Hier soir tard, j’ai écrit un post sur ​​Facebook après un beau concert de l’incroyable pianiste Liz Magnes à son domicile à Jaffa. L’objectif était d’amasser des fonds pour les enfants de Gaza.

Ce matin, à huit heures mon ami Michel m’a appelé et m’a invité à le retirer car cela, dans ses propres mots, avait offensé beaucoup de gens, et pourrait soulever une nouvelle vague de haine contre moi.

Il a affirmé qu’il y avait ceux qui estimaient qu’il était erroné de soutenir les enfants de Gaza, sans en même temps soutenir les enfants de Sderot ou d’autres villes en Israël qui avaient été touchés par la guerre, et que j’étais « folle » de réveiller le dragon. Il était inquiet pour moi.

Lorsque Michel m’a appelée, je lisais un livre avec ma fille dans son lit, en profitant du doux soleil du matin et en savourant mes dernières heures avec elle avant de la quitter pour deux semaines de concerts en Italie.

Un moment difficile et plein d’émotion pour moi. J’étais beaucoup trop préoccupée et épuisée (j’avais fait mes bagages jusqu’à deux heures du matin) pour discuter avec lui.

Je savais qu’il voulait bien faire (Michel est un véritable ami) ; j’ai donc retiré le post, mais je me sentais très mal à propos de cela. Et ce sentiment de malaise m’a rongé toute la journée. Mon âme et ma conscience ne me permettaient pas de simplement de laisser les choses en état.

Ce sentiment m’a conduit à écrire les lignes suivantes.

Au cours des 25 années de ma carrière, j’ai fait du bénévolat à l’infini pour tous les enfants, et pour les enfants d’Israël, plus que tout. J’ai chanté pour des associations de cancéreux, des hôpitaux, des maisons spéciales pour les femmes battues et leurs enfants, pour les enfants aveugles, les sourds, les jeunes handicapés mentaux. J’ai aidé à amasser de l’argent. J’ai fait des visites, réalisé des ateliers, pris des photos, serré des mains, étreint, embrassé etc. Et j’ai chanté pour les soldats, chanté dans des abris, chanté pour les parents endeuillés, et ​​la liste est longue.

Croyez-moi, je n’exagère pas. Je pratique ce que je prêche… « Aime ton prochain comme toi-même. » Je n’en fais pas étalage ni ne m’en vante (et ça me gêne de le faire maintenant). Je ne documente pas mes actions de manière obsessive ; j’essaie de faire tout simplement le travail.

Quand Liz Magnes m’a écrit pour dire et dit qu’elle organisait ce concert privé chez elle, j’ai été ravie. J’ai longtemps voulu entendre Liz jouer en live (elle est incroyaaable !), et j’ai pensé, c’est merveilleux d’être en mesure d’aider les enfants pendant que j’y suis, même si cette aide est modeste et symbolique.

Si j’avais été approchée par Liz ou par n’importe qui d’ailleurs, afin de faire de même pour les enfants de Sderot, j’aurais agi exactement de la même façon. Mais ce n’est pas cette possibilité qui s’est présentée la semaine dernière. Alors, qu’aurait-il fallu faire ? Refuser de venir à un petit concert de Liz parce qu’il n’y avait pas de «symétrie» pour donner une légitimité à cette cause ? Ou bien y assister, mais le garder pour moi, parce que cela pourrait offenser quelqu’un ?

Toute ma carrière a aussi vu une longue série d’événements où l’on m’a pris à partie, pour avoir chanté pour le Pape, chanté pour la paix, chanté avec des Arabes… et chanté tout simplement en général (si vous êtes un homme ultra-orthodoxe). Est-ce une raison de se taire ??

Je suis abasourdie de tout cela.

Je me demande pourquoi il est si difficile pour certaines personnes ici en Israël de soutenir un simple acte de charité et de compassion envers les enfants – les enfants de nos voisins – qui souffrent. Si, par exemple, je devais recueillir des fonds pour des enfants en Afrique, serait-on d’accord ? Ou pour les orphelins en Russie ou pour les nouveaux-nés à Naples ? (J’ai recueilli de l’argent et fait du bénévolat pour tous les trois… comme ambassadrice de bonne volonté de la FAO [l’organisation des Nations-Unies pour la faim et l’agriculture], en tant qu’ambassadrice spéciale d’Amnesty International, Chevalier de la République Italienne etc). J’imagine que personne ne trouve cela offensant, bien au contraire.

Mais les enfants de Gaza ?? « Honte à vous », me dit-on, « ce sont nos ennemis ! Comment osez-vous faire preuve de compassion à leur égard ! Pensez-vous qu’ils feraient preuve de compassion envers vous ? Ils vous trancheraient la gorge! Vous êtes folle ! Restez avec les vôtres ! Détractrice d’Israël !! Et de toute façon, l’argent va au Hamas qui construit des tunnels pour tuer vos enfants » (certains ajoutent : « J’espère que le Hamas vous tuera vous et vos enfants, vous l’amoureuse des Arabes » ; ils sont adorables.)

Je me sens vraiment désolée pour les gens qui pensent de cette façon. Je comprends leurs cœurs et leurs esprits paralysés par la peur (pour certains c’est justifié), entachés de parti-pris et de cynisme, et la myopie de leur vision. De plus, je suppose qu’ils pensent qu’aider les enfants de Gaza signifie admettre d’une certaine façon que nous sommes responsables de leur destin malade.

