« Nous devons être honnête et admettre que le secteur arabe d’Israël souffre de discrimination depuis des années » […] « Les Arabes d’Israël sont notre chair et notre sang ». – Reuven Rivlin, président d’Israël.

Il existe, en Israël, des dizaines de minorités juives ou non-juives. Ces minorités ont leurs grandeurs et leurs défauts, mais nul Israélien juif ne songerait à remettre en doute la citoyenneté de l’une de ces minorités sous prétexte que celle-ci serait globalement dangereuse pour la société ou pas assez sioniste.

Prenons par exemple la minorité ultra-orthodoxe, qui dérange parfois la société israélienne pour ses positions religieuses et son asionisme, voir antisionisme actif.

Apparaît parfois un débat démocratique qui peut même conduire à des sanctions contre l’attitude de cette minorité, comme cela a récemment était le cas autour de la question de l’enrôlement des étudiants en yeshiva.

Malgré les désaccords et les tensions parfois violentes, aucun Juif israélien ne songerait à retirer aux ultra-orthodoxes leur nationalité ou à douter de la légitimité de leur présence sur cette terre.

Prenons maintenant l’exemple d’une minorité violente. Certaines minorités juives sont plus présentes que d’autres dans les prisons. Là encore, si l’emprisonnement des criminels est une évidence, nul ne songerait à accuser l’ensemble des membres de cette minorité. Nul ne songerait à les renvoyer de ce pays.

Pourtant, quand nous en venons à la minorité arabe israélienne, des voix se font entendre pour prôner le transfert global de cette minorité, pour généraliser leur implication terroriste ou leur haine d’Israël.

Le Premier ministre Netanyahu est allé jusqu’à conseiller aux manifestants Arabes israéliens de « partir pour Gaza » et a menacé de supprimer la nationalité des fauteurs de trouble.

Pourtant, ce même Premier ministre ne compte pas retirer la nationalité des milliers de prisonniers juifs enfermés dans les prisons d’Israël, ni même celle d’Ygal Amir, l’assassin du Premier ministre Ytshaq Rabin.

Cyniquement, ce sont justement ceux niant l’existence d’un « peuple palestinien » qui poussent les Arabes israéliens à ne pas s’identifier avec leur pays au profit d’une identité palestinienne.

Certains estiment peut être que la situation est différente, car « chaque arabe serait un terroriste potentiel ». Examinons les statistiques sur une population unique : une dizaine d’actes terroristes ont été commis par des arabes israéliens cette année.

Parallèlement, quinze femmes ont été tuées par leurs époux, plus de
3 000 ont été violées et 200 000 sont battues. De toute évidence, la minorité masculine du pays est infiniment plus violente que la minorité arabe.

Devons-nous leur retirer tout droit citoyen ?  Dans le centre pour femmes battues où je me suis porté volontaire l’année dernière, la plupart d’entre elles venaient des mêmes minorités juives. Devrions-nous renvoyer l’ensemble de ces minorités ? Quelle est donc cette différence mystique que font une partie des israéliens entre minorité arabe et minorités
juives ?

Une chose est certaine, le jour où les Arabes israéliens se sentiront partie intégrante de la société israélienne, Israël en sera le premier gagnant sur le plan politique et international.

Si une partie de la société israélienne, et Binyanmin Netanyahu parmi elle, peut tenir de tels propos, c’est parce qu’au fond, elle ne considère pas les Arabes israéliens comme de véritables citoyens, car aucun pays démocratique au monde ne peut songer au renvoi de 20 % de sa population où au retrait de sa nationalité.

La situation des minorités au sein d’un pays a toujours été l’indicateur principal de la démocratie, comme les juifs ont pu l’apprendre lors de leur long exil.

Qu’on soit de droite ou de gauche, toute personne soucieuse de la démocratie devrait s’offusquer contre ces propos qui ne font qu’ajouter au sentiment de rejet des arabes israéliens et à leur envie de revanche.

Une chose est certaine, le jour où les arabes israéliens se sentiront partie intégrante de la société israélienne, Israël en sera le premier gagnant sur le plan politique et international.

Le président Rivlin, bien que fervent défenseur du Grand Israël, l’a bien compris puisqu’il se bat pour l’intégration totale des arabes israéliens et la fin du racisme anti-arabe.

Lors de sa récente visite au Kfar Qassam, il a notamment déclaré que « Nous devons être honnête et admettre que le secteur arabe d’Israël souffre de discrimination depuis des années » et que « Les Arabes d’Israël sont notre chair et notre sang ».

Cyniquement, ce sont justement ceux niant l’existence d’un « peuple palestinien » qui poussent les arabes israéliens à ne pas s’identifier avec leur pays au profit d’une identité palestinienne.

Les druzes, par exemple, sont également arabes et pourtant ils s’enrôlent à 95% dans les rangs de Tsahal, souvent dans des unités d’élites.

Rappelons enfin, à ceux qui continuent à condamner sans la moindre différentiation les arabes israéliens, que les arabes israéliens ne sont pas non plus un groupe homogène. Les druzes, par exemple, sont également arabes et pourtant ils s’enrôlent à 95 % dans les rangs de Tsahal, souvent dans des unités d’élites.

Une partie des arabes chrétiens et des bédouins servent aussi dans les rangs de Tsahal et prouvent ainsi leur fidélité sans faille à l’état d’Israël. Pourtant, ces groupes souffrent tous sans distinction du racisme anti-arabe d’une partie de la population israélienne.

À cause de ce racisme, des voix anti-israéliennes commencent à se faire entendre au sein de la communauté druze, pourtant extrêmement sioniste depuis la création de l’État.

À cause de ce racisme, les arabes chrétiens et les bédouins renforcent peu à peu leur identité palestinienne sur le compte de l’identité israélienne.

À cause de ce racisme, Israël avance vers un avenir moins lumineux.

Nous y perdons tous.