Étant humaniste, j’ai souhaité participé à la vie communautaire d’une association juive française. La FJN ou la Fédération des Juifs Noirs. Cependant, cette association étant entrée au Crif, voilà 4 ans cette année, j’ai finalement compris qu’elle s’était littéralement fourvoyée. Au départ, j’ai cru dans l’humanisme de son président, Guershon Nduwa dans l’implication de sa coordinatrice, Christine Yaltonsky qui se fait appeler Angélique Dahan, j’ai cru aussi dans leurs statuts et dans leurs manières de fonctionner qui finalement s’est terminées de façon très stratégiques.

« Mais je ne savais pas que j’allais retomber de mon petit nuage. »

J’y ai vu des choses choquantes : les querelles d’ego, les guerres de pouvoir et de politiques, les hommes déshumanisés pour atteindre leurs objectifs. Je me taisais, mais les questions s’entrechoquaient dans mon esprit : les rendez-vous arrangés, les sourires de façade, les calculs, les complots, les intérêts politiques et journalistiques, les photos au sourire éclatant qui s’assombrissait aussi tôt.

J’ai fini par comprendre que ce n’était pas cela « être humaniste », non cela c’était faire de la politique, qui plus est de la mauvaise politique et manipuler l’opinion publique. J’ai vu les enjeux et le jeu de « La Cour », afin de plaire au Crif et au consistoire.

La communauté juive est ainsi prise en otage entre les intérêts des uns et des autres, sans que quiconque ne regarde au-dessus de son épaule.

En collaborant avec cette association, j’ai vu aussi et j’ai surtout compris, que tout le monde le sait mais que personne n’en parle ou très peu. Tandis que ceux qui cherchent à briser la loi du silence sont mis à l’écart sans ménagement. Finalement les jeux politiques ont affaibli la communauté juive de France.

Ce qui se passe en France est grave, les dignitaires se sont éloignés de la communauté juive, les associations ne représentent que leurs propres intérêts. Les jeux politiques ont kidnappé l’idéologie au point ou certains représentants créent des tensions inter-communautaires pour mieux régner. 

Pourquoi sommes-nous arrivés à cinq rassemblements pour Ilan Halimi? Il n’était pas possible d’organiser un grand rassemblement unique et unitaire?! Pourtant, il n’y eu pas plus de deux mille manifestants dans les rues de Paris et sa banlieue, en tout et pour tout, en une semaine. C’est peu, c’est même très peu. Chacune des associations devenait le concurrent de l’association d’à côté et personne ne se fit de cadeau, tous les coups étaient permis.

Pourtant, Ilan Halimi a été le 11 septembre de l’antisémitisme en France. Le divorce entre la France et les juifs avaient démarré avec la tragédie d’Ilan, il fallait à tout prix fédérer autour de lui, juifs et non-juifs, de toutes obédiences, et même si les sensibilités étaient disparates – Hollande avait invité à manifester tous les partis politiques lors de la marche républicaine de Janvier 2015, il fallait faire front commun contre l’attentat de Charlie Hebdo – Au nom de quoi, les associations juives n’arrivaient-elles pas à s’unir contre l’antisémitisme?

« Sans le savoir, je devins à mon tour un pion parmi tant d’autres : ni une humaniste, ni une militante associative, mais un pion dans l’échiquier qui servirait les intérêts, soit de l’un, soit de l’autre. »

A présent je ne le peux plus, il se passe des choses dont beaucoup d’officiels sont au courant mais préfèrent détourner le regard, cela obligerait l’action et le questionnement, c’est la loi du silence qui prévaut, l’omerta est présente, même la presse juive est atteinte par ce fléau. Il y a déni, refus de dénoncer les injustices flagrantes que la communauté juive subit. « Qui tirera la sonnette d’alarme? »

Elles éloignent des milliers de juifs et rendent la communauté sectaire et inhumaine, avec des codes qui ne répondent plus à personne mais auxquels il faut s’astreindre pour être acceptés.

