Le drapeau noir de Daech, le bien mal nommé « Etat islamique », flotte sur Palmyre.

La terreur jihadiste s’est désormais abattue sur les plus de cent mille habitants de l’oasis et on rapporte déjà des dizaines d’exécutions, notamment par décapitation.

Force est de constater que, malgré les indignations médiatisées quant au sort réservé à la « Perle du Désert », le monde entier est demeuré passif face à une telle catastrophe.

Le pire est à craindre sur le devenir des richesses archéologiques sans égales de Palmyre, déjà pillées et vandalisées par le régime Assad,  aujourd’hui aux mains des iconoclastes de Nemroud et d’ailleurs.

On oublie pourtant que les premiers monuments détruits par Daech, peu après la prise de Mossoul en juin 2014, étaient des mausolées musulmans, notamment la tombe supposée de Jonas, un des prophètes de l’Islam sous le nom de Younes.

C’est en août 2014 que les massacres de Yézidis et de Chrétiens au nord-ouest de l’Irak entraînent un exode massif de ces populations persécutées, qui fuient le territoire de Daech et trouvent refuge, pour une majorité d’entre elles, en zone kurde.

Parmi ces réfugiés, le père dominicain Najeeb Michael, qui a organisé le transfert et la protection de milliers de manuscrits inestimables, afin d’éviter leur autodafé par les jihadistes.

Les Archives nationales présentent pour encore trois mois, à l’hôtel de Soubise, une extraordinaire exposition sur les manuscrits irakiens recueillis et préservés par l’ordre dominicain, installé à Mossoul depuis 1750.

Il faut savoir que plus de cinquante mille livres imprimés n’ont pu être sauvés par la filière clandestine du père Michael. Ils sont toujours à Mossoul, où le convent dominicain a été transformé par Daech en centre de torture.

L’exposition rappelle que, bien avant l’installation des dominicains à Mossoul, Colbert avait mandaté un dominicain allemand, Johann Vansleb, pour arpenter le Moyen-Orient, de 1671 à 1675, et y recueillir des manuscrits destinés à la bibliothèque royale. C’est le Second Empire qui, en 1860, fait acheminer une presse d’imprimerie dans le couvent de Mossoul, où elle sera active jusqu’à sa destruction par l’armée turque en 1914.

Sept manuscrits exceptionnels sont présentés à l’hôtel de Soubise en fac-similé.

Deux textes arabes mêlent la philosophie et la médecine dans un traité d’Avicenne (Ibn Sina, 980-1037) et un commentaire d’Averroès (Ibn Rochd, 1126-1298).

Deux autres sont des grammaires arabes recopiées, comme les précédents, bien après la disparition de leurs auteurs. Mais les pièces les plus originales, car richement enluminées, sont des lectionnaires (livre liturgique) chrétiens en langue syriaque (la forme classique de l’araméen, à distinguer du soureth, l’araméen vernaculaire).

Au Caire également, l’Institut dominicain d’études orientales (IDEO) accomplit depuis des décennies un travail irremplaçable d’archivage et de recension.

Sa bibliothèque est aujourd’hui une des plus fréquentées par les étudiants arabes, très majoritairement musulmans. On ne peut qu’être frappé par ce mélange d’abnégation et d’érudition.

A Alep, en juillet 2013, j’avais accompagné Omar Islam, un étudiant de 28 ans, qui s’acharnait, au prix de risques inouïs, à sauver ce qui pouvait l’être du patrimoine de sa cité millénaire.

Alors que la « communauté internationale » paraît tétanisée face à l’avancée jihadiste, il est bon de retrouver l’espoir à l’évocation de l’expérience de Najeeb Michael ou d’Omar Islam. Et on sort de l’hôtel de Soubise convaincu que, malgré l’horreur présente, la barbarie n’aura jamais le dernier mot.