Alors que je lisais un article d’opinion dans le quotidien Haaretz, polémiquement intitulé : «Israel’s leftists: Exiled in their own country» (Les gauchistes d’Israël : exilés dans leur propre pays), je me suis demandé si les communautés juives de diaspora, dans tout ce qu’elles comptent d’institutions représentatives, ne sont-elles pas devenues d’autres terres d’ostracisme pour la gauche.

Au préalable, j’aimerais démentir l’idée qu’il existe un « vote juif ».

Selon les sondages dont nous abreuvent les journaux et leurs analyses en astérisque, la communauté juive américaine voterait majoritairement démocrate, quoi que la tendance serait au vote républicain ; parti moins timoré que son rival lorsqu’il s’agit d’afficher un soutien indéfectible à l’État d’Israël. 

À croire justement qu’Israël soit devenu l’unique critère du soi-disant « vote juif », associée à une identification religieuse orientée, voulue, par le sondeur pour ethniciser les chiffres. Un sondeur comptabilise-t-il le « vote juif » lorsque l’on vous interroge sur l’énergie éolienne ou la construction d’une autoroute ?

Le vote juif est donc pratique pour les médias, car il ne dit strictement rien des luttes politiques internes aux communautés. Et sur ce point, la gauche est en perdition.

Du moins, elle l’est à Montréal où le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CERJI), qui se dit être « le porte-parole officiel des quelques 400 000 juifs canadiens », a été un soutien incontestable de la politique menée par Benyamin Netanyahou à Gaza, s’octroyant la légitimité communautaire pour marginaliser les voix discordantes au sein même de la communauté. S’il s’agissait de refléter l’opinion israélienne, le CERJI aurait intégrer son pluralisme.

Comment expliquer que la communauté juive montréalaise n’autorise plus un discours critique à l’égard d’Israël ?

À mon humble avis, ce n’est pas tant que le discours de gauche y soit ostracisé, mais bien qu’il ne soit plus entendu faute d’une institution dont la vision d’Israël a l’assentiment des médias et du pouvoir politique. Les premiers s’en accommodent car les seconds aiment à penser qu’une ineptie comme le « vote juif » constitue une clientèle à laquelle il faut faire des clins d’œil sans froisser ledit « vote musulman ».  

Mais lorsque je compare la situation canadienne avec la situation française où le Conseil représentatif des institutions israélites de France (CRIF), lequel demeure mesuré sur la situation israélienne, un autre facteur vient se rajouter : l’abandon de la gauche du débat communautaire. 

En France, certaines associations qui structurent la communauté comme l’Alliance israélite universelle, les Éclaireurs, éclaireuses israélites de France ou l’Hachomer Hatzaïr demeurent réceptive à la pensée progressiste et n’abandonnent pas le CRIF à un sionisme de droite. 

Finalement, la droitisation des instances communautaires est proportionnelle au succès de la droite israélienne dans les esprits. 

À force de ne plus entendre une gauche qui se faisait championne de la paix, qui défendait les premiers idéaux du sionisme, elle a délaissé les juifs de la diaspora.