Derrière cette question incongrue et volontiers provocatrice se cache un enjeu majeur : le destin des Français de confession juive, dont certains sont livrés à eux-mêmes dans des zones de non-droit où l’Etat n’a cessé de reculer depuis trois décennies.

A cela s’ajoute, pour tous, le double péril de l’islamisme radical et du terrorisme. Aussi, dans un tel contexte, il n’est pas tout à fait étonnant de voir certains dans la communauté juive appeler de leurs vœux une victoire de Marine Le Pen le 7 mai, précisément pour les protéger de ces menaces.

Peut-on les blâmer ?

Allons droit au but : Marine Le Pen ne l’emportera sans-doute pas ce dimanche, mais nous la retrouverons, elle ou l’un(e) de ses acolytes, en 2022. Son entreprise de dédiabolisation du parti d’extrême-droite a réussi (ce qui avait provoqué un séisme en 2002 est aujourd’hui banal et attendu), son socle électoral est solide, son espace politique s’est étendu au-delà de son pré-carré traditionnel, et surtout, à moins d’un miracle, le contexte général devrait rester porteur (insécurité, crise identitaire, afflux de migrants, chômage, désindustrialisation, euroscepticisme, etc.).

Dans la communauté juive de France, certains ne s’inquiètent pas de cette perspective, ne cachant pas leur sympathie pour la dirigeante FN. Lors des dernières élections de 2012, Le Pen récoltait déjà 13,5% du vote juif (source Ifop). Nul doute que ce chiffre a encore progressé en 2017.

Comment expliquer ce succès croissant ? Slate et plus récemment i24 News ont eu le mérite de creuser cette question encore relativement tabou.

Il en ressort que, moins qu’une adhésion pleine et entière à la vision frontiste, ce phénomène nouveau résulte surtout d’une vive angoisse face à la poussée islamiste, l’explosion de la délinquance, l’antisémitisme violent des cités et la récurrence d’actions terroristes, tous ces dangers étant parfois connexes, comme l’a montré le cas Merah, petit voyou devenu djihadiste.

On ajoutera aussi qu’une frange de la gauche, mais aussi de la droite, s’est discréditée en refusant de condamner fermement et nommément les tenants de l’islam politique et autres ennemis de la République, laissant une partie de leur électorat désemparé.

Enfin, en lâchant çà et là quelques déclarations de soutien à Israël, et en coupant net, ou presque, avec le positionnement provocateur de son père sur la Shoah, la dirigeante frontiste a su se rendre fréquentable aux yeux de certains électeurs juifs.

Dès lors, la question est la suivante : peut-on accabler celles et ceux qui, parmi nos compatriotes juifs, ont fait le choix de soutenir la candidate FN ?

Accabler, non, car leur peur est légitime et leur détresse réelle. Dissuader, oui, sans aucun doute, car malgré ses nouveaux atours, le parti d’extrême-droite reste une grave menace pour la démocratie et les libertés publiques.

Rappelons-leur aussi que la frange historique du FN reste le terreau d’un antisémitisme virulent, où pullulent révisionnistes et conspirationnistes en tout genre.

Enfin, prévenons-les que le scenario du pire n’est jamais à exclure et que Le Pen, si elle accède au pouvoir, pourrait se voir débordée sur sa droite par l’aile historique du parti, celle qui entretient des relations amicales avec les réseaux Dieudonné-Soral…

Prise en étau entre l’extrême-droite et l’hydre islamiste, la communauté juive de France est dans une situation délicate, d’autant plus que la crédibilité du jeune candidat du centre sur la question sécuritaire – celle qui compte le plus à nos yeux – est loin d’être établie.

Le 7 mai, donc, votons Macron. Mais restons en alerte.