Le débat sur la déchéance de nationalité est d’une certaine façon la version socialiste du débat sur l’identité nationale qu’avait initié en son temps Sarkozy. Sauf qu’il ne l’ouvre que par ricochet.

La loi est en effet motivée par un ensemble de circonstances nouvelles, à savoir des actes terroristes commis – et pouvant à l’avenir être commis – par des citoyens français. L’enjeu de la double nationalité statue implicitement sur le fond que ces terroristes sont, quoique français, d’origine étrangère et donc en recul de la nation, ce qui ouvre la possibilité de les extrader dans leurs pays d’origine en cas de ce qu’il faut bien appeler une « trahison » de la nation, une expression jamais formulée dans le débat politique et qui laisse entendre que ces citoyens défaillants et déloyaux constituent un secteur, un peuple à part dans la nation.

Remarquons au passage que cette conclusion n’a jamais effleuré le débat public quand on a crû que seuls les Juifs étaient la cible de ces terroristes. Bien au contraire, pour éviter de se confronter à ce problème national, les Juifs, à titre de « communauté », se sont vu de facto assimilés à une telle catégorie de population. En somme, l’idéologie dominante les avait sortis de la nation pour éviter de se confronter au dilemme qui aujourd’hui devient objectif.

Inutile de dire que la population d’origine immigrée, et donc « bi-nationale », ne fut pas comptée également dans la nation. Cette doctrine est toute rassemblée dans la formule du pouvoir durant les années 2000, de « conflits inter-communautaires » qui servit à désigner, en le déniant, le nouvel antisémitisme, c’est-à-dire le fait qu’une partie spécifique et identifiable de la population avait pris pour cible une partie de ses concitoyens. Cet antisémitisme constituait déjà une attaque de la nation et de la communauté des citoyens.

On a besoin d’une telle traduction du débat pour sortir de l’enfumage propre au discours officiel français depuis 20 ans. Car le temps sera de moins en moins aux préciosités du « politiquement correct ». Ce que nous dit le débat public et le projet de loi gouvernemental, sans le proférer, c’est qu’il est possible qu’il y ait dans la République des secteurs de la population qui en sont les ennemis dangereux, capables de passer à l’acte. Inscrire cette loi dans la constitution, revient à dire qu’il y a la potentialité d’un ennemi de l’intérieur permanent. Du coup, le « nous sommes en guerre », martelé par le pouvoir, s’avère être  » en contrebande » l’aveu d’une guerre civile potentielle. Ce que confirme l’armée dans les rues.

Mais c’est pourtant ce que toute la politique et le discours du pouvoir socialiste démentent. Or si tel est le message subliminal du débat, il n’est qu’une nouvelle démission du politiquement correct face à la définition exacte du danger, de son enjeu national, identitaire, civilisationnel. Le projet de loi ne fait que le désigner en lui tournant le dos, alors que c’est la condition sine qua non, pour assurer la paix du désormais « front intérieur ».

L’unité nationale ne relève pas uniquement du juridique, mais aussi du domaine des valeurs, des idées et du sentiment. La communauté des citoyens a besoin pour être défendue et affirmée du soutien d’une nation, d’une identité nationale clarifiée et affirmée. Et c’est là la véritable arène de tous les problèmes contemporains qui suppose la nécessité d’une procédure visant à l’intégration de l’islam dans la communauté nationale, une intégration qui n’est possible qu’au prix de sa réforme, ce à quoi les autres religions furent obligées du temps de Napoléon. Ce qui implique aussi la résurgence de la souveraineté nationale. C’est bien ce qu’illustre le déclin annoncé de l’unification européenne.

*Chronique sur Radio J le vendredi 26 février 2016