Dire que la tenue de la conférence de Paris pour la paix crée un malaise en Israël serait un euphémisme, surtout parmi les militants de droite et d’extrême-droite qui ont été mobilisés pour manifester contre la France, à l’origine de cette initiative.

Depuis longtemps déjà, tout ce que peut faire ou dire la France est sujet à controverse et cette situation perdure depuis l’avènement au pouvoir du général de Gaulle en 1958 qui a détruit une dizaine d’années d’idylle franco-israélienne.

La révolution pro-arabe imprimée au Quai d’Orsay par son ministre des affaires étrangères, Couve de Murville, imprègne toujours les relations israélo-arabes.

La question d’une telle conférence se pose après la froideur des participants à celle du 3 juin 2016 au cours de laquelle 28 délégations s’étaient réunies pour tenter de porter la paix au Proche-Orient. Les travaux avaient alors dégagé trois grands messages :

1. La solution des deux États est en grave danger. Nous approchons d’un point de non- retour.
2. Il est urgent de recréer la confiance. Israéliens et Palestiniens, seuls eux, pourront faire la paix.
3. La France peut proposer un cadre et des soutiens qui permettront la tenue de négociations directes entre les parties.

L’intention était certes louable car rien n’est superflu quand il s’agit d’instaurer une paix durable. Mais au final, cette conférence arrive à un moment inopportun. D’abord, avec la fin du mandat de Barack Obama qui, dans les dernières semaines, a décidé de régler son contentieux personnel avec Benjamin Netanyahou.

L’adoption de la résolution 2334 contre les constructions dans les implantations a été considérée comme un coup de poignard dans le dos d’Israël. Le positionnement de la France à l’Unesco avait déjà éclairé les Israéliens sur le parti-pris diplomatique de la France.

Ces votes ont prouvé qu’elle s’était engagée, à tort ou à raison, aux côtés de l’une des parties ce qui lui ôtait définitivement toute neutralité et tout rôle d’arbitre dans cette Conférence.

Les Israéliens étaient par ailleurs convaincus que la main d’Obama se profilait derrière la tenue de cette conférence. Ils ne croient pas au hasard. En effet, la présence de John Kerry le 15 janvier donne l’impression que le piège se refermait sur Israël grâce à la majorité automatique qui vote de manière systématique contre Israël à l’ONU.

La mise au point française n’a pas convaincu. Les efforts de la diplomatie française, d’expliquer qu’aucun progrès ne peut être enregistré dans le conflit israélo-palestinien si des éléments extérieurs ne favorisent pas les rencontres, ont été vains.

La France, qui juge que « la solution de paix à deux États est aujourd’hui en péril », donne l’impression de vouloir combler le désengagement des États-Unis du Proche-Orient.

Les diplomates français ont assuré les Israéliens qu’ils n’avaient pas l’intention d’imposer quoi que ce soit ou de voter des résolutions contraignantes. Ils voulaient seulement adresser un message fort aux Israéliens, aux Palestiniens et même à la nouvelle administration américaine pour rappeler les conditions d’une paix fondée sur « deux États pour deux peuples ».

Il s’agissait d’une discussion et d’une prise de conscience et non d’un tribunal statuant contre un seul coupable.

Les deux parties ont été invitées à participer à la Conférence mais les Israéliens ont rejeté l’invitation, certains disent par principe. Mais les absents ont toujours tort alors qu’Israël pouvait observer, écouter avant de repousser d’un revers de main le dialogue.

François Hollande, qui tenait à la réussite de sa conférence, avait proposé à Netanyahou de le recevoir officiellement à l’Élysée la veille pour lui transmettre les assurances qu’Israël ne subirait aucune condamnation.

Mahmoud Abbas a bien sûr accepté car sa position internationale ne finit pas de se dégrader alors qu’il s’accroche au pouvoir et qu’il refuse d’imposer la démocratie aux Palestiniens.

Même si aucune condamnation ne venait s’ajouter à la longue liste, Israël sera malgré tout montré du doigt pour son intransigeance et pour son refus du dialogue.

