Qu’est-ce que la bande de Gaza ? Un territoire de 363 kilomètres carrés, long de 55 kilomètres. Sa délimitation est définie par l’ONU. Au sud, sa frontière est héritée du tracé du mandat britannique sur la Palestine en 1922. Au nord et à l’est, c’est la ligne de démarcation fixée par l’armistice entre Israël et l’Égypte le 24 février 1949.

Marche du retour

Incités par le Hamas, la branche palestinienne des Frères Musulmans, des dizaines de milliers de Gazaouis tentent de forcer la frontière israélienne. Marche pacifique dit-on, avec des femmes et des enfants en tête, des hommes armés de haches et de couteaux ensuite, en fin de cortège les combattants avec des armes lourdes.

Les dirigeants du Hamas ont acté publiquement cette tactique. Fathi Hammad, représentant du Hamas au Conseil Législatif Palestinien, a ainsi déclaré : « Pour le peuple palestinien, la mort est devenue une industrie dans laquelle les femmes excellent, ainsi que toutes les personnes qui vivent sur cette terre. Les personnes âgées excellent à la mort, tout comme les moudjahidin et les enfants. C’est pourquoi nous avons constitué des boucliers humains composés de femmes, d’enfants, de personnes âgées et de moudjahidin, pour défier la puissance de frappe sioniste. Tout se passe comme s’ils disaient à l’ennemi sioniste : nous désirons la mort tout comme vous désirez la vie ».

Le Hamas leur a dit qu’ils rentraient chez eux. Les experts militaires occidentaux sont d’accord pour dire qu’une armée moderne est incapable, même au prix d’un carnage, d’arrêter une masse de civils qui veulent franchir une frontière.  Il n’y a pas eu de carnage à Gaza. Trop de morts certes, mais le Hamas lui-même a reconnu que la plupart étaient des combattants, et que cette marche n’est pas pacifique.

Par centaines, des explications circulent sur ces évènements, n’en rajoutons pas. Mais ce qui est clair, c’est que Gaza est en crise grave. Le Hamas accuse le blocus (il concerne surtout l’armement) opéré par Israël et l’Égypte, et l’Autorité Palestinienne qui refuse de payer l’électricité, l’eau et les fonctionnaires. En fait, la responsabilité du Hamas est totale.

Le Hamas n’accepte pas l’autorité du gouvernement palestinien, refuse d’envisager toute solution, préférant garder la population dans la misère pour mieux l’instrumentaliser et accuser les boucs émissaires. N’oublions pas la part de l’ONU avec l’UNRWA qui ne laisse aucune possibilité de s’en sortir aux Gazaouis en les maintenant dans une dépendance totale sous prétexte d’aide humanitaire.

Dans le Monde Arabe

Malgré la médiatisation mondiale des évènements, on constate que les réactions du monde arabo-musulman sont insignifiantes :

  • Les deux millions d’Arabes israéliens sont restés calmes. Un sondage récent montrait qu’en cas de création d’un état palestinien, 82% d’entre eux souhaitent rester Israéliens[1]. Dans la quasi-totalité des pays du Moyen-Orient, sauf en Israël, les palestiniens sont maintenus dans la précarité. Ils souffrent de restrictions au droit du travail, de propriété, de représentation, de manifester, etc[2].
  • L’Autorité Palestinienne a reproché au Hamas d’utiliser les enfants comme boucliers humains. Les trois millions de palestiniens de Cisjordanie n’ont pas bougé, à l’exception d’une journée de grève générale qui selon « le Monde » avait plus l’air d’une journée de congé que d’une journée de colère, et quelques centaines de manifestants qui se sont relayés à Ramallah.

