethnique, national ou religieux en Europe comme il existe en Israël. Et nous pouvons comparer la condition des Arabes israéliens à ceux des pays arabes voisins.

Ces deux groupes ont tous deux le même point de départ. Il s’avère que cette comparaison révèle sans équivoques que les Arabes israéliens vivant sous un « régime d’apartheid » affichent, de façon insolente, un niveau socio-économique plus élevé que leurs frères. L’espérance de vie générale en Israël est de 79,7 années et les Arabes israéliens ont une moyenne de 76 ans. En Syrie cette moyenne est de 73, la Jordanie de 71 alors que le Liban est à 72 et l’Égypte à moins de 70 ans.

Dans le domaine de l’éducation, le taux d’analphabétisme en Jordanie est de 10,1 %, au Liban, 13,5 %, en Syrie, 20,4 % et en Égypte, 28,4 %. En Israël, la moyenne générale est de 2,9 % alors que seulement 6 % des Arabes israéliens sont analphabètes. La médiane des années de scolarité en 2010 est de 12 ans. La moyenne dans les pays de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) est de 5,4 années. En d’autres termes, les Arabes israéliens ont plus d’années de scolarisation que toutes les populations arabes alentour.

En Israël dans les années quatre-vingt du siècle dernier, seulement 9 % des plus de 15 ans avaient plus de 13 ans d’école. En 2012, ce chiffre est passé à 23 %. Dans la tranche d’âge des 24-34 ans, 30 % des hommes et 38 % des femmes ont au moins 13 années de scolarité. 29,6 % des Arabes israéliens ont un Bac leur permettant de postuler à une université, contre 46,4 % chez les Juifs. En Allemagne par exemple, 25 % des Turcs (la majorité des musulmans dans ce pays), n’ont aucun diplôme contre seulement 1 % de la population générale.

Le rapport de l’UE dépeint de façon négative d’une façon particulière les pays suivants : La France, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, l’Allemagne, l’Autriche et le Danemark. 40 % des immigrants de première génération en Belgique, en France et en Suède et 25 % de ceux qui vivent en Autriche, au Danemark, en Allemagne et aux Pays-Bas ne dépassent pas le niveau de base des examens PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).

Ce taux est particulièrement élevé en face d’un très faible pourcentage dans la population blanche. Ce problème a même essayé d’être caché du public par les élites françaises et il est stupéfiant de se rendre compte que la version 1 de la feuille de route du gouvernement, celle qui a circulé dans les médias, a été changée par rapport à sa version officielle en 2012. Une phrase a été retirée : « Plus préoccupants encore, les écarts entre élèves issus de l’immigration et les autres demeurent très importants, même corrigés des variables socio-économiques ». [Programme international pour le suivi des acquis des élèves, 2012].

Et pourtant, tous en Israël, des ONG jusqu’aux corps gouvernementaux, savent qu’il n’y a pas encore une pleine égalité et continuent de travailler, avec plus ou moins de réussite, afin d’améliorer encore le statut des minorités. Les chiffres montrent une image qui doit être améliorée, mais à la fois en Europe et en Israël. Est-ce l’image d’un pays d’apartheid ?