Le sentiment qui prédomine en Israël après les horribles attentats d’hier est le suivant : le peuple juif se retrouve toujours seul pour enterrer ses morts.

Le Premier Ministre Benjamin Netanyahu s’indigne de voir que le monde entier contemple ce qui se passe, ces atrocités, sans rien dire. Sans s’associer à la peine des familles, à la peur des citoyens qui veulent faire cohabiter sécurité et état de droit. Et les verdicts de la Cours suprême sont là pour le prouver.

Je sais bien que rien ne changera, que rien ne fera avancer d’un pouce le traitement d’un tel dossier qui est une guerre aux racines religieuses.

Qu’est ce qui peut pousser des êtres humains à poignarder aveuglément des gens, des inconnus, dans les rues ? Qu’est ce qui peut inciter un adolescent à poignarder sauvagement une fillette dans son sommeil ? Que gagnent les terroristes en agissant de la sorte ? Rien, tout au contraire.

La réponse sera certainement à la hauteur du défi : pour rassurer la population et montrer que l’Etat juif ne cédera pas, on assistera bientôt à la destruction de la maison du terroriste (tant celui de Netanya que celui de Kiryat arba) et à l’autorisation de construire des centaines de logements en Cisjordanie.

Il faut trouver autre chose. Il faut emprunter enfin la voie d’une paix durable, mais sans se bercer d’illusions. Cela prendra du temps, le seul élément apte à cicatriser les blessures et à établir une distance, une temporalité en sursis, avec des faits brûlants. Les rêves, les espoirs d’un nouvel état, aux côtés de l’Etat d’Israël, s’éloigne toujours un peu plus, chaque fois qu’un tel acte de sauvagerie est commis. Si l’on additionne tous les attentats commis depuis près de cinquante ans, on se rend compte que cela n’a servi à rien et que plus d’un demi million de citoyens israéliens vivent en dehors des anciennes frontières de 1967.

En somme, aucune cause, si élevée soit-elle, ne peut recourir sans se causer du tort à elle-même, à de tels actes de sauvagerie. Quand on réalise que l’annonce de la mort de la fillette de Kiryat Arba a été saluée par des concerts d’avertisseurs sonores dans le village d’où venait le meurtrier, on s’interroge sur le siècle où vivent ces gens : le Moyen Age, l’âge de pierre ?

Il convient de se ressaisir. Israël est la seule démocratie de la région.

Aucun Etat arabe ne prend plus au sérieux la cause palestinienne car ces gouvernements ont d’autres priorités. Reste une seule voie praticable : des négociations directes entre les deux parties.

Est-ce-que le départ prochain de Mahmoud Abbas et son remplacement par le colonel Ahmed Dahlane va changer les choses ? C’est possible. L’homme parle l’hébreu, appris durant des années de captivité en Israël. On le dit pragmatique et hostile au Hamas qui l’avait chassé de Gaza…

Un verset biblique me revient en mémoire, ce verset qui a servi de titre aux Mémoires du légendaire général Moshé Dayan ; ce verset est emprunté au livre de Samuel et fut prononcé lors d’une négociation entre le chef de l’armée de David et le chef de l’armée de Saül : ha-la-nétsah tokhal haharéb, Le glaive ne sera-t-il donc jamais repu ? Le glaive dévorera-t-il pour l’éternité ?

Mais qui peut se risquer à des pronostics sur cette région du monde où Dieu a pourtant fait ses premiers pas mais d’où il semble avoir disparu depuis si longtemps.

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 1er juillet 2016