Cette expression est empruntée à Charles de Gaulle qui, un jour du printemps 1961, recevait Ben Gurion à l’Élysée. Pendant le déjeuner, il porta un toast à «Israël notre ami, notre allié». Aujourd’hui, cette expression peut s’appliquer à l’Égypte. Les experts estiment que, si la relation avec Israël a résisté malgré l’arrivée du régime islamiste des Frères musulmans, elle ne pourra que se développer et se consolider avec le président Al-Sissi.

Le Sinaï est infesté de djihadistes, secrètement appuyés par des éléments du Hamas qui lui prêtent assistance. L’armée égyptienne, qui a souffert au cours de l’intermède politique du président Morsi, n’a pas les moyens techniques pour éradiquer ces groupes terroristes armés jusqu’aux dents, après avoir puisé dans l’arsenal libyen.

Il n’est un secret pour personne qu’une alliance stratégique entre Israël et l’Égypte est devenue une réalité officielle qui aura des conséquences dans les votes dans les instances internationales. En effet la Ligue arabe, sous la conduite de l’Égypte, a toujours appuyé les résolutions de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) condamnant Israël pour son refus d’adhérer au TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires).

En décembre 2014, l’Assemblée générale de l’ONU avait adopté une résolution exhortant Israël à placer sous le contrôle de l’AIEA son réacteur nucléaire à Dimona. En juillet 2015, le secrétaire égyptien de la Ligue arabe, Nabil Elaraby, avait sommé Israël de renoncer à son programme nucléaire : «Il est temps pour la communauté internationale d’arrêter sa politique de doubles standards et de prendre ses responsabilités en faisant pression sur Israël pour qu’il rejoigne l’accord de non-prolifération en tant qu’État non-nucléaire». Jusqu’alors, les résolutions ont toujours été rejetées grâce à l’intervention d’une coalition d’États membres dirigée par les États-Unis.

Cependant, le réchauffement des relations entre les pays arabes du Golfe, l’Arabie saoudite et le Qatar en tête ainsi que l’Égypte et la Jordanie, a eu une conséquence concrète. La Ligue arabe a renoncé cette année à exiger un vote, lors de la 60ème conférence de l’AIEA de Vienne, d’une résolution qui contraindrait Israël à ouvrir ses installations nucléaires aux inspections internationales. Les États-Unis n’auront pas à user de leur droit de veto.

Cette décision inattendue de l’Égypte avait été préparée lors de la visite à Jérusalem de Sameh Choukry, ministre égyptien des affaires étrangères. Il semble qu’à présent les deux pays ne cachent plus leurs relations bilatérales qui vont bien au-delà du vote de résolutions internationales. Netanyahu considère ces relations comme fondamentales dans une nouvelle alliance stratégique face à l’Iran.

Jusqu’à présent le traité de paix signé en 1979 avec Anouar El-Sadate avait conduit à une paix froide qui n’a jamais été remise en cause, même avec Morsi. Les 200 km de frontière commune n’ont pas connu d’incidents avec l’armée égyptienne ce qui avait permis à Israël d’orienter sa défense ailleurs et de déployer ses forces face à Gaza et au nord du pays.

Al-Sissi était intéressé au calme au Sinaï et il n’a pas hésité à développer ouvertement des liens sécuritaires avec Tsahal dans le cadre d’une communauté de destin puisque les islamistes étaient les ennemis à neutraliser. L’attitude ambiguë du Hamas vis-à-vis des terroristes du Nord-Sinaï a rendu les gens de Gaza suspects. L’Égypte n’a eu alors de cesse que de combattre cette entité en fermant totalement sa frontière et en détruisant tous les tunnels de contrebande. Cependant Al-Sissi n’était pas favorable aux solutions extrêmes et il l’a montré en arbitrant le cessez-le-feu après la guerre de Gaza de 2014. Il ne voulait pas totalement abattre le Hamas et il ne pouvait pas cautionner une guerre qui, selon lui, touchait uniquement les civils.

Le paradoxe fut qu’après la fermeture presque hermétique du passage de Rafah, seul Israël a permis l’approvisionnement quotidien et le transfert d’une aide humanitaire à Gaza. L’Égypte a tenu à punir le Hamas pour son attitude belliqueuse au Sinaï. C’est le port israélien d’Ashdod qui est utilisé pour l’arrivée des marchandises alors que le port égyptien d’Al-Arish, bien plus proche, représentait la symbolique d’un port arabe.

Les djihadistes égyptiens du groupe Ansar Beït Al-Maqdis, «les partisans de Jérusalem», ont prêté allégeance à Daesh. Ils ont revendiqué la plupart des attaques perpétrées depuis le renversement de Mohammed Morsi, en juillet 2013. Ils ont tué des centaines de membres des forces de sécurité, principalement au nord de la péninsule du Sinaï, dans le delta du Nil et au Caire. L’armée égyptienne n’est pas en état d’éradiquer seule le danger de ce groupe qui a obtenu l’aide militaire, financière, matérielle et humaine du Hamas et de l’Iran et qui s’est érigé en «Province du Sinaï de l’État islamique». Cette lacune explique la mort de 500 soldats égyptiens qui ont eu un impact économique important puisque le pays s’est vidé de ses touristes.

En conséquence, Al-Sissi n’a pas hésité à demander l’aide occidentale des différents services de renseignement. Il a particulièrement obtenu des services israéliens des informations satellitaires sur la position des terroristes. L’unité spéciale de Tsahal 8200 (SIGINT) a intercepté pour le compte égyptien des conversations et des communications échangées entre terroristes. Des drones israéliens ont participé à des attaques contre Daesh au Sinaï. Des officiers des deux armées se rencontrent régulièrement avec des agents du Mossad pour échanger leurs informations avec la bénédiction d’Al-Sissi.

En effet, la diplomatie israélienne se fait de plus en plus dans le secret des antichambres grâce au nouveau patron du Mossad, très introduit auprès des pays arabes qui partagent ses inquiétudes sur un Iran nucléaire. Avec lui, le Mossad a fait évoluer son activité exclusive de recherche de renseignements en préparant des alliances de convenance et de circonstance avec des capitales arabes, sans chercher à ouvrir des ambassades de manière prématurée. Et il semble réussir.

En effet, Yossi Cohen est un habitué des palais des monarques et des émirs arabes avec qui il partage l’objectif principal de lutter contre les djihadistes et l’Iran. Le chef du Mossad est aimé des Égyptiens car est perçu comme un dur capable de modifier la stratégie israélienne vis-à-vis de l’Iran. Il s’appuie en effet sur l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Koweït, à majorité sunnite, qui ont un intérêt commun avec Israël face à un Iran nucléaire.

Fort d’un appui acquis de la part de pays arabes «modérés», il a placé le Mossad en première ligne pour contrer «le sombre islam radical» selon les termes de Netanyahu, afin d’assurer la sécurité nationale d’Israël et celle de la région. L’État juif, comme l’Égypte, fait face à de nombreuses menaces venant du Hezbollah libanais, de Daesh en Syrie et en Irak, d’Iran et depuis quelques temps de l’Afrique qui est devenue une source de ravitaillement en armes pour le Hamas et les terroristes du Sinaï.

Yossi Cohen veut réformer le Mossad pour l’ajuster aux défis actuels car les ennemis d’Israël font des progrès dans les techniques les plus sophistiquées. C’est en ce sens qu’il a des points de convergence avec Al-Sissi qui peut certes susciter la guerre mais aussi favoriser la paix. Il est le promoteur principal de ces nouvelles relations avec «notre ami, notre allié».

Cet article a été publié sur le site Temps et Contretemps.