« L’ETERNEL garde tous ceux qui l’aiment » — Psaume 145 : 20.

L’histoire romantique de la reine Esther, femme du roi Assuérus, suit la période du décret de Cyrus.

Bien que les Juifs les plus fidèles fussent retournés de Babylone à Jérusalem pour réparer les ruines et rebâtir le temple, après les 70 ans de désolation de leur pays, l’Eternel ne négligea pas le reste du peuple qui n’avait pas été suffisamment zélé pour retourner au « pays de la promesse » sous le décret de Cyrus leur accordant ce privilège (Esdras 1 : 1-4).

Des centaines de milliers de Juifs résidaient alors dans toutes les provinces de l’empire perse comprenant en ce temps-là la Babylonie, la Perse, et presque toute l’Asie, y compris l’Inde. Bien que des leçons spéciales et des épreuves particulières furent le lot de ceux qui étaient en train de rebâtir le Temple, la faveur de l’Eternel reposa sur le reste du peuple choisi au point de permettre que leur survienne une grande et sévère épreuve pour leur enseigner, sans aucun doute, dans leurs foyers éloignés, une leçon de grande valeur.

Récit de cette épreuve dans le livre d’Esther : 

Le roi de Perse à cette époque, environ quarante ans après l’achèvement du temple, était Assuérus, autrement connu comme Xerxès, qui se choisit pour reine, Esther, la plus belle et la plus distinguée, une Juive — apparemment sans avoir une pensée ou une connaissance particulière concernant sa nationalité et sans savoir que Mardochée, un de ses fidèles serviteurs, un garde de la porte du palais, était son cousin.

L’histoire d’Esther est très remarquable et confirme le proverbe selon lequel « la vérité est plus étrange que le roman ». Haman, un des nobles du pays et favori du roi, s’irrita contre Mardochée parce que ce dernier ne lui montrait pas autant de respect que d’autres du peuple.

Son orgueil excitait son animosité à un point tel qu’il s’assura le décret du roi contre tous les Juifs disséminés à travers le monde civilisé sous le contrôle du gouvernement perse. L’édit fut largement répandu, prescrivant aux gens de chaque province de l’empire perse de détruire, de tuer, de faire périr tous les Juifs, depuis le jeune garçon jusqu’au vieillard, les enfants et les femmes, en un même jour, le 13e jour du 12e mois.

Esther s’approche d’Assuérus

Ce commandement du roi fut transcrit dans les différentes langues des divers peuples du royaume ; il portait le sceau du roi et fut envoyé par courriers spéciaux. Une année était prévue pour donner amplement le temps à l’information d’atteindre même les provinces les plus reculées du royaume ; et pour encourager à faire le travail jusqu’au bout, ceux qui tueraient les Juifs auraient le privilège de s’accaparer de tous leurs biens, Haman sentit qu’il avait maintenant tiré une grande vengeance contre le Juif qui se tenait à la porte.

Mardochée et tous les Juifs furent naturellement grandement troublés en prenant connaissance de l’édit. Ils n’avaient plus qu’une année à vivre. Nous pouvons supposer sans la moindre hésitation qu’une telle expérience fit plus pour attirer les cœurs des Juifs vers l’Eternel en révérence et supplication que toute autre chose qui aurait pu leur arriver. Ils jeûnèrent et prièrent, avec le sac et la cendre.

La proclamation et l’édit étaient en vigueur depuis plus d’un mois, La reine Esther avait appris la cause des pleurs de son cousin avec le sac, et elle ressentit pour lui un vif intérêt, car alors qu’elle était orpheline, il l’avait protégée.

Mardochée l’assura que ce n’était pas pour lui seulement qu’elle devait pleurer, mais que cet édit la concernait elle-même aussi bien que tous les autres Juifs, et qu’elle devait se démener pour amener le fait devant le roi et, si possible, en contrecarrer les effets par la publication d’un autre décret.

Mais là résidait la difficulté : les lois des Mèdes et des Perses ne changeaient pas, ne pouvaient pas être modifiées ; mais elles devaient demeurer comme si elles étaient immuables. Toutefois, quelque chose devait être tenté et seule la reine était habilitée pour s’approcher du roi. Pour d’autres, il leur en aurait coûté la vie de le faire.

Les remarquables occasions providentielles

Mardochée, se confiant évidemment en l’Eternel pour que le décret ne puisse jamais être accompli, appela l’attention de la reine sur le fait qu’il était tout à fait possible qu’elle occupait sa présente position d’honneur et de privilège dans le but même d’enrayer ce mal contre son peuple.

Sa suggestion fut que très certainement la providence de Dieu l’avait amenée à cette place pour être l’agent divin afin de préserver les Juifs de la méchanceté perverse de leurs ennemis au pouvoir. Mais il ajouta que, si elle ne saisissait pas ces occasions de manifester sa loyauté au peuple de l’Eternel et de risquer quelque chose en sa faveur, ce serait sa propre perte à bref délai, et qu’il croyait que Dieu procurerait quelque autre moyen pour la délivrance du peuple en général. C’était son occasion favorable, son devoir d’agir, et qu’il rejetait sur elle la responsabilité.

