La laïcisation de nos sociétés n’est jamais complète. En théorie l’état est neutre en ce sens qu’il ne veut pas privilégier une religion particulière, reliant la religion au domaine privé. Notre culture a néanmoins été imprégnée de valeurs judéo-chrétiennes au travers des siècles au cours desquels la foi a joué un rôle central. Est-il possible de résumer en peu de mots l’héritage complexe de la foi ?

De la foi

L’étymologie latine du vocable foi est fides, terme latin qui se traduit par confiance, croyance ou loyauté. Si la croyance peut être idéelle, la foi est une adhésion profonde et entière de la personne en une croyance ; c’est une conviction qui s’accompagne d’un sentiment de confiance ou même de soumission, lorsque la spiritualité personnelle adhère à un système de croyance donné avec toutes ses valeurs : la religion.

Il suffit d’une simple visite de nos musées et de nos édifices religieux pour constater que la foi a monopolisé plusieurs dimensions de l’expression artistique humaine : peinture, vitraux, sculpture, architecture, musique. Les rites religieux ont marqué les grands moments de la vie, qu’ils soient tristes ou heureux.

Les pèlerinages, les talismans, les objets de culte, la vénération des martyres tout comme la représentation des anges et des diablotins ont également servi à enceindre encore plus le croyant dans sa foi. Il y a en outre l’émerveillement devant les mystères de la foi cultivés dans toutes les religions qui galvanisent le croyant, animent sa foi et lui font pressentir une béatitude surréelle.

De la religion

Étymologiquement, religion dérive du mot latin religio signifiant une attention scrupuleuse ou conscience et peut être opposé au terme négligence qui dérive du mot latin neglegentia signifiant oubli de ses devoirs, insouciance ou indifférence.

Ainsi, religion a le sens de remplir ses devoirs (originellement devoirs de culte). Une autre source étymologique est religare qui signifie lier ou relier ou relegare qui signifie relire. Ces sens multiples se rejoignent en ce qu’ils signifient relire attentivement, apporter un soin scrupuleux à ses obligations et rejoindre ainsi la communauté de ceux qui se réunissent au nom d’une croyance et se rejoignent dans la foi. La religion scelle cette appartenance.

La permanence de la religion a rendu perplexe plus d’un penseur. Plus d’un y ont vu un écho de l’éternité face à l’angoisse de la mort. Sigmund Freud a comparé la religion à une phase d’enfance de l’humanité et l’a qualifiée de « névrose universelle qui dispense tout un chacun d’une névrose personnelle. »

Karl Marx l’a qualifiée d’opium du peuple qui abrutit la masse ouvrière et perpétue le capitalisme. D’autres y ont vu un délire de masse d’une humanité désemparée par son impuissance. Toujours est-il qu’aucune des théories avancées n’est pleinement satisfaisante pour expliquer la survivance du phénomène religieux au travers des âges.

La religion peut s’accompagner de traditions et de rites rendant l’expérience religieuse extravertie. Pour beaucoup d’adeptes, les rites individuels ou collectifs sont sécurisants et rassurants ; ils balisent la vie au quotidien. Si penser c’est affronter ses contradictions, la religion offre un refuge contre les angoisses métaphysiques.

Ce refuge peut même dériver en sectarisme, en exclusivisme et en négation de toute autre vérité que la sienne. Car bien des religions prétendent être une vérité absolue et figée qui, par définition, en exclut toute autre. Le risque est que celui qui consiste à troquer sa liberté de penser en excluant le discernement et la raison.

Un être qui arrête de penser par lui-même ou qui pense seulement en fonction de la finalité ultime de sa vérité peut perdre toute notion de bon sens, se laisser embrigader et dévier vers le manque d’humanité.

Voie intérieure et voie à suivre

Il n’en demeure pas moins que si nous voulons juger de la religion par ses effets et non par ses causes, il faut souligner que beaucoup trouvent leur bonheur dans la vocation religieuse qui les pousse à donner le meilleur d’eux-mêmes ou dans la rectitude des impératifs moraux de la religion.

La religion peut instiguer un sens élevé de la condition humaine. De plus, l’espérance du monde futur ou de l’ère messianique entretient la vision optimiste du croyant et lui permet de surmonter les difficultés et les contradictions internes rencontrées sur le chemin de la vie.

La religion dispense le commun des mortels du travail de raison exhaustif, ce dernier étant réservé à une élite intellectuellement curieuse qui cherche à faire évoluer l’état de réflexion dans lequel elle baigne.

Il est difficile d’établir un système de valeurs équilibré qui soit purement raisonné et démonstratif ou purement inné et intuitif. Mais si l’on accepte que la raison et la foi ont un rôle à jouer et se complètent, il devient utile de se pencher sur la perspective de Michée (6-8) qui résume ainsi les attentes divines : « Homme, on t’a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi : rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu ! »

Justice, bonté et humilité sont des valeurs vécues en chaque instant de l’existence. Elles demandent à la conscience et au cœur de tout un chacun de se retrouver en elles.