Il y a seul chiffre qui frappe comme un talisman magique dans la bouche des responsables émiriens. C’est le chiffre quarante-sept (47). La durée historique qu’il a fallu aux Emirats arabes Unis, naguère un conglomérat de tribus épars et antagonistes, pour créer la toute-puissance influence de l’actuelle fédération, capable d’être cet incontournable acteur politique qui crée l’histoire et configure les événements.

Ce temps court et bref à l’échelle de la grande histoire est à la fois source d’incommensurable fierté et moteur d’une implacable dynamique.

Les responsables émiriens ont cette solide conviction d’avoir créé un pays modèle d’efficacité économique, de tolérance politique et de leadership de civilisation dans une région où les freins et autres blocages socio-culturelles ont paralysé toute créativité.

Ils disent que leurs succès proviennent de leur choix stratégiques d’avoir investi sur l’humain, d’avoir donné un rôle inédit à la femme, d’avoir sanctuarisé le vivre ensemble et misé sur l’interactivité avec le monde dans sa globalité.

Sous d’autres cieux, la manipulation de ces concepts ampoulés peut évoquer une démarche creuse à l’égo surdimensionnés. Aux Emirats arabes unis, les responsables les manipulent avec une aisance inspirée du réel, basé sur une certitude d’incarner cette locomotive qui a pour mission d’entraîner un pays et de protéger une population.

A l’occasion de la crise du golfe, la presse internationale avait tenté d’éclairer les motivations des Emirats arabes unis à démultiplier sur tous les fronts, en Syrie, en Libye, au Liban, en Égypte et en Afrique pour ne citer que les points visibles de tensions.

Les responsables des émirats mettent volontiers cet interventionnisme multidimensionnel dans la cadre de leur infatigable lutte contre le terrorisme. Dans leur crise contre le Qatar, l’unique mobile est la lutte contre le terrorisme et le principal adversaire semble être la confrérie des frères musulmans.

Le discours officiel des responsables d’Abou Dhabi ne s’embarrasse pas de nuances. C’est cette confrérie, aux multiples discours doublés d’une grande capacité de dissimulations et d’impostures, qui a enfanté politiquement, idéologiquement et militairement toutes les organisations terroristes qui menacent la stabilité du monde.

L’implacable constat des responsables des émirats est le suivant : Al Qaida comme Daesh, Boko Haram comme les chebab en Somalie, Front Al Nusra comme Groupe Abou Sayyaf, sont les enfants naturels de la confrérie des Frères musulmans.

Pour lutter effacement contre le terrorisme, l’action militaire est certes indispensable, mais l’action politique et idéologique est incontournable. Selon ces responsables, il faut tuer dans l’œuf ces tendances morbides des Frères musulmans à préparer les terroirs de la radicalité, à travailler sur les esprits faibles.

Le patron du centre Hedaya pour la lutte contre le radicalisme Dr. Ali Rachid Al Nuaimi est de ceux qui ne mâche pas ses mots. Son discours cash, direct, sans complexe est de ceux qui peuvent ravir les médias à la recherche d’une explication concise et éclairante.

Pour Dr. Al Nuaimi, la guerre contre le terrorisme que mènent les Emirats est indispensable, voire vitale pour protéger le modèle émirien dans la région : « Si nous nous attaquons pas à eux dans les endroits où ils sont actifs, les terroristes vont s’en prendre nous ici ( Because we believe if we don’t go to them, they wil come to us). »

Cette posture explique pour quelles raisons les Émirats sont en conflit ouvert avec l’islam politique et toutes les organisations politiques qui ambitionnent d’utiliser la religion pour accéder au pouvoir.

Vu d’Abou Dhabi, cet islam politique est parrainé, protégé, encouragé par un axe du mal qui comprend aussi bien le Qatar qui montré une empathie coupable avec les organisations et les personnalités terroristes que la Turquie qui a voulu réinstaller son pouvoir dans la région à travers la monétisation de la carte des Frères musulmans.

Pour les autorités émiriennes, les Frères musulmans sont bien plus dangereux qu’une organisation comme le Hezbollah qui ne pourra pas s’implanter durablement dans la région après ce qu’il a fait en Syrie. Selon Dr. Nuaimi, « ils sont plus dangereux car ils bénéficient du soutien et de l’appui de certains pays occidentaux ».

L’axe à combattre comprend aussi l’Iran qui profite de la conjoncture pour souffler sur les braises des antagonismes communautaires et créer ainsi le chaos pour que s’épanouissent les mouvements terroristes les plus déterminés et les plus sanglants.

Dr. Ali Raschid Nuaimi rappelle a ceux qui sont tentés par une amnésie que « Quand Saddam Hussein est tombé en Irak, l’Iran est venu allumer le feu confessionnel et créer une haine entre sunnites et chiites qui n’avait jamais existé dans ce pays ».

Cette approche explique aussi pour quelles raisons les Emirats arabes unis ont été promptes à saluer le tournant politique majeur que le prédisent américain Donald Trump a voulu donner à sa politique iranienne en remettant les autorités iraniennes au centre du cercle du mal qui menace la paix et la stabilité mondiale.