Les élections municipales, Israël et les Juifs
Curieuse époque où un État distant de plus de 3 000 kilomètres fut souvent évoqué dans une campagne électorale concernant les seuls Français. Mais La France insoumise ne l’entendait pas ainsi, toutes les occasions étant bonnes pour qualifier Israël d’« État génocidaire ».
On sait que depuis le 7-Octobre, la critique de l’État juif est devenu un des thèmes fétiches de LFI, et on sait pourquoi. L’électorat de LFI est composite, avec deux piliers principaux : le prolétariat intellectuel, ces jeunes diplômés qui ne sont ni employés ni rémunérés à leur niveau et en conçoivent une frustration qu’ils expriment dans les urnes en souscrivant au discours le plus démagogique ; la population issue de l’immigration, principalement celle originaire des pays arabo-musulmans, qui se reconnaît dans le discours social de LFI, mais aussi dans ses messages « antiracistes », et bien entendu dans sa dénonciation de l’État d’Israël.
On sait aussi que cette critique ne se limite nullement à la politique menée par le gouvernement Netanyahou. C’est souvent l’existence même de l’État juif qui est en cause. Plus encore, la critique exprime fréquemment un antisémitisme de moins en moins masqué, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon faisant du CRIF sa bête noire ou ironisant sur la prononciation du nom Epstein. Cela justifiait le rejet de toute alliance avec LFI.
Mais, l’intérêt électoral primant, nombre d’ « accords de la honte » ont été signés entre des partis de gauche et LFI dans des villes et non des moindres : Toulouse, Limoges, Nantes… Ailleurs, dans quelques cas, la droite et le RN ont fait cause commune, mais sans le dire, comme à Nice. Cela n’a pas dérangé les quelques 450 000 Juifs de France (en comptant large) qui depuis longtemps votent massivement à droite sans être trop regardants sur les propos et les alliances des candidats se situant de ce côté de l’échiquier politique. Et encore moins regardants lorsque c’est un Juif qui porte ces couleurs.
Éric Zemmour en 2022 a largement bénéficié de cette tendance. Sarah Knafo, devenue une vedette politique à l’occasion de sa campagne à Paris, supplante déjà le président de son parti dans le cœur de ses supporters. Encore plus chez les Juifs de France où les professions indépendantes (commerçants, médecins, avocats consultants…), surreprésentées, sont très réceptives à son discours sur le trop d’État, le trop d’impôts…
Last but not least, cette jeune femme née dans une famille séfarade traditionnaliste et ayant fréquenté l’école juive, est très représentative de sa génération communautaire. Celle où la défense d’Israël prime tout. On ne sait pas encore si elle sera candidate en 2027, mais on peut être certain qu’elle bénéficierait d’un large soutien chez ses coreligionnaires. Sans même se soucier du fait qu’elle est plus extrémiste que Jordan Bardella ou Marine Le Pen. Curieuse époque, décidément.