Tout ce que nous avons, quelles que soient nos situations en influence, ou pouvoir, ou richesse, ou confiance dans l’estime des autres, fait partie d’une charge d’intendant que l’Eternel nous accorde et dont nous devrions nous attendre à rendre compte ; et si ce compte doit être rendu avec joie, nous devons être fidèles, même au risque de notre vie, dans les intérêts du peuple de l’Eternel, la cause de l’Eternel.

Prenons à cœur ce trait de l’expérience d’Esther pour en tirer des leçons précieuses et utiles. La suggestion qu’elle n’était pas parvenue par accident à une place d’honneur privilégiée, mais que l’Eternel en avait dirigé le cours, est ce qui devrait nous frapper. Tout ce que nous avons est de par la providence de l’Eternel ; employons-le fidèlement et aussi sagement que possible pour Lui et les Siens ; ainsi nos propres bénédictions et joies seront accrues, de même que la faveur de l’Eternel.

La reine répondit que Mardochée et tout le peuple savait que, si elle ou quelqu’un d’autre essayait d’entrer en la présence du roi sans y être invité, cela signifierait la mort pour l’individu, à moins que, par hasard, le roi y soit favorable et tende son sceptre d’or.

Elle fit aussi remarquer que le roi pourrait évidemment n’être pas très bienveillant envers elle, du fait qu’elle n’avait pas été appelée en sa présence depuis plus d’un mois. Il est évident que ses craintes étaient fondées pour ceux qui connaissent l’histoire de ces temps-là.

Par exemple, on raconte que ce même roi, en route pour une guerre, se reposa à Olaenae de Phrygie, où il était l’invité de Pythias, qui le reçut avec magnificence ; mais quand ce dernier sollicita comme faveur que, de ses cinq fils dans l’armée du roi, l’aîné puisse lui être laissée dans sa vieillesse, le brutal Xerxès, dans sa fureur, ordonna que le fils soit tué en la présence de son père, le corps divisé en deux parties, placées d’un côté et de l’autre de la route et que l’armée entière défile entre elles.

D’un autre roi perse, on dit que pour montrer son adresse au tir à l’arc, il tira une flèche dans le cœur de son jeune échanson, fils de sa plus grande favorite, Prexaspès.

Recherchant la direction divine

Persuadée qu’aucune autre conduite ne lui était ouverte que celle de risquer sa vie en approchant le roi, Esther envoya un mot à son cousin et, par lui, à tous les Juifs de la capitale afin qu’ils jeûnent trois jours avec elle, ce qui, naturellement, impliquait la prière.

Cette prière et ce jeûne nous convainquent que tous les Juifs ayant foi en l’Eternel n’étaient pas retournés à Jérusalem, mais que certains d’entre eux étaient encore dispersés à travers toute l’Asie. Aucun doute que l’épreuve exceptionnelle de ce moment fut ainsi une grande bénédiction et un raffermissement pour la foi d’Esther, de son cousin et de tous les Juifs.

Au terme des trois jours, la reine, parée de ses plus beaux atours royaux pour apparaître aussi attirante que possible, s’approcha du roi. Elle usa ainsi de sagesse et chercha à coopérer avec ses prières pour la direction et la bénédiction divines.

Le roi fut très bienveillant à son égard et lui tendit son sceptre qu’elle toucha ; et ensuite, ayant conscience que seule une requête urgente l’avait ainsi amenée en sa présence, il s’enquit de ce qu’il pouvait faire pour elle, l’assurant que cela serait fait, même jusqu’à la moitié du royaume — cependant la dernière expression n’étant sans doute qu’une simple formalité indiquant un grand intérêt.

Les plans de la reine étaient évidemment tous bien réfléchis, bien qu’à cette époque elle n’était probablement âgée que de quinze ans. Sans doute, à cette occasion, l’Eternel accorda-t-il la sagesse nécessaire.

Elle ne communiqua pas sa requête, mais laissa plutôt le roi dans l’expectative en l’invitant d’abord à venir au festin qu’elle avait préparé en son honneur et auquel était aussi invité son officier le plus apprécié, Haman. Le rendez-vous fut pris, et à ce festin la reine éluda à nouveau la demande quant à ses désirs réels, demandant que tous deux l’honorent encore en assistant au festin le jour suivant, ce qui fut également convenu.

Pendant ce temps, nous ne savons comment, l’Eternel travailla le roi d’un autre point de vue — la providence divine a mille moyens pour opérer. Le roi passa une nuit blanche, et de quelque manière, il semble avoir conclu qu’il avait négligé une certaine obligation — que quelqu’un lui ayant fait une faveur n’avait pas été convenablement récompensé. Il demanda la lecture des procès-verbaux sur les divers incidents et y remarqua une occasion où deux de ses serviteurs de confiance du palais avaient conspiré pour lui ôter la vie, complot déjoué par la révélation de Mardochée.

