L’un des présidents les plus emblématiques, et controversés, de la Cour Suprême d’Israël, Aharon Barak, a écrit dans l’un de ses arrêts les plus marquants, il y a plus de dix ans :

C’est là le sort d’une démocratie, pour qui tous les moyens ne sont pas bons et qui ne dispose pas de toutes les méthodes utilisées par ses ennemis. Souvent, la démocratie se bat avec une de ses mains liée dans le dos.

Par rapprochement à cette image de la main liée, il m’est revenu en mémoire le récit biblique de la bataille contre Amalek, après la sortie d’Egypte.

La Torah y a pris la peine de nous expliquer, et avec détails, que tant que Moïse avait les bras levés, nos combattants prenaient le dessus sur leurs ennemis, mais que dès que Moïse, par fatigue, les baissaient, les soldats d’Amalek reprenaient l’initiative.

Il faudra alors que Moïse s’asseye sur une pierre et que ses bras soient maintenus en l’air par Aharon et Hour, jusqu’au crépuscule, pour que la victoire sur Amalek soit acquise.

L’explication de nos sages sur cet épisode est simple: tant que nous combattons qu’avec nos forces physiques nous ne valons pas mieux que nos ennemis, mais dès que nous laissons notre foi, nos capacités intellectuelles, nos valeurs morales, notre éthique – dira-t-on aujourd’hui – guider, canaliser notre physique, nous pouvons triompher de tous nos adversaires.

Et si quelques fois, nous pensons être légitimement fatigués de ne pas pouvoir répondre à la terreur par la terreur, il importe de se rappeler de l’exemplarité de nos ancêtres dans cette retenue.

Ce code moral, cette main liée dans le dos ou tendu vers le ciel, n’est pas une faiblesse. Il nous distingue de beaucoup d’autres peuples et nous confère des responsabilités dont la Haute Cour de Justice de La Haye n’a pas la moindre idée.

Dans quel autre pays pourrions-nous voir tant de simples citoyens, pères et mères de familles, se lever pour protéger une victime de son bourreau, au péril de sa propre vie ? Dans quel autre pays se soucie-t-on autant des droits d’un individu dont les mains dégoulinent encore du sang de ses victimes ?

En ces jours terribles d’attentats qui s’enchainent sans fin, la tentation est grande de s’affranchir de ces chaines éthiques et de s’en prendre à un travailleur arabe ou à un jeune musulman en promenade.

Ceux d’entre nous qui se sont permis ces horreurs doivent être condamnés car ils ont malheureusement « baissé les bras ». Ils tombent dans le piège de nos adversaires, qui n’hésitent pas même à utiliser la souffrance de leurs frères aux fins de propagande.

Cette propagande ignoble qui consiste à faire croire au monde que le conflit est territorial – retirez-vous des territoires occupés depuis 1967 – en plus d’être humanitaire – laissez tous les réfugiés et leurs descendants revenir sur leur terre.

Qui peut encore croire à ces fables ? Un vieil adage affirme que les mots parlent bien mieux que les actes. Ainsi du terme « shahid » qui est attribué à chaque candidat terroriste ou tout simplement à chaque victime palestinienne.

Comme nous le rappelle l’excellent Shmuel Trigano, sa traduction exacte, et incontestée, est « martyr de la foi « . Le terme de martyr, du grec « témoin », désignant celui qui témoigne en refusant de renier sa foi, quitte à ce que son oppresseur ne le tue.

Il n’est donc nulle question de territoires ou de réfugiés. Le combat est tout simplement religieux. Il consiste à faire croire qu’Israël, pris dans sa dimension religieuse donc juive, est l’ennemi de l’Islam, dont les vaillants guerriers, palestiniens ou musulmans de toute origine, combattent pour la préservation de leur foi.

L’Islam a originellement séparé le monde en deux parties: le Dar-Al-Islam, domaine de la soumission à Dieu et le Dar-Al-Harb, domaine de la guerre, là ou la soumission ne s’est pas encore réalisée. Puis du fait des aléas de l’Histoire est apparu un troisième domaine, celui des infidèles, le Dar-Al-Kufr, où la charia s’est appliquée mais où elle ne s’applique plus et qui a rejoint le territoire de la guerre.

On comprend bien que toute la Palestine mandataire se situe dans ce dernier domaine, tout comme l’Espagne par exemple, et que Israël s’y trouve quelle que soit l’étendue de son territoire. C’est une faute originelle qui ne peut se réparer que par sa destruction.

C’est ce constat, cette douloureuse vérité, qui doit accompagner chaque dirigeant de notre fabuleuse et si imparfaite démocratie. Et le jour où il s’assiéra à une table de négociation, il serait bien inspiré de se faire accompagner de deux assistants, pour l’aider à garder les bras levés vers le ciel tout le temps nécessaire.