 

  • Condamnations symboliques de l’Égypte et de la Jordanie qui ont restreint les conditions de circulation des habitants de Gaza, rendant leurs conditions de vie plus difficile dit « The Palestine Chronicle ». Septembre Noir a laissé des traces : quand les Palestiniens ont tenté de prendre le pouvoir en Jordanie, la réaction de l’armée Jordanienne a fait 10.000 tués et 110.000 blessés, sans que cela ne trouble le silence du monde en général, et surtout du monde Arabe.
  • Bahreïn soutient « le droit d’Israël à se défendre», opinion que partagent en coulisses plusieurs monarchies du Golfe.

 

  • Au Liban, il n’y a eu que peu de manifestations pour célébrer la Nakba. Pour le Hezbollah et l’armée, vu du Liban, « le retour en Palestine, est un pur rêve entre les mains de Dieu». Cela n’empêche pas des déclarations tonitruantes qui n’engagent à rien comme «Nous rentrerons en Palestine bientôt, si Dieu le veut», « il est clair qu’Il ne le veut pas » …à ajouté un libanais[3], ou « Nous vaincrons, et mourrons ensemble en martyrs, nous vous le promettons ». Au festival de Cannes, une actrice libanaise, bien solitaire, dénonce l’attaque de Gaza par l’armée israélienne (sic).
  • En Syrie, l’armée pilonne le camp palestinien du Yarmouk devenu dans le silence, un des grands symboles de la tragédie palestinienne.

 

  • L’Irak, confondant avec la Syrie, dénonce l’utilisation d’un gaz mortel. Il s’appelle « lacrymogène » et est fabriqué aux Etats-Unis. C’est tout.
  • Il y n’a en Iran que des centaines de manifestants pour protester contre les Américains qui ont déplacé leur ambassade et Israël pour avoir tué des Palestiniens non armés. L’Iran en crise a d’autres chats à fouetter.

 

  • La Ligue arabe pour « faire face à l’agression israélienne contre le peuple palestinien et réagir à la décision illégale prise par les Etats-Unis de transférer leur ambassade à Jérusalem» a appelé la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir une enquête. Elle a qualifié l’usage de la force contre les manifestants palestiniens de « menace pour la stabilité régionale », alors qu’Israël n’a fait que défendre ses frontières.

 

  • Au Maghreb. L’Algérie fait un communiqué condamnant « l’abominable crime de guerre», mais    la secrétaire générale du Parti des travailleurs algérien qui déplore les positions de la ligue arabe déclare «L’État algérien doit geler son adhésion» à la Ligue des États arabes car elle « est devenue le jumeau d’Israël ». Le Maroc condamne les tirs de l’armée israélienne en même temps que le soutien des Palestiniens au peuple Sahraoui. La Tunisie, dans une situation économique voisine de Gaza en est réduite à appeler la communauté internationale à l’aide du Hamas.

 

  • La Turquie national-islamiste est la seule à agir. Elle reproche à l’Onu de ne rien faire. Elle accuse Israël de génocide. La Turquie est experte en génocides, elle a exterminé les Arméniens, les Assyriens et les Grecs Pontiques, le massacre des Kurdes est à son programme. Son président dictateur organise des manifestations monstres, dans le but de prendre la tête du combat arabe pour la Palestine. Son but est de reconstituer l’Empire ottoman. Ce n’est pas surprenant, l’AKP, le parti au pouvoir est proche des Frères Musulmans, Erdogan lui-même serait un « Frère »[4].

 

  • Et la France ? En France un terroriste armé d’un couteau est abattu par policier qui tire à balles réelles. Ce dernier est considéré comme un héros. La France considère qu’un homme, « désarmé » d’un couteau, de pierres ou d’engins incendiaires ne représente pas un danger s’il agit en Israël.

Le Quai d’Orsay reproche les tirs indiscriminés (sic), c’est-à-dire au hasard de l’armée israélienne. Unanimes, les médias reprennent la désinformation dispensée par l’AFP[5]. Les Juifs français sont pris à partie et invités à condamner Israël. S’ils ne le font pas, ils sont assimilés au sionisme, prétendument  « colonialiste et criminel ». Et comble ce cynisme dans le contexte Français, Benoit Hamon, l’ancien candidat socialiste, déplore qu’il n’y ait pas eu de mort de l’autre côté (israélien ? Juif ? sioniste ?). Il n’est pas le seul.

