Jamais dans le monde des attentats terroristes n’ont déclenché des manifestations d’une telle ampleur. Jamais, surtout, un tel ensemble d’hommes d’Etat n’a participé à une telle manifestation.

Quelqu’un a fait remarquer que cela ressemblait à un sommet de l’OTAN; je dirais plutôt des Nations Unies. « Aujourd’hui, la France est la capitale du monde » déclare fièrement Hollande. Il ferait mieux d’être plus modeste, car certains chefs d’état sont peut-être venus (ou pas venus, dans le cas d’Obama) pour lui remonter les bretelles.

Les attentats de Paris sont avant tout les conséquences d’une « faille du Renseignement », comme l’avoue Manuel Valls, une faille qui ressemble à un abîme. Saïd Kouachi, Cherif Kouachi et Amedy Coulibaly étaient des terroristes parfaitement connus des services de renseignement depuis une dizaine d’années.

Ceci ne les a pas empêchés de se constituer un arsenal de guerre et d’organiser ces attentats au nez et à la barbe des services. Cette incurie de la France est à rapprocher d’un scandale politique qui pourrait expliquer la dimension internationale prise par la manifestation.

Trahison française

Le 22 décembre 2014, le Conseil de Sécurité de l’ONU a rejeté une proposition de l’Autorité Palestinienne visant à obtenir une reddition d’Israël sans négociations avec les Palestiniens. Si cette proposition avait été votée, Israël  n’aurait pas cédé, ce qui aurait provoqué une aggravation plutôt qu’une résolution du conflit.

Or, non seulement la France a voté pour cette proposition, avec notamment la Russie, la Chine et la Jordanie, mais elle a de plus fait pression sur certains pays pour la faire adopter, ce qui aurait obligé les Etats-Unis à exercer un droit de veto impopulaire (1). Il était donc utile de rappeler à François Hollande que la France ferait bien de maîtriser sa propre sécurité, avant de vouloir gérer la poudrière du Moyen Orient.

Fracture sociale

Face à ces attentats qui visent à créer un climat de guerre civile, la population générale a heureusement réagi sans accentuer la fracture qui la divise. Malheureusement, cette volonté d’apaisement prend des allures de déni de la réalité. Car fracture il y a. La quasi absence de citoyens d’origine maghrébine et de femmes voilées a été observée dans les manifestations.

La plus sûre manière de savoir ce que pensent ces absents est sans doute d’écouter leurs enfants, par la bouche desquels s’exprime la vérité: « On ne peut pas caricaturer le Prophète et se plaindre d’être assassiné » entend-on dans de nombreuses écoles. Même le représentant officiel du Maroc s’est abstenu de participer à la manifestation pour cette raison.

On peut comprendre que des croyants n’approuvent pas le blasphème, mais pas qu’ils soient prêts à sacrifier le droit fondamental à la libre expression. Les musulmans qui prennent cette position assument une certaine responsabilité dans les meurtres, sans culpabilité. Plus de 50.000 tweets proclamaient même fièrement : « Je suis Kouachi ».

Pour la deuxième fois en France (après Toulouse, et sans compter Ilan Halimi), des assassinats antisémites ont été commis par des citoyens issus de l’immigration musulmane. Pourquoi « faire comme si le réel n’avait pas lieu » ? Pourquoi, se demande Michel Onfray, laisser à Marine Le Pen, qui dénonce « un attentat terroriste commis par des fondamentalistes islamistes », le monopole des mots justes ? Et pourquoi, du même coup, l’exclure de cette manifestation d’union nationale ?

Hollande n’a rien compris

On n’a pas l’impression que les 3,5 millions de manifestants sont conscients de ces réalités. Un grand nombre d’entre eux ont mis en avant le désir de protéger la minorité musulmane de l’islamophobie, et non les juifs de l’antisémitisme. Clémentine Autain écrit sur Tweeter : « Nous marcherons contre les attaques envers les musulmans. Contre toutes les formes de racisme et de xénophobie. Contre les fascismes », évitant soigneusement de prononcer le mot tabou d’antisémitisme.

Ce type de manifestation de pure bienveillance, sans véritable contenu – comme la Marche Blanche en Belgique – n’est pas de nature à provoquer des changements politiques et sociaux. Les manifestations silencieuses sont une manière de faire taire le peuple, pour continuer à le manipuler. Le pouvoir de gauche a transformé cette mobilisation en grand messe sirupeuse, où l’on psalmodiait « Je suis Charlie », alors que Charlie n’a rien de sirupeux, pas plus que les terroristes, ni les 50.000 tweeters qui s’identifient à eux.

Entre temps, l’antisionisme virulent des médias français continue à alimenter de plus belle l’antisémitisme. François Hollande invite Mahmoud Abbas – allié à un mouvement terroriste -, pour répliquer à la venue de Netanyahu, et ce dernier est obligé d’attendre un bus dans la foule, aux dépens des règles de sécurité les plus élémentaires.

Hollande n’a rien compris. Pas étonnant que Sarkozy apparaisse au premier rang , parmi les chefs d’Etat, comme Président de rechange.

(1) Stéphane Juffa, « Conseil de Sécurité : les relations franco-israéliennes replongent », Metula News Agency, 6/1/2015