Dans la mémoire collective de chaque peuple, figure un stock limité de souvenirs, associés à des noms de grands personnages, noms de lieux ou dates fondatrices que Pierre Nora a baptisés « lieux de mémoire ». Ces noms propres permettent d’organiser le chaos du présent, de penser le nouveau à la lumière des leçons du passé. Comme on le sait, les mêmes noms propres peuvent avoir des sens différents, selon les pays, puisque les jours glorieux des uns ont souvent été payés de l’humiliation des autres – les Britanniques vont ainsi célébrer Trafalgar ou Waterloo – pour nous, mère de toutes les défaites. Au top-ten de ces évènements-repères, figure, pour nous, Français, Munich. La synecdoque est passée en adjectif : on parle depuis le 29 septembre 1938 « d’esprit munichois ».

Dans un roman historique de Georges-Marc Benamou, celui-ci raconte cette journée fatidique en se glissant dans les souvenirs de son pathétique acteur français, Edouard Daladier. L’esprit munichois, depuis lors, est devenu synonyme de lâche dérobade devant une menace étrangère, d’abandon et de trahison des alliés au nom de la sauvegarde à tout prix de la paix, de myopie politique consistant à concéder à l’adversaire de nouveaux avantages qui lui permettront, demain de nous frapper encore plus fort.

C’est encore Munich qui sert de paradigme au récit de politique-fiction que nous livre Antoine Vitkine , avec son roman « la tentation de la défaite » (2006), qui raconte la prise du pouvoir par l’islamisme révolutionnaire en Afghanistan, Arabie Saoudite, Égypte, etc. à travers les yeux d’un diplomate français imaginaire et qui apparaît aujourd’hui comme une vision prophétique. En effet, l’actualité nous présente des évènements qui, par bien des côtés, évoquent ceux imaginés dans ce roman « fiction » et alors que l’attitude du leadership mondial rappelle à s’y méprendre l’affaire munichoise.

Je dirais même mieux « l’esprit munichois » se serait transformé en « paradigme munichois » tant cet « état d’esprit » s’est ancré dans la vision sociétale de nos responsables politiques, notamment, depuis la prise de pouvoir de Barack Obama à la tête du « monde dit libre » !

D’un « esprit munichois », lié à la politique internationale, nous sommes passés à un « paradigme munichois » tant cet « esprit munichois » s’est propagé au monde économique, sociétal et économique, devenant ainsi un paradigme de vie.

Ainsi, la dernière crise grecque illustre à merveille cet « esprit munichois » dans le monde économique : un « diktat sacrificiel » pour sauver un monde économique supposé idyllique. On sacrifie la Grèce et les grecs sur l’hôtel du monde économique libéral rêvé par les successeurs de l’Empire Allemand.

Toute le monde le sait, les grecs sont trop faibles pour se révolter, on peut donc, sans grand risque, les sacrifier comme naguère la Tchécoslovaquie.

Et pourtant, il ne faut pas être grand clair pour savoir que ce rituel sacrificiel ne sauvera ni la Grèce ni sa dette ! Mais cela était nécessaire « pour l’exemple» ! D’autant plus, que ce faisant, on ridiculise pour longtemps ceux qui représentent les tentatives de résistance à l’ordre établi ! Et l’on culpabilise Alexis Tsipras comme naguère Edvard Benes, oubliant par là-même, les véritables responsables du désastre.

De même, dans le monde sociétal, on sacrifie les plus faibles, ceux qui n’ont aucune chance d’imposer leur volonté, au profit de ceux qui ont le pouvoir et qui veulent le garder, voire l’accroître. Ainsi, alors que le travail doit être source de vie, et permettre à chacun de pourvoir à ses besoins élémentaires, on prône le salaire au rabais afin que le travail devienne un édulcorant social, oubliant qu‘un travail qui ne permet plus de vivre de son travail est un trompe l’œil.

Il convient également de constater tant dans le monde politique qu’associatif que nous sommes plongés dans la vénération de l’égocentrisme et de l’entente illicite pour le partage du pouvoir qui devient le moteur essentiel de nos dirigeants, en lieu et place de l’objet qu’ils sont censés défendre.

Que sont devenus ces responsables associatifs qui enflammaient les foules, qui allaient affronter tous les défis pour faire triompher l’objet de leur combat et, de fait, qui faisaient trembler les décideurs de la planète tant leur engagement mobilisait les masses ?

Ces nouveaux dirigeants associatifs sont aujourd’hui, pour beaucoup d’entre eux, rattrapés par les affaires, élus par manipulations machiavéliques, mus que par leur propre ambition, mobilisés par le paraître plutôt que par l’être et ils ne cherchent plus qu’honneurs et médailles en s’octroyant les résultats des autres. Ils adressent des communiqués sans contenu véritable, tels des bouteilles à la mer, qui ne seront lu par personne d’autre que par leur staff, le but étant de s’en prévaloir auprès de leurs membres pour une nouvelle élection vide de sens !