Le roi fut sans aucun doute guidé en cette affaire par la providence de l’Eternel. Il demanda quelle récompense avait été accordée à Mardochée, ce qui lui avait été fait, comment il avait été récompensé pour cette fidélité au roi. Trouvant qu’aucune récompense spéciale n’avait été donnée, il appela Haman pour qu’il présentât ses suggestions.

Haman se sentait offensé par ce qu’il considérait comme une insulte de Mardochée ne s’agenouillant pas devant lui ; et, plein de confiance en son influence sur le roi, il avait déjà érigé une potence dans la cour de sa propre maison, avec l’intention d’y voir Mardochée pendu par un décret du roi avant qu’un autre jour passe.

Il était venu au palais dans le but même de requérir la vie de Mardochée lorsqu’il fut appelé par le roi qui lui demanda de suggérer quel honneur serait convenable pour l’homme que le roi désirait honorer. Pensant qu’il s’agissait de lui, il suggéra que soient utilisés le cheval du roi, le vêtement royal et la couronne royale et qu’un des principaux du roi conduise le cheval à travers la ville en proclamant d’une voix forte que c’est ainsi que le roi honore celui qui le monte.

A sa surprise, le roi le chargea d’exécuter ce programme envers Mardochée comme homme à honorer, et lui-même, le représentant du roi, conduisant le cheval en proclamant la faveur du roi. La parole royale ne pouvait être discutée ou même contestée et le scénario fut exécuté à la lettre ; mais Haman, mortifié et couvert de honte, retourna chez lui chercher la consolation de ses amis pour son orgueil blessé.

Dans l’après-midi le messager arriva pour l’escorter au banquet avec le roi et la reine. Le malheureux partit en se demandant quelque peu ce qui lui était encore réservé. Durant le festin, le roi pressa encore la reine pour connaître la chose importante qu’elle désirait demander.

Le moment était venu, et elle implora le roi pour sa propre vie et la vie de son peuple, lui disant que leurs ennemis s’étaient déchaînés contre eux pour leur destruction totale. Le roi, ne pouvant évidemment pas comprendre, demanda qui était la personne méchante qui avait ainsi comploté de tuer sa reine et tous les proches de sa famille. Elle répliqua : ce méchant Haman qui est avec nous à la table du festin. Le roi fut troublé en son esprit et quitta la salle du banquet pour aller dans le jardin méditer sur la conduite à tenir.

Haman prit à son propre piège

Sur ces entrefaites, Haman perçut que quelque chose se tramait contre lui, que sa vie était en danger et que seule la parole de la reine pouvait la lui épargner ; et ainsi, lorsque le roi quitta l’appartement, Haman en appela à la reine pour son pardon et pour qu’elle intercède en sa faveur.

Dans le délire de sa peur, il oublia les circonstances et l’entourage et il était en partie étendu sur la couche où reposait la reine au festin, lorsque le roi rentra ; et, voyant la situation, le roi entra dans une intense colère. S’informant au sujet de la potence, il commanda qu’Haman soit sur-le-champ pendu au gibet qu’il avait préparé pour Marchodée.

Les biens d’Haman furent confisqués au profit de la reine par décret royal ; et ensuite, expliquant que Mardochée, qui avait une fois sauvé la vie du roi, était son cousin, elle demanda l’intervention royale pour contrecarrer les effets de l’édit antérieur pour l’extermination des Juifs.

Il était bien entendu qu’aucun décret ou édit des Mèdes et des Perses ne pouvait être altéré, amendé ou retiré — une fois promulgué, il devait demeurer ; mais le roi permit à Mardochée d’arranger la chose avec les sages du palais, de sorte qu’un autre décret puisse être élaboré lequel aurait également la même force, et, en quelque mesure, sinon pleinement, compenserait le premier.

Ceci fut fait par un décret permettant aux Juifs à travers tout le royaume de se défendre, et de rendre à tous leurs ennemis tout ce qu’il avait été permis de leur faire par le premier décret.

Ce dernier décret fut pareillement envoyé par des messagers sous le sceau du roi, à toutes les provinces du royaume ; et comme résultat, lorsque vint le jour fatidique où devait avoir lieu l’extermination de tous les Juifs, ceux-ci, ayant le privilège par le second décret, de pouvoir se défendre eux-mêmes, étaient préparés, armés et avaient la faveur de tous les magistrats des provinces, parce que le second décret était compris comme une compensation modérée pour le premier ; et, il était connu que Mardochée, un Juif, était maintenant le principal conseiller du roi, ou, comme on dit aujourd’hui, le Secrétaire d’Etat.

Le résultat fut la mise à mort, à travers le royaume, de milliers, non principalement des Juifs, mais de leurs adversaires, leurs ennemis.

Notre texte au début de cet article est en accord avec cette pensée : « L’Eternel garde tous ceux qui l’aiment ». Tous ceux qui affirment ainsi dans leurs propres cœurs leur loyauté à l’Eternel, leur foi et leur espérance en Lui, peuvent être assurés que toutes choses sont supervisées pour leur bien et travaillent pour leur prospérité, dans les choses temporelles et éternelles.

Jacques Obojtek