Il confortera sa situation d’isolement qui dure depuis plusieurs années alors que pour Netanyahou, « les prochains pourparlers de paix à Paris sont une chose du passé ». Cette fin de non-recevoir israélienne risque de pousser les pays occidentaux à plus d’activisme.

Les Israéliens prônent un dialogue direct avec les Palestiniens mais la communauté internationale a décidé de s’attribuer un rôle plus important dans la résolution de ce conflit.

La condamnation symbolique des constructions dans les implantations pourrait se transformer en décisions dramatiques pour Israël.

Mais Benjamin Netanyahou, empêtré dans des accusations internes de plus en plus circonstanciées, n’a plus les mains libres.

Les nationalistes de droite sont très puissants au sein de son gouvernement puisqu’ils détiennent l’avenir de la coalition gouvernementale ; ils exigent de plus en plus de gestes concrets en faveur des implantations de Cisjordanie.

Leur intention est claire, il faut réduire ce qui pourrait être attribué à un éventuel État croupion en augmentant l’espace réservé aux implantations, 23 % entre 2009 et 2014.

La main subliminale d’Obama sera présente à cette conférence puisque, paradoxalement, le plan du secrétaire d’État John Kerry, dévoilé fin décembre 2016, servira de base aux discussions. Les États-Unis de Barack Obama, eux-aussi, se sont disqualifiés depuis le jour où ils n’ont pas fait jouer leur droit de veto.

Kerry se défend d’être anti-israélien mais pour lui il est indispensable « d’établir des frontières sûres et reconnues par la communauté internationale, entre Israël et une Palestine viable et d’un seul tenant, en négociant à partir du tracé de 1967 avec des échanges de territoires équivalents acceptés par chacun. Ces frontières seraient celles de deux États, avec deux peuples, l’un juif, l’autre arabe, avec une reconnaissance mutuelle et une équité des droits pour la totalité de leurs ressortissants respectifs. »

Mais ce principe est bien sûr rejeté par les nationalistes israéliens qui s’appuient sur l’évacuation de Gaza en 2005 pour prouver que toute région donnée aux Palestiniens tomberait automatiquement entre des mains islamistes.

Ils refusent d’accepter un État terroriste à leur frontière. Il n’est pas question pour eux de valider l’évacuation des 600 000 habitants des implantations.

Ils pensent que cette conférence est la dernière tentative pour masquer l’échec de l’incursion d’Obama dans la paix au Moyen-Orient dans la défaite. L’intransigeance israélienne s’explique par l’espoir d’un changement de politique attendu de l’administration Trump.

La présence du secrétaire d’État John Kerry à la Conférence n’aura donc aucune chance de produire des progrès tangibles.

En fait la France et les États-Unis veulent transmettre aux deux nouveaux pouvoirs qui se profilent en 2017 une mise en garde, sur le risque qu’ils prendraient à laisser perdurer une situation explosive.

Barack Obama et François Hollande ont voulu signifier par cette conférence qu’il était urgent de faire avancer une solution à deux États plutôt que de prendre des décisions comme le déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, certes symbolique, mais pouvant conduire à mettre le feu à la région.

On donne l’intention à Kerry de signer le document de clôture de la conférence avec un avertissement spécifique à Trump contre sa nouvelle politique qui risque de déclencher une nouvelle conflagration. C’est aussi la volonté de François Hollande de mettre sa signature au bas de ce document pour prendre date dans l’Histoire.

Les nationalistes israéliens sont optimistes ; d’ailleurs ils vont pavoiser en se rendant en masse à l’investiture présidentielle de Trump. Il n’est pas question pour eux, comme l’a fait le ministre de la défense Avigdor Lieberman, de renoncer au Grand Israël.

La droite religieuse et nationaliste compte sur Donald Trump pour fermer les yeux sur l’annexion de la Cisjordanie jusqu’au Jourdain. La conférence avait pour but de mettre le doigt sur l’erreur stratégique américaine de cautionner un tel projet.

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