L’entrée de la FJN au CRIF est un symbole du changement dans le champ intellectuel juif.  Il y a encore si peu, ce fait n’aurait pas été possible.

L’arrivée de Roger Cukiermann a joué un grand rôle dans ce changement.

Il s’est intéressé à des questions qui sont, dans l’ensemble, peu ou pas traitées par la communauté juive et de par le monde politique.

Son approche modérée, basée sur l’écoute a rendu la conviction possible avec les autres associations du CRIF.

Parallèlement à cela, des associations communautaires plus radicales le jugent trop modéré et privilégient les rapports de force.

Mais nous ne mésestimons pas les résistances auxquelles se heurte ce genre de sujet d’autant plus que ce sont des résistances profondément ancrées dans l’organisation du système. Ce sentiment d’être sur un terrain qui n’est pas tout à fait vierge mais qui, enfin, est relativement vide – et il y a beaucoup à faire.

Deux courants dans la communauté :
1. Le premier courant est celui dit essentialiste : c’est un courant qui insiste sur les qualités propres à l’homme noir – on connaît des propos de certains dirigeants communautaires sur la psyché africaine,
tournée vers l’émotion, l’instinct, par contraste avec la rationalité européenne.

On peut considérer cette essentialisation comme une forme d’essentialisme indélébile.

C’est tout à fait significatif de son éloignement stratégique du monde judeo-noir.

2. De l’autre côté, on a un courant plutôt incarné par l’historicité.

Celui qui insiste sur la dimension sociale et historique de l’expérience juive noire. Quant à la FJN, elle se situe plutôt dans cette perspective historique, en essayant de ne pas s’engager dans une voie qui pourrait essentialiser le groupe et laisser entendre qu’il existe des Juifs Noirs en vertu de qualités intrinsèques propres à ces personnes.

Pour la FJN, il y a un groupe qui est défini par le regard qui est posé sur lui, un regard lesté de considérations historiques. Dans le monde juif et surtout le monde juif français, on a plutôt affaire à une très grande hétérogénéité d’origines et de cultures.

À converser avec les uns et les autres, la cause juive noire, c’est l’examen des formes politiques par lesquelles on réduirait le poids du racisme, des discriminations et, éventuellement, des formes de solidarité qui regroupent les personnes directement concernées.

Cela n’a pas toujours été facile. C’est une question à certains égards plus complexe, qui doit être intellectualisée.

Il est nécessaire et utile d’être attaché à des causes juives spécifiques, tout en les pensant de manière suffisamment large et globale ; il ne s’agit pas de rester enfermé dans cette question-là.