Bien sûr les sondages n’expriment que la tendance du jour mais quand ils traduisent une évolution positive, alors on voudrait bien en accepter l’augure. Le dernier sondage en Israël montre une remontée inespérée des Travaillistes depuis l’arrivée d’Avi Gabbay comme leader du parti.

En deux jours, les Travaillistes se refont une santé en obtenant 20 sièges de députés contre 24 pour le Likoud. On leur en donnait à peine 8 quelques jours auparavant. Certes, Netanyahou conforte sa position de leader incontesté mais la désignation de Gabbay est encore trop récente pour influer plus fortement dans les sondages.

Yesh Atid du centriste Yaïr Lapid se positionne immédiatement après avec 18 mandats. Les autres partis seraient à la traîne ; le parti Bayit Hayehudi, sionistes religieux de Naftali Bennett, est crédité de 13 mandats tandis que le parti Koulanou de Moshe Kahlon chuterait à 8 députés.

Les observateurs voient Macron et Gabbay dans une même trajectoire politique. Ils sont jeunes, 40 ans pour Macron et 50 pour Gabbay. Ils étaient inconnus en politique trois ans auparavant et ils ont acquis leurs lettres de noblesse dans la vie civile en exerçant une activité professionnelle de haut niveau.

Ils ont tous deux bousculé les dirigeants historiques pour parvenir au sommet. En revanche, Macron s’est écarté des partis politiques existants pour créer son mouvement tandis que Gabbay reprend les ruines d’un parti qui a connu ses heures de gloire.

Les Travaillistes irréductibles risquent de lui savonner la planche et il devra faire du neuf avec beaucoup de vieux militants sachant que 48% des militants ont choisi son concurrent.

Avi Gabbay ne s’est pas encore installé dans le paysage politique mais il incarne déjà une autre gauche et une autre vision d’Israël. Une gauche moins sectaire, moins idéologique et plus pragmatique. C’est une preuve que la lassitude gagne du terrain en Israël. Plusieurs raisons à cela.

D’abord les affaires qui touchent l’entourage de Benjamin Netanyahou. Ensuite et surtout, la situation de plus en plus difficile des classes défavorisées et des classes moyennes qui ont du mal à joindre les deux bouts à la suite de l’augmentation du coût de la vie et des prix immobiliers qui laissent sur le carreau de nombreux jeunes.

Certes le chômage est incompressible à 4,5%, grâce au recours aux emplois intérimaires, ce qui donne une image déformée de l’économie israélienne.

Hormis les inconditionnels du Likoud qui vouent un soutien mystique à Benjamin Netanyahou, les militants s’inquiètent de voir les mailles du filet se resserrer autour de la «bande» du premier ministre. Un général de réserve, ayant occupé un poste de haut niveau dans la marine, est inquiété dans l’enquête 3.000 de corruption et de blanchiment d’argent liée à l’approvisionnement en sous-marins et en navires de patrouille auprès du conglomérat allemand ThyssenKrupp.

Selon les enquêteurs de la police : «Nous avons découvert une situation très préoccupante en ce qui concerne les contrats d’approvisionnement sécuritaires en Israël pour un montant de plusieurs milliards.

Les résultats de l’enquête soulèvent une véritable suspicion d’infractions éthiques, de violation de la confiance, de corruption, de blanchiment d’argent et d’infractions fiscales». La police a arrêté six autres suspects.

Le tribunal a étendu la détention provisoire de trois suspects principaux : Miki Ganor, proche associé de Benjamin Netanyahu et représentant de ThyssenKrupp en Israël ; Avriel Bar-Yossef, qui a été conseiller de la sécurité nationale intérimaire ; enfin l’avocat Ronen Shemer, qui travaille dans le bureau de Ganor.

En outre, la police a gelé le compte bancaire de l’ancien commandant de la marine, le vice-amiral Eli Marom, soupçonné d’avoir eu des relations économiques avec ThyssenKrupp en Israël. Un avocat ayant des liens étroits avec le Premier Ministre a été temporairement arrêté puis mis en résidence surveillée.

On sait que l’ancien ministre de la défense Moshe Yaalon était opposé à l’acquisition de sous-marins et de patrouilleurs de ThyssenKrupp, et il aurait été évincé pour sa fermeté. Les deux transactions portaient sur un investissement de 10 milliards de shekels soit 2,8 milliards de dollars. Netanyahou a imposé la transaction.

L’avocat David Shimron, très proche du premier ministre, a représenté l’homme d’affaires israélien Miki Ganor dans les affaires avec ThyssenKrupp, et a participé en personne aux négociations.

Le procureur de l’État, Shai Nitzan, avait lancé en février 2017 une enquête criminelle sur l’affaire, tout en précisant que Netanyahou lui-même n’était pas suspect. Les enquêteurs avaient découvert le transfert de millions de shekels de ThyssenKrupp à Ganor et à l’avocat ayant des liens étroits avec Netanyahou. La police soupçonne l’existence de pots-de-vin.

Pour l’ancien ambassadeur d’Israël Arie Avidor : «La plongée dans les eaux noires de la corruption d’État au plus haut niveau : On se souvient que c’est parce qu’il s’opposait à ce contrat d’achat de bâtiments de guerre (pas seulement des sous-marins) que l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon a été congédié par Netanyahou en mai 2016 et remplacé par Avigdor Lieberman.

L’étau a beau se resserrer autour de lui dans cette enquête, comme dans les deux autres enquêtes pénales dont il fait l’objet en parallèle, Netanyahou compte néanmoins sur sa « garde rapprochée » en matière judiciaire, en tout premier lieu sur le procureur général Avichai Mandelblit, qu’il a lui-même nommé et qui fait tout, semble-t-il, pour ralentir les procédures, afin de sortir indemne de cette affaire».

Avi Gabbay arrive à point nommé dans une période trouble où des sommes énormes ont disparu du budget de l’État alors que le gouvernement hésite à améliorer le sort d’une population matraquée fiscalement. Par ailleurs, on ignore toujours la destination des revenus du gaz qui auraient dû réduire la pauvreté.

C’est dire le travail d’opposant qui attend Gabbay. Il doit cependant faire face à un handicap sérieux puisqu’il n’est pas membre de la Knesset. Il ne pourra pas s’exprimer face aux députés, ni interpeller le gouvernement. Malgré cela, les militants travaillistes ont vite fait le parallèle avec Macron dont ils ont scandé le nom au cours de la fête de la victoire du nouveau président du parti.

Avi Gabbay aura la rude tâche de réorganiser l’opposition de gauche mais il a l’avantage d’être rompu aux négociations, déterminé et efficace, compte tenu de ses activités précédentes. Il a l’expérience de promesses non tenues au parti Koulanou de Moshé Kahlon qu’il a d’ailleurs quitté par suite de divergences politiques.

Il comble les lacunes de son prédécesseur qui était critiqué pour sa voix nasillarde et son manque d’éloquence. Il symbolise l’espoir d’une classe sociale abandonnée aux tenants de la politique super-libérale appliquée depuis plusieurs années par le pouvoir.

N’étant pas député, Macron ne l’était pas lui-aussi, il ne bénéficiera pas du statut de chef de l’opposition que garde Yitzhak Herzog. Il s’agit d’un statut officiel dans le protocole israélien qui permet de rencontrer les dirigeants étrangers et d’être présent aux manifestations officielles.

Certains pensent qu’il évitera ainsi les magouilles parlementaires et qu’il concentrera ses efforts à restaurer l’image de marque d’un parti atone qui n’a plus exercé de pouvoir pendant seize ans. Il laissera à ses proches le soin de porter haut sa voix à la Knesset.

Macron non plus n’avait pas de tribune parlementaire et cela ne l’a pas empêché d’atteindre le sommet malgré les embûches sur son parcours. Le président français a connu cela et il s’en est bien sorti mais il n’avait pas 48% des militants de son parti en position de jouer le rôle de «frondeurs».

La conclusion revient à l’ancien ambassadeur d’Israël Arie Avidor : «Fasse que l’élection du nouveau secrétaire du Parti travailliste accélère la chute du présent gouvernement, gangrené qu’il est par l’extrémisme et la corruption, en vue de l’avènement au pouvoir d’une nouvelle coalition de centre-gauche, une coalition d’hommes et de femmes intègres voués sincèrement au bien public, à la démocratie, au renforcement de l’État de droit ainsi qu’à la promotion de la paix dans notre région».

Il est certain qu’Avi Gabbay entame à présent son combat pour écarter Benjamin Netanyahou et le remplacer à la tête du pays. Un rêve à la Macron. Sa devise : le gouvernement « doit prendre soin de Dimona et pas seulement d’Amona », symboles des classes défavorisées et des implantations sauvages; c’est-à-dire en fait, il veut privilégier Israël plutôt que les territoires.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/07/les-israeliens-revent-leur-macron.html