  • Et que dit l’ONU ? Elle réclame une minute de silence ! Le Conseil de sécurité est divisé mais le Haut commissariat aux Droits de l’Homme a déclaré par la voix de son président, Zeid Ra’ad Al Hussein, que les Israéliens faisaient usage d’une « force disproportionnée». Franchir en masse la frontière avec des cocktails Molotov (il ne cite pas d’autres armes) ne constitue pas une menace suffisante pour tirer à balles réelles. Il réclame une commission d’enquête. Rappelons que sur quarante sept membres, le Conseil comprend une vingtaine de pays arabo-musulmans, l’Afrique du Sud, Cuba, le Venezuela et un certain nombre de pays systématiquement hostiles à Israël.

Pauvre Gazaouis. Ils reçoivent des encouragements et des condoléance, ils restent soumis à un régime obscurantiste, affamés, instrumentalisés, envoyés à la mort par le Hamas, abandonnés par leurs frères arabo-musulmans. Les Palestiniens ont toutes les raisons d’affirmer que « les Arabes aiment la Palestine, pas les Palestiniens ». C’est une situation perdant / perdant qui ne sert qu’aux pays qui font semblant d’intervenir et qui en profitent pour régler des problèmes intérieurs.

Le Hamas est la branche palestinienne des Frères Musulmans[6]. Pour eux, la Palestine n’est qu’un moyen. Ils cherchent à déclencher la révolution islamique par le djihad, à établir un système de gouvernement à parti unique pour l’islamisation du droit et une application stricte de la charia.  Selon eux, en plus d’une dimension religieuse, la Oumma, la Nation Islamique, a aussi une dimension politique. Les Frères Musulmans veulent restaurer le califat, ils sont convaincus de la supériorité morale des musulmans face au reste de l’humanité[7].

En quatre-vingt-six ans d’existence, aucune solution, n’a été développée par les Frères Musulmans, ni pour la Palestine, ni pour l’Égypte, ni pour les autres États musulmans qu’ils prétendent gouverner. Leur projet se résume à leur devise : « le Prophète est notre chef, le Coran est notre Constitution, le djihad est notre voie et mourir pour Allah est notre but suprême ». On peut les considérer comme l’organisation mère du terrorisme islamique.[8]

Pour les Frères musulmans, cette opération à Gaza est un ban d’essai, un piège. Des dizaines de milliers de civils lancés sur les frontières, c’est un nouveau moyen d’action pour démontrer leur puissance et leur invincibilité. Les experts militaires affirment que les occidentaux seraient impuissants dans cette situation. Ils se trompent. C’est l’avis d’Israël qui vient de le démontrer.

[1] Sondage commandé par le journal Israel Hayom et conduit par le New Wave Research Institute, publié le 21/11/17. La marge d’erreurs serait de 4,7%.

[2] https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2005-4-page-373.htm

[3] https://www.lorientlejour.com/article/1115873/-tout-le-monde-a-laisse-tomber-les-palestiniens-y-compris-les-arabes-.html

[4] Erdogan ou le vrai visage des Frères musulmans. Quotidien « la Liberté » d’Alger, le 5 novembre 2016.
[5] A de rares exceptions près, notamment Europe 1 et Causeur.

[6] Les Frères musulmans sont officiellement reconnus mouvement terroriste par les gouvernements Egyptien, Syrien, Russe, Saoudien et des Émirats arabes unis. Ils sont soutenus par le Quatar et la Turquie. En France, ils sont représentés par l’UOIF récemment rebaptisée « Musulmans de France ».

[7]  Hamed Abdel-Samad – le fascisme islamique, p. 18.

[8]  Hamed Abdel-Samad – le fascisme islamique, p. 30.