Voici donc une analyse étape par étape de la situation telle que je la vois, et une explication de la raison pour laquelle je choisis de ne pas supprimer les enfants de Gaza de mon bénévolat et de ma liste de collecte de fonds :

1. Les gens de Gaza sont traités dans des hôpitaux israéliens chaque jour. Pourquoi ? Parce que nous pouvons le faire. Parce que nous avons le savoir-faire, l’infrastructure, le personnel. Parce que, malgré ce que les gouvernements pensent et font, les gens font preuve d’humanité! Et j’en suis fière. J’ai entendu dire que la femme d’Abou Mazen a été traité dans un hôpital israélien il n’y a pas longtemps ! Je suis fière de ces hôpitaux, de ces médecins (comme mon mari !), des infirmières, qui aident à sauver des vies pour le bien de l’humanité. Je ne pense pas qu’ils se disent : « Humm, et bien, je n’ai pas aidé aujourd’hui de Juif israélien, je ne peux pas aider Gaza non plus. Désolé. » Ce serait ridicule. Et les hôpitaux ne sont que le début !

Il existe une longue liste d’initiatives israéliennes pour aider à reconstruire la bande de Gaza ! De l’aide humanitaire à l’apport de technologie, etc. Je demande à tous mes détracteurs : pourquoi n’êtes-vous pas fiers de cela ? Vous devriez l’être ! Il en est de même pour la collecte de fonds pour les enfants de Gaza ! Je suis fière de faire partie d’une société qui peut faire quelque chose comme ça !

2. Les 500 enfants qui ont été tués au cours de la guerre de Gaza, et les 3 000 qui ont été blessés étaient plus susceptibles de ne pas être des terroristes armés ni des tueurs en série. Ils ont été pris dans les feux croisés, comme n’importe quel d’entre nous aurait pu l’être. Ils ne sont pas l’ennemi. L’ennemi, comme je l’ai dit à plusieurs reprises auparavant, c’est toute personne qui choisit la mort par-dessus la vie, celui qui est empoisonné par l’extrémisme et le fanatisme, c’est toute personne incapable de parler une autre langue que celle de la violence, tant verbale que physique, et cela vaut pour les Arabes, les Juifs ou qui que ce soit.

Un enfant est un enfant ; j’en ai moi-même trois et me sens profondément proche de chacun d’entre eux. Chaque enfant est né avec un cœur pur ; la haine n’est pas naturelle à l’espèce humaine. J’ai toujours, j’essaierai toujours de faire tout mon possible pour assurer un avenir meilleur pour TOUS les enfants, quelle que soit leur origine.

3. Reconnaître la douleur d’un autre n’élimine pas votre propre douleur. Reconnaître la tragédie de l’autre n’efface ni ne diminue votre propre tragédie. Reconnaître la lutte des Palestiniens pour l’indépendance et leur droit à l’auto-détermination sur leur propre territoire n’annule pas votre propre droit à tout cela. Et admettre que des actions soient blâmables quant aux pertes humaines ne signifie pas non plus que l’autre côté ne partage pas cette responsabilité. Se faire justice, se tenir sur la défensive, sans le courage de tendre la main, ne nous mèneront nulle part.

4. Oui, il est vrai que pour le moment, aucune organisation palestinienne ne vient en aide aux enfants de Sderot. D’autre part, si un Etat palestinien existait, si nous étions deux entités égales enchevêtrées dans la bataille, je suis sûre que les citoyens de l’autre côté se sentiraient en confiance et assez forts pour aller au-delà de la clôture, comme je le fais. Pour le moment, malheureusement ce n’est pas (encore) le cas.

5. Pour ceux pour qui les considérations purement humanitaires, de compassion et d’empathie humaine ne suffisent pas, considérons que notre bien-être (y compris pour les enfants de Sderot !) dépend du bien-être de nos voisins, que cela nous plaise ou non. Des enfants en bonne santé avec un toit au-dessus de leurs têtes, avec une chance de recevoir une éducation et un avenir, sont moins susceptibles de devenir des terroristes sanguinaires. C’est très simple.

6. Quiconque a déjà été impliqué dans la collecte de fonds sait que vous prenez TOUJOURS un risque de mettre votre argent dans les mains d’étrangers qui, vous l’ESPEREZ, les remettront aux nécessiteux. Malheureusement, il y a souvent de la corruption, à la suite de l’argent qui tombe entre de mauvaises mains, et qu’aucun pays n’est exempt de cette maladie, y compris Israël. Alors oui, il y a une chance qu’une partie de l’argent puisse être volé par le Hamas. Mais est-ce une raison pour ne pas essayer de collecter ? Le fait que l’Afrique est corrompue en raison des dictateurs justifie-t-il le fait de ne pas aider les enfants d’Afrique? Non.

Je vais terminer avec quelque chose de beau que Gil Dor m’a dit une fois.

Le mot hébreu pour responsabilité, a’hrayut, vient du mot a’her, qui signifie « l’autre, ce qui est différent ». La responsabilité est intrinsèquement liée à notre relation avec « l’autre », celui qui est différent de nous. C’est pour lui/elle que nous devons nous occuper, faire attention, que ce sentiment soit réciproque ou non.

Je crois que c’est seulement si nous créons une dynamique positive, que si nous fournissons un exemple personnel qui mette en mouvement les ailes du papillon, un mouvement aussi petit soit-il, que nous pourrons alors espérer que des changements positifs commenceront… quelque part, un jour.