Tel est le « paradigme munichois » dans le monde associatif happé par le mimétisme politique !

Enfin, encore et toujours, ce « paradigme munichois » s’illustre à la perfection dans la politique internationale au travers des pacifistes béats qui prétendent agir pour l’honneur d’une idéologie alors que leur combat n’est là que pour camoufler une lâcheté endémique et existentielle. Ils sont toujours prêts à sacrifier l’autre au prétexte de les sauver tous ! Ils savent parfaitement faire la charité avec l’argent des autres !

Une des illustrations parfaites de ce phénomène nous est donnée aujourd’hui par la crise du nucléaire iranien.

C’est en Décembre 2002 que des sites nucléaires potentiellement militaires sont découverts en Iran.

Depuis, sanctions et négociations se succèdent entre l’Occident et Téhéran. Très fermes et menaçantes ces sanctions se sont transformées depuis l’arrivée de Barack Obama à la Présidence des États-Unis en négociations « molles, sans conviction et sans véritable but » et, naturellement, elles aboutissent à un accord de capitulation à la munichoise !

En 2009, déjà, Thérèse Delpech avait publié, sous le titre « Le grand perturbateur, réflexions sur la question iranienne » un essai en forme d’avertissement. Cet avertissement a été, sciemment, passé sous silence !

C’est ainsi que les dites négociations entre l’Iran et la bande des Six (Russie, États-Unis, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) ont continué envers et contre tout, y compris en sacrifiant l’opposition iranienne lors de sa « révolution verte», sombrant ainsi dans le piètre épilogue que nous venons de connaître !

Cet accord va permettre à l’Iran de récupérer 150 milliards d’euros pour financer des organisations telles que le Hamas, le Hezbollah et toutes celles qui veulent déstabiliser les alliés de l’Occident dans la région !

Cet accord va affaiblir considérablement l’opposition iranienne en donnant un nouveau souffle à la République des Mollahs. Cet accord va mettre en danger les défenseurs des droits de l’homme dans cette théocratie sanguinaire. Enfin, et surtout, cet accord va apparaître, encore une fois, comme la victoire de ceux qui veulent détruire Israël !

Encensé par les pacifistes ci-dessus désignés ainsi que par les médias, adeptes de la pensée unique, Obama a osé sacrifier, sans remords, sur l’autel de la « Paix Retrouvée » les alliés d’hier : Israël et les pays du Golfe !

Après avoir capitulé, sous forme de débâcle, en Afghanistan et en Irak, après avoir donné un signal désastreux par son « discours du Caire », après avoir provoqué le chaos en sacrifiant ses alliés d’hier qui se nomment Moubarak, Abdalah ou Ben Ali, Obama se complait à prendre, aujourd’hui, le risque de mettre en danger Israël et ses alliés du Golfe !

Les médias, et notamment les médias français, clament à tout va, qu’enfin Obama mérite son Prix Nobel de la Paix, il est clair qu’ils auraient décerné ce même prix en 1938 à Daladier et Chamberlain !

Tel est le « paradigme munichois » dans l’esprit de la diplomatie occidentale ! Sauf, que la réussite de l’« esprit munichois » implique le sacrifice existentiel du sacrifié comme nous l’avons connu en Tchécoslovaquie en 1938 et en Grèce récemment !

Sauf que, dans l’affaire iranienne, ni Israël, ni les États du Golfe ne sont prêts à se sacrifier sur l’autel de cette prétendue paix retrouvée !

Obama et le monde occidental nous laissent aujourd’hui une société imbibée du « paradigme munichois » et qui ne comprend pas comment, malgré ces sacrifices, le monde est à feu et à sang !

Les peuples, anesthésiés par leurs dirigeants politiques, économiques, médiatiques et associatifs, ne comprennent pas, ne comprennent plus  pourquoi les capitulations successives n’amènent ni la paix, ni la prospérité !

Ces peuples qui étaient prêts à sacrifier leur futur pour sauver le présent dans ce « pur esprit munichois », ces peuples qui étaient prêts à gager l’avenir de leur progéniture pour préserver les quelques avantages que leur fournit leur présent, ces peuples ne comprennent plus et c’est parce qu’ils ne comprennent plus qu’ils risquent de se soulever !

Voilà pourquoi nous devons aborder tous ces problèmes sans nous laisser aveugler par l’ombre portée de Munich, sans sombrer dans ce    « paradigme munichois » et sans nous laisser submerger par ces leurres que sont la compulsion de répétition ou la mélancolie de ressassement, qui sont aussi mauvaises conseillères que la dérobade ?

Telles sont quelques unes des questions dont nous vous suggérons de débattre aujourd’hui pour réveiller l’esprit du paradigme anti-munichois !