Au sein de l’association à laquelle j’ai apporté soutien en co-organisant l’un des rassemblements d’Ilan Halimi, j’ai été finalement démise de mes fonctions associatives pour des questions de rivalités et de jalousies. Et je reçus comme toute explication  « on ne veut plus te voir » de la part de coordinatrice Christine Yaltonsky qui se fait appeler Angélique Dahan pour des raisons pas très claires.

Et de la part de Guershon Nduwa sur sa page et son profil : « En tant que Président de la FJN, je dois de m’excuser avant Shabbat auprès de vous tous si les comportements de certains anciens membres vous ont heurté.
Toutes les mesures seront prises pour que ce genre d’attitude soit définitivement banni de la FJN. J’en suis vraiment navré. »

Bloquée, sans explication, sans même un message, ni un appel pour m’informer de la situation. Je lui faisais de l’ombre. Alors il fallait me bannir selon ses propres termes.

Mettre en lumière un certain comportement, c’est aussi une manière de repousser ces schémas politiques qui déshumanisent l’homme pour en faire un robot. Si je parle à présent de cette expérience qui m’a permise de constater tous ces débordements – car l’essentiel n’est pas mon histoire personnelle mais en quoi elle reflète un dysfonctionnement général – Je souhaite mettre en évidence que cela change car les conséquences sont désastreuses : d’abord dans le rapport des politiques juives qui sectorisent la communauté en futurs électeurs, alors que l’antisémitisme n’a jamais été aussi visible et l’Alyah française dans l’esprit de tous, les dirigeants font l’autruche sur les problèmes de fond.

Alors que la communauté a besoin de se recentrer sur des valeurs communes et fondamentales, créer du lien social, de l’union et de la solidarité par des rencontres intercommunautaires. Il s’agit d’apporter de l’échange entre courants religieux, amener du partage dans une population juive désabusée qui s’éloigne petit à petit, dé-diaboliser les Libéraux avec Madame le rabbin Delphine Horvilleur, comprendre l’Orthodoxie « Moderne » avec Liliane Vana et la lecture de la Torah et la Méguila par les femmes, approcher les Massorti par leur judaïsme égalitaire, s’approcher des Habad qui soutiennent la communauté, ou assister à des cours de la Relev, du Centre Edmond Fleg ou la méditation juive avec Mira Neshama et encore Limoud France qui apportent un souffle nouveau pour des jeunes juifs curieux d’apprentissage.

Parlons aussi de l’association Jewsalsa qui, lors de rencontres culturelles, a réécrit l’amour du prochain et du réseau J-Links premier réseau social juif. Et Jean Corcos libèrent de l’enfermement communautaire.

Il y a aussi l’innovant rabbin Sarfaty avec l’association de l’Amitié Judéo Musulmane AJMFL qui chante avec un rappeur noir contre l’antisémitisme. Le judaïsme français est une palette de nombreuses couleurs dont les Institutions Juives n’ont pas encore saisis toutes les nuances. Il y a assez d’idées et d’espoir pour créer un grand « Peuple Pluriel » à condition de s’éloigner de cet ostracisme primaire et dangereux dont le Crif et le consistoire utilisent parfois pour asphyxier la communauté.

« Malgré tout, nous pouvons changer les choses et tout tenter pour faire évoluer les mentalités, c’est peut-être par-là que le travail doit démarrer. Les juifs de France ont pris l’habitude de vivre conditionnés au silence. »

Pourtant, il existe des minorités hurlantes : les problèmes des femmes agounot dont les rabbins ne se soucient pas assez, les personnes en conversion qui attendent des années, souvent peu ou mal considérées par la communauté juive et le consistoire. En outre, la discrimination communautaire existe bel et bien par un manque d’éducation et de tolérance de l’autre, l’argent du guet et des conversions, les droits des femmes juives qui déclinent en comparaison aux autres Pays européens, le manque de transparence dans les élections communautaires… Les problèmes sont importants en France.

« Le regard sur l’autre doit évoluer! »

Des nouveaux acteurs s’impliquent mais s’essouffleront-ils par les enjeux et les jeux de pouvoir qui gangrènent la communauté juive française?