Notre petite équipée prend la route au petit matin et quitte la ville de Guatemala en direction de San Juan la Laguna, au bord du lac volcanique d’Atitlàn. Je suis arrivé la veille de Montréal, à l’invitation de la petite, mais dynamique communauté juive du pays qui s’inquiète de l’arrivée, en mars dernier, de la secte controversée Lev Tahor, dirigée par le « rabbin » autoproclamé Shlomo Helbrans.

Pendant 3 heures nous serpentons les cols de montagnes ensoleillés et traversés de bandes de nuages sur la route sinueuse et parsemée de petits villages où une multitude de Guatémaltèques, tous vêtus, des plus jeunes aux plus vieux, de leurs flamboyantes tenues mayas, s’affairent entre des commerces dont un sur deux semble porter un nom hébraïque.

L’étoile de David décore de nombreuses façades, comme celle de cette humble tortilleria nommée Jérusalem, qui évoque ostensiblement, avec ses bandes horizontales bleues, le drapeau d’Israël.

DSC_2011Des membres de la secte Lev Tahor au Guatemala (Photo: David Ouellette)

Le soleil, l’éclat des tenues et les montagnes vertes et ondulantes ont tôt fait de me faire oublier la capitale menaçante de ce pays à l’histoire violente et tragique, rongé par l’un des taux d’homicides les plus élevés au monde.

Seuls les cratères des volcans qui nous entourent et auxquels semblent s’accrocher de grands nuages blancs me rappellent que ces paysages idylliques cachent une sourde et omniprésente menace, la même qui pousse tant de Guatémaltèques à confier leurs enfants à des passeurs dans l’espoir qu’ils pourront entrer aux Etats-Unis et échapper aux Maras Salvatruchas, ces gangs ultraviolents à la solde des cartels de drogue qui gangrènent le tissu social guatémaltèque.

Arrivés à Panajachel, nous prenons une barque de pêcheur pour traverser le lac jusqu’à San Juan la Laguna, où je verrai déambuler parmi les descendants des Mayas los hombres de negro.

Malgré l’insécurité qui règne dans ce pays centroaméricain, les Juifs guatémaltèques y sont profondément enracinés et entretiennent des liens harmonieux avec leurs concitoyens.Après Israël, le Guatemala est sans doute le pays où l’on trouve le plus de drapeaux israéliens. Ils adornent souvent l’entrée des temples évangéliques (on en recense 11 000) et il n’est pas rare d’en voir flotter dans les jardins des chaumières de la capitale. La capitale compte même sa Place de l’État d’Israël au centre de laquelle trône une immense Étoile de David dorée.

Depuis  quarante ans, le Guatemala vit un processus de conversion massif aux diverses dénominations évangéliques. Tant et si bien que 50% des Guatémaltèques ne professent plus le catholicisme. Il serait toutefois erroné de croire que la profonde sympathie des Guatémaltèques à l’endroit des Juifs et d’Israël se réduit à la théologie évangélique.

Moises, un des leaders de la communauté juive dont les parents ont immigré au Guatemala dans les années 20 en provenance de la Syrie et de l’Égypte, se rappelle que même majoritairement catholiques, les Guatémaltèques s’identifiaient au peuple juif et à son État.

Lors de mes conversations avec des Guatémaltèques rencontrés au fil du hasard dans les rues de la capitale et dans l’arrière-pays, j’ai été surpris de constater à quel point ils s’enorgueillissent du rôle clé de leur pays au sein du Comité spécial de l’ONU sur la Palestine qui recommanda en 1947 la partition du mandat britannique en un pays juif et un pays arabe. Autre point d’honneur des Guatémaltèques, leur pays fut l’un des premiers à reconnaître l’État naissant d’Israël. En 2009, le parlement guatémaltèque a remis sa plus haute distinction à l’État d’Israël pour ses contributions au développement de l’éducation et de l’agriculture du pays, ainsi qu’en matière de sécurité nationale.

Après une traversée de 20 minutes à l’ombre des volcans qui bordent le lac, notre barque accoste au quai de San Juan la Laguna. Des hommes amarrent l’embarcation tout en bavardant en Tz’utujil, une des 23 langues mayas parlées au Guatemala. C’est dans ce minuscule village à flanc de montagne peuplé de descendants des Mayas que la secte Lev Tahor a élu domicile après avoir fui le Canada où une enquête de la Direction de la protection de la jeunesse du Québec a révélé des cas troublants de négligence et d’abus infantiles. Au cours des prochaines heures, je chercherai à comprendre l’impact de l’arrivée des hombres de negro, comme les appellent les villageois.

A suivre…