Quand il s’agit des relations judéo-chrétiennes, l’Église Catholique porte des siècles de bagages chargés d’anti-judaïsme, d’antisémitisme et d’anti-sionisme.

Au Concile de Nicée, en 325 ap.J-C, l’église catholique a été officiellement propulsée sur la scène mondiale et a continué à creuser le fossé théologique entre chrétiens et juifs. Un fossé qui deviendra aussi politique, sociologique et géographique jusqu’à ce qu’il atteigne son summum dans les années 1930/1940 avec une approche pseudo- raciale. Avouons-le, dans la psyché juive, l’église catholique est grandement responsable d’antisémitisme, mais quoi qu’il en soit, tous les catholiques ne sont pas des antisémites.

Je ne fais pas une chasse aux sorcières contre les catholiques, mais il faut avouer que la plupart de la persécution juive par l’église primitive et à travers le Moyen-Age fut effectuée par les dirigeants catholiques, qui étaient aussi les représentants du christianisme et techniquement du Christ sur terre.

Les Croisades, la diffamation de sang, les profanations d’osties, la peste noire, l’Inquisition, les pogroms et la Shoah sont tous étroitement liés dans un tissu de mensonges qui, d’une façon ou d’une autre, reste connecté à l’église catholique.

Ce fut un changement progressif de l’église à travers l’histoire qui devint éventuellement mortel pour les Juifs comme l’expliqua l’historien de la Shoah Raul Hilberg dans La Destruction des Juifs d’Europe.

Il a vu le sort du peuple juif comme un processus en trois étapes au fil du temps. »Ainsi, dès le 4ème siècle, les missionnaires chrétiens ont dit aux Juifs : « vous ne pouvez pas vivre parmi nous en tant que Juifs ». Les gouvernements laïques qui les ont suivis dès la fin du Moyen-Age ont décidé : « vous ne pouvez pas vivre parmi nous ». Et les nazis ont enfin décrété : « vous ne pouvez pas vivre ». Hilberg parla de l’ostracisme suivi par l’expulsion et l’anéantissement total. En quelques mots, ceci est l’histoire de mon peuple.

De la période des Pères de l’Eglise (200 ap.J-C) jusqu’en 1965, l’église catholique a tenu tout le peuple juif collectivement responsable de la crucifixion de Yéchoua le Messie (Jésus.) Il a fallu attendre 1965, lors de Vatican II sous le pape Paul VI, pour que l’accusation soit officiellement annulée.

Dans une déclaration connue sous le nom de Nostra Aetate (A notre époque), le Pape Paul VI a promulgué que les Juifs ne devaient plus être considérés coupables de déicide (le meurtre de Dieu.) L’espoir était que cette « Déclaration sur les relations de l’église avec les non-chrétiens » puisse exonérer le peuple juif. Bien sûr, l’église catholique ignore que dans la Bible, les Juifs ne sont pas déclarés coupable du meurtre de Yéchoua parce que, par ses propres mots, il a donné sa vie pour toute l’humanité, tel que nous pouvons le lire dans l’Évangile de Jean 10:17-18.

« 17 Le Père m’aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. 18 Personne ne me l’enlève, mais je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la reprendre. Tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père. »

De plus, l’église catholique a longtemps annoncé qu’elle avait remplacé l’Israël ethnique dans le plan de Dieu. Toutes les bénédictions que Dieu avait promis d’accorder à Israël seraient apparemment transférées à l’église catholique, ou même à tous les chrétiens de façon plus générale.

Tous les pactes conclus entre Dieu et le peuple juif s’appliquent maintenant au « Nouvel Israël » ou à « l’Israël spirituel ». Ceci est connu sous le nom de la théologie du remplacement, et ne peut pas être justifié par l’Écriture Sainte aussi longtemps que vous appliquez un système d’interprétation littéral et contextuel.

Alors que nous continuons d’assister à la fois à de l’antisémitisme et à du philo-sémitisme dans les rangs catholiques, il y a eu un effort de la part de plusieurs papes pour se réconcilier encore davantage avec la communauté juive. Tant et si bien que le pape actuel a maintenant annoncé que le peuple juif n’a pas besoin de Jésus et que l’Eglise catholique ne devrait pas essayer de convertir les juifs. Il y a une certaine culpabilité collective catholique concernant le traitement du peuple juif.

Cette réaction plutôt récente voit le peuple juif comme peuple d’alliance qui n’a pas besoin de Yéchoua pour son salut. Cela fait évidemment beaucoup de bien aux relations judéo-chrétiennes.

Lors d’une récente déclaration, le rabbin David Fox Sandmel, directeur des affaires inter-religieuses de la Ligue Anti-Diffamation, réaffirme l’importance d’une telle démarche par le pape actuel : « Ce nouveau document du Vatican est une réaffirmation remarquable des changements positifs dans l’enseignement de l’église sur les Juifs et le judaïsme depuis la promulgation de Nostra Aetate il y a 50 ans. Elle est importante parce qu’elle met un accent très clair sur le rejet de l’accusation de déicide, l’endettement du christianisme au judaïsme, le rejet de la théologie de la substitution, et la validité permanente de l’alliance juive avec Dieu. »

C’est vrai que le peuple juif pourrait facilement se passer de ces siècles d’antisémitisme chrétien. Malheureusement, la plupart de l’histoire juive a été écrite avec du sang. Cette histoire fait partie du baguage dont les chrétiens ne peuvent se séparer. Il incomberait aux chrétiens de cesser de croire aux qu’en-dira-t’on sur le peuple juif et à ne pas ajouter à ces bagages déjà très pesants.

À cette fin, la Déclaration Nostra Aetate de 1965 aurait pu aider un peu, et la papauté actuelle pourrait même y contribuer davantage…

Malheureusement, les racines de l’antisémitisme – qu’il soit chrétien ou autre – sont très, très profondes !

Il est aussi vrai que le peuple juif n’a pas été remplacé par des catholiques, des chrétiens ou tout autre groupe de personnes qui pourraient se considérer comme le « Nouvel Israël ». Ce rejet de la théologie du remplacement a été précisé dans la déclaration de 1965. Il se peut qu’il n’ait pas été adopté par les catholiques du monde entier, mais cela reste néanmoins une déclaration du pape  » Ex Cathedra « , et en tant que telle, cette déclaration ne devrait laisser aucune option mais l’obéissance par les catholiques du monde entier. Malheureusement, la nature humaine s’en mêle, je le crains !

Et bien sûr, il est de la plus haute importance d’arrêter d’essayer de «convertir» les Juifs au christianisme. Mais est-il possible que la raison d’un tel changement soit différente de celle du Pape ? Autrement dit, les Juifs ne se convertissent pas, car ils n’ont pas besoin de se convertir. Si en effet, Yéchoua est le Messie juif (Isaïe 52:13 à 53-12), alors il n’y a rien de plus naturel pour une personne juive que de suivre le Messie juif.

C’est un choix personnel que personne ne peut nous forcer à faire. Donc dans un sens, le Pape a raison, les Juifs n’ont jamais besoin de se convertir à Yéchoua, mais s’il se révèle qu’Il [Yéchoua] est le Messie d’Israël dont parlaient les prophètes juifs (Génèse 49:10, Isaïe 7:14, 9:6-7, Michée 5:2), alors peut-être qu’il serait bénéfique que le peuple